Musique balnéaire

Deauville n’est pas ma tasse de thé. La petite cité normande est prise d’assaut certains week-ends comme celui de Pâques, les encombrements de Paris transposés en bord de mer. Mais depuis qu’une poignée d’inconscients – de vrais amoureux de musique – a décidé, il y a vingt-deux ans, d’y montrer quelques-uns des meilleurs talents en devenir de la scène classique, j’y reviens par intermittences et toujours pour mon bonheur.

C’était le premier week–end du festival Pâques à Deauville (photos). Programmes originaux comme toujours. On aime… ou pas. Peu importe, les nouveaux talents trouvent à s’éclore devant un public qui ne redoute pas d’être bousculé. Maxime Pascal et Le Balcon sont passés maîtres dans l’exercice.

IMG_8466(La merveilleuse Julie Fuchs et Maxime Pascal)

A1uoDGHf-eL._SL1500_Le dimanche de Pâques, d’abord un formidable hommage à Ligeti par la crème des chambristes français, animé par le compositeur Karol Beffa,

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Et le soir deux chefs-d’oeuvre de la musique de chambre, plutôt rares au concert. L’énigmatique 2ème quintette avec piano de Fauré, qui refuse le confort harmonique et mélodique. L’air et le feu.

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En attendant le « live » de Deauville, c’est à l’intégrale de la musique de chambre avec piano – en partie enregistrée à Liège – qu’on reste fidèle. D’autant qu’une partie de la fine équipe rassemblée par Eric Le Sage était à la salle Elie de Brignac : François Salque et Lise Berthaud.

IMG_8528(Pierre Fouchenneret, Guillaume Bellom, Guillaume Chilemme; François Salque, Lise Berthaud)

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Et comme en écho, le dense et intense 2ème sextuor à cordes de Brahms.

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Le Festival de Pâques à Deauville se poursuit les deux prochains week-ends !

Photos : lemondeninmages.me

Les vieux, les jeunes et un vrai/faux meurtre

Quel est donc le vieux réac qui a osé affirmer ceci :

« ….pour être honnête, le rajeunissement des publics, on s’en fout complètement. D’abord parce que je trouve ça insultant à l’égard des vieux, qui sont nombreux à nous suivre, et dont je ne comprends pas pour quels motifs ils devraient être tenus pour des spectateurs de seconde zone. Ensuite parce que nous ne cherchons pas un nouveau public pensé comme une catégorie à conquérir et éduquer…  » ?

Je l’avais cité dans mon dernier billet (https://jeanpierrerousseaublog.com/2015/06/05/un-petit-coin-de-paradis/). Il fête ses 30 ans cette année, il a un talent fou, et il faudrait citer in extenso ce qu’il dit à Vincent Agrech dans le numéro de juin de Diapason : Maxime Pascal (ce doit être le patronyme qui rend intelligent !).

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La jeune génération se moque bien des catégories, des idées à la mode ou pas de saison,  elle innove, avance, donne un vrai coup de vieux à des structures figées, bouffies.

En d’autres temps, on eût recommandé plus de prudence à Jérémie Rhorer qui pour son premier contact avec l’Orchestre National de France (et le Choeur de Radio France) avait accepté de diriger Le Paradis et la Péri de Schumann (cf. mon précédent billet). Il a eu bien raison !

À propos de Schumann, j’ai retrouvé – l’avantage des rangements ! – un bouquin que j’ai chaudement recommandé à mon entourage lorsqu’il est sorti, dans sa traduction française, en 2010.

Il reste indispensable. L’éditeur (Actes Sud) met en appétit :

Dans l’Allemagne du XIXe siècle, les compositeurs étaient ce que sont les rock stars aujourd’hui : célèbres, courtisés, jalousés, entourés d’admirateurs et d’ennemis. Alors, quand un des nombreux parasites qui constituent l’entourage de Robert et Clara Schumann est assassiné dans d’étranges circonstances, l’inspecteur Hermann Preiss de Düsseldorf tente de résoudre le mystère, ainsi que l’énigme d’un la qui s’obstine à sonner faux sur le piano de M. Schumann ou à lui bourdonner aux oreilles tel le plus terrible des acouphènes. Sur ce la, les avis des témoins sont partagés : Liszt, Brahms, Helena, la belle violoncelliste amie de Preiss, Hupfer, l’accordeur des plus grands, chacun a quelque chose à en dire, ou à se reprocher.
Avec un humour subtil, Morley Torgov nous balade dans les cercles musicaux et les soirées de Düsseldorf. Belles femmes et bijoux, jeunes arrivistes tel Liszt drapé dans sa cape noire, journaliste prêt au chantage, tout cela est vu par les yeux et raconté par la voix de l’inspecteur Preiss, vieux routard des rues sordides et des bassesses de l’âme humaine. L’accordeur est-il honnête ? Clara aurait-elle un amant ? Robert ment-il entre ses crises de démence ? Comme dans les bons vieux polars en huis clos, les suspects sont en nombre restreint, mais ils le sont bien tous, surtout quand de nouveaux éléments permettent d’ajouter aux soupçons et que l’on découvre des raisons de complicité entre eux.
Très finement, ce roman est basé sur la stricte réalité (hormis le crime) d’un milieu, d’une époque et de personnages essentiels dans l’histoire de la musique. Voilà pourquoi Meurtre en la majeur est un livre hors norme.9782742787890

Tiens c’est aujourd’hui le 205ème anniversaire de la naissance de Robert Schumann !