Les paradis du Boléro

On savait quelques célébrités, des stars du sport ou du showbiz, et même la reine d’Angleterre, mêlées au scandale des Paradise Papers. 

Voilà que Le Monde d’hier, repris par tous les médias (voir France Musique), poursuivant le feuilleton quotidien de ses révélations, nous apprend que Ravel, pourtant mort en 1937, y est à son tour mêlé : lire La mystérieuse société maltaise des héritiers du Boléro de Ravel

Ravel et en particulier son Boléro ont été jusqu’en 2016, et sont encore dans certains pays, générateurs de fortunes impressionnantes pour les héritiers du compositeur. Problème : Ravel était célibataire, et mort sans héritiers ni testament. Mais, comme le rappelle un autre article du Monde (Ravel et le droit d’auteur)  le pactole n’a pas été perdu pour tout le monde : « Savez-vous qui détenait, jusqu’au 30 avril, les droits patrimoniaux du Boléro, œuvre phare du musicien Maurice Ravel, mort en 1937 sans testament ? Attention, prenez votre élan : la fille d’un premier mariage de la deuxième épouse du coiffeur dont la première épouse avait été la masseuse de la femme du frère de Ravel. Rien de moins. Cette dernière a tenté de faire prolonger ses droits, en vain. »

Durant mes études de droit, je m’étais passionné pour une matière optionnelle, le droit de la PLA (= Propriété Littéraire et Artistique). Déjà à l’époque, je ne comprenais pas pourquoi le seul fait d’hériter d’un auteur, d’un créateur, ouvrait un droit à s’enrichir, à vivre grassement des revenus d’une oeuvre à laquelle on n’avait aucune part. Je sais bien que la morale n’a rien à faire avec le droit.

Je me rappelle il y a quelques années une soirée et une discussion sur ce sujet avec John Simenon, le fils de Georges Simenon, l’auteur français le plus lu, le plus adapté dans le monde, générateur de droits considérables. John Simenon, dont l’activité professionnelle consistait jusqu’alors à gérer ces droits, m’avait dit devoir y renoncer et confier l’affaire à un cabinet spécialisé.

Mais le cas extrême de la succession Ravel repose tout de même la question. Une question sans réponse !

Quand on s’promène au bord de l’eau

Dans La belle équipe (1936), Jean Gabin se promène le dimanche au bord de la Marne du côté de Nogent.

C’est pourtant un autre paysage qu’enfant il a fréquenté, les rives de l’Oise, à Mériel. Aussi sympathiques que soient les méandres de la Marne, je préfère le cours paisible de l’Oise qui, de L’Isle-Adam à Pontoise, offre au promeneur pédestre ou cycliste d’admirables points de vue. Certes les crues de la rivière peuvent être ravageuses et les anciens prenaient bien garde de ne rien construire sur les berges, hors des cabanes de pêche…

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Je ne pouvais pas, me promenant ce dimanche au bord de l’Oise, ne pas penser à la célèbre scène, et à la tout aussi célèbre chanson, du film de Duvivier. Hier soir entrant dans l’appartement où était prévue une soirée d’anniversaire – les enfants de Patrice G. nous avaient demandé de garder le secret et d’arriver à l’avance – je salue des amis de toujours, plus vus depuis un certain temps, et je leur raconte que j’arrive de ma maison située à cent mètres de celle de la jeune Yvonne Printemps et à trois cents de celle où Jean Moncorgé dit Gabin passa son enfance et son adolescence au 34 de la Grand Rue de Mériel.

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J’avais à peine terminé mon propos que se tourne vers notre groupe un homme de belle prestance, qui ressemble tellement à Jean Gabin que c’en est saisissant !… C’est bien Mathias Moncorgé, l’aîné des trois enfants de l’acteur décédé en 1976. Il sera bientôt rejoint par son fils, Alexis, qui a embrassé la vocation de son grand-père au théâtre.

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Le fils de Jean Gabin préside la Société des amis du Musée de Mériel et m’annonce sa prochaine extension au rez-de-chaussée d’un bâtiment municipal où seul le premier étage était consacré à celui qui incarna, entre autres, le commissaire Maigret cher à Simenon. Non seulement la ressemblance physique est saisissante, mais le timbre de voix, l’élocution sont ceux du père.

Mathias Moncorgé se plaignant de l’absence de bonnes tables dans la commune même de Mériel, je lui conseille, soutenu par Jacques S. à qui on ne la fait pas (en cette matière comme en d’autres), l’Auberge Ravoux à Auvers-sur-Oise où j’ai mes habitudes et dont la table et la cave sont plus qu’à la hauteur de la réputation historique de l’établissement (c’est là que Vincent Van Gogh vécut les derniers mois de sa brève existence et y rendit son dernier soupir).

La conversation roule sur la filmographie de Jean Gabin, que le fils connaît par coeur, dans tous ses détails. Jacques S. lui aussi, mais il cale sur le nom d’une actrice qui joue dans un film de Gilles Grangier de 1969, Sous le signe du taureau (« pas un des meilleurs » selon Mathias Moncorgé) : Colette Deréal. Je ne crois pas avoir déjà vu le film. Même moyen, avec Gabin, et un dialogue signé Audiard, c’est à voir…

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