Investiture

Rien n’avait été laissé au hasard au soir du 7 mai et de la victoire d’Emmanuel Macron, notamment le choix de la musique qui a accueilli le président élu sur l’esplanade du Louvre (lire Quelle histoire ! )

Le choix des musiques jouées lors de la cérémonie d’investiture à l’Elysée, ce matin, ne doit non plus rien au hasard.

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D’abord Camille Saint-Saëns et un extrait arrangé de Cyprès et Lauriers – une oeuvre de circonstance célébrant la Victoire de 1918 et dédiée au président de la République de l’époque, Raymond Poincaré.

Puis l’air du champagne de Don Giovanni de MozartOn n’a pas manqué de gloser sur ce choix, pas très orthodoxe selon les tenants d’une tradition guindée. Un appel à faire la fête… trop osé ?

Tant que le vin
Leur échauffe la tête,
Fais préparer
Une grande fête.
Si tu trouves sur la place
Quelque fille,
Tâche de l’amener
Elle aussi avec toi.
Que la danse n’obéisse
À nulle ordonnance,
Tu feras danser
À l’une le menuet
À l’autre la contredanse,
À celle-ci l’allemande.
Et moi pendant ce temps,
De mon côté
À celle-ci et à celle-là
Je veux faire la cour.
Ah ! demain matin
Ma liste devra
Être plus longue
D’une dizaine.
(Air du champagne, Don Giovanni, Mozart)

Et tandis que le nouveau président saluait ses invités dans la Salle des Fêtes de l’Elysée, retentissait l’ouverture d’Orphée aux Enfers d’Offenbach, et son célèbre cancan, qui n’engendre pas précisément la tristesse !

Je ne garde aucun souvenir musical marquant des précédentes cérémonies d’investiture, à l’exception de 2007, lorsque l’épouse d’alors du nouveau président, Cécilia Sarkozy, avait fait jouer Asturias de son arrière-grand-père Isaac Albeniz

Comme je l’ai écrit ici – Ratages officiels – les cérémonies d’investiture, d’installation, ou de couronnement, ont rarement donné lieu à des chefs-d’oeuvre. Il y a quelques exceptions, dans la musique britannique en particulier. De Haendel à Walton, les couronnements, jubilés des monarques britanniques ont été autant d’occasions de célébrations en musique. Comme les Coronation Anthems de Haendel.

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Deux oeuvres de Mozart portent le sous-titre de Couronnement, sa Messe KV 317 qui n’a rien à voir avec un couronnement royal ou impérial, mais avec une commémoration religieuse du Couronnement de la Vierge, et son 26ème concerto pour piano qui n’a pas été écrit en vue d’un couronnement, mais joué un an après sa création, en 1790 à Francfort à l’occasion – mais pas pendant – du couronnement de Leopold II.

En France, il était depuis plus de deux siècles considéré comme acquis que c’était Méhul l’auteur de la Messe du Sacre de Napoléon. France Musique a révélé, il y a quelques mois, que ce n’était pas le cas !

Quant aux musiques royales françaises, ce n’est pas en un billet, ni même en deux ou dix, que je pourrais les éovquer…

En cette journée d’installation du nouveau président de la République, je veux faire entendre ici le Chant des partisansqui a résonné sous la voûte de l’Arc de Triomphe le 8 mai dernier, en présence des deux présidents Hollande et Macron, et qui a manifestement ému le nouvel élu, comme j’avoue l’être à chaque fois que j’entends cet hymne à la Liberté.

Lili et le piano revolver

On ne pouvait imaginer parutions plus dissemblables que ces deux coffrets proposés par Sony Classical. Du piano dans les deux cas, et deux artistes un peu oubliés.

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Le moins qu’on puisse dire est que la vie et la carrière de Lili Kraus ont été aventureuses. J’aime depuis longtemps ses Schubert et ses Mozart – lire Alla turca – mais je pensais pas trouver un jour, aussi bien réédités, cette intégrale des concertos de Mozart réalisée au Konzerthaus de Vienne en quelques sessions en 1965 et 1966.

Il y a une injustice dans la présentation de ce coffret : on ne trouve qu’à l’intérieur du livret trilingue la mention du chef et de l’orchestre, comme s’ils étaient des comparses secondaires. Le nom du chef américain Stephen Simon est complètement inconnu en Europe, sinon des quelques mélomanes qui se rappellent l’interprète éclairé de Haendel qu’il fut aux Etats-Unis. Quant à l’orchestre du « Festival de Vienne », il s’agit d’une formation de circonstance réunie pour les besoins de la foison d’enregistrements réalisés   dans la capitale autrichienne dans les années 50 et 60.

La pianiste hongroise et le chef américain s’entendent à merveille pour donner des versions heureuses, imaginatives, extraordinairement libres et élégantes, de ces concertos où les références ne manquent pas. Un coffret indispensable à la discothèque de l’honnête homme !

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C’est peu dire que le pianiste américain John Browning (1933-2003) ne joue pas dans la même catégorie que Lili Kraus. Même s’il partage avec elle un déficit de notoriété  sur le continent européen. Son patronyme évoque plus les armes que le clavier ! Contemporain et concurrent de Van Cliburn, il n’a jamais eu la célébrité du premier vainqueur américain du célèbre Concours Tchaikovski en pleine guerre froide.

Ce coffret de 12 CD est évidemment beaucoup plus composite que celui de Lili Kraus, et reflète la variété du répertoire de l’Américain. Les cinq concertos pour piano de Prokofiev – technique étincelante – avaient déjà réédités dans un

coffret Leinsdorf (la première intégrale de ces concertos réalisée par un pianiste américain). On trouve aussi le Concerto de Barberque Browning créa pour l’ouverture du Lincoln Center en 1963, dans les deux versions gravées par le pianiste d’abord avec George Szell en 1964 puis avec Leonard Slatkin en 1990.Mais aussi Beethoven (Variations Diabelli, Sonate op.110), Schumann (Etudes symphoniques), Ravel, Debussy, les Etudes de Chopin, etc.

 

 

 

Eloge de la lenteur

Le vent, une bise glacée, a soufflé en tempête ce week-end sur les bords de l’Oise, où je me reposais d’une semaine plutôt chargée. J’ai revisité une partie de ma discothèque, en quête d’artistes, d’interprètes… apaisants. Deux légendes du XXème siècle, si opposées par leurs origines et leur carrière, aux parcours contemporains, Otto Klemperer (1885-1973) et John Barbirolli (1899-1970), se sont imposées à mes oreilles.

Warner a copieusement réédité le legs imposant du vieux chef allemand réalisé en une vingtaine d’années pour EMI à Londres, avec le Philharmonia. On sait que c’est un homme diminué par plusieurs accidents, affaibli par la maladie, qui a gravé cette somme, et du coup la critique s’est souvent contentée de qualifier Klemperer de marmoréen, impressionnant, grandiose, mais insensible au vent de modernité, de recherche d’authenticité qui soufflait déjà fort sur Bach, Haendel, Haydn ou Mozart du fait de plus jeunes collègues, comme Marriner, Colin Davis, et bientôt Leonhardt, Harnoncourt. La comparaison entre les versions Klemperer (1964) et Davis (1966) du Messie de Haendel est sans pitié pour le grand aîné !

Oui, Klemperer est souvent hiératique, parfois complètement à côté du sujet (concertos brandebourgeois de Bach), ou comme statique (dans un Cosi fan tutte privé de substance dramatique). Et puis, souvent, il vous prend à la gorge, vous impose sa lenteur qui n’est pas absence de mouvement, creuse la partition jusqu’à la sève (les symphonies de Beethoven, Schumann, Brahms, même une étonnante symphonie de Franck !). Parfois c’est la surprise, foudroyante

La 25ème symphonie de Mozart, la plus agitée, la plus Sturm und Drang, de toute la discographie !

C’est le même Klemperer qui, dans Beethoven, vide Fidelio de tout élan et insuffle, au contraire, à la Missa solemnis une énergie, un rayonnement spirituel inégalés :

Et puis, en dehors de tous autres critères, existe-t-il plus haute vision de la Passion selon St Matthieu de Bach ?

Dietrich Fischer-Dieskau nous avait confié, lorsque France-Musique était allé célébrer son 70ème anniversaire dans les studios de la RIAS à Berlin, que l’enregistrement de cette Passion avait été un chemin de croix pour tous les interprètes, Klemperer n’étant pas dans ses meilleurs jours à cause de sa santé. C’est Wilhelm Pitz, le chef de choeur attitré de Bayreuth, qui officiait alors à la tête des choeurs anglais, et c’est à lui qu’en réalité se fièrent solistes, choristes et même musiciens pour faire tenir le tout ensemble…Il n’empêche, c’est bien le Bach de Klemperer.

John Barbirolli, c’est autre chose. C’est une manière d’aborder les grandes arches symphoniques (Brahms, Mahler) comme des fleuves au cours changeant, tour à tour tempétueux ou languide. Donc d’assumer des tempos alentis, contrastés, là où la plupart de ses confrères pressent le pas, confondant souvent vitesse et vivacité, mouvement et animation. Le Sibelius du chef italo-britannique est sans doute celui qui évoque au plus près les immensités de la Carélie, forêts et lacs à perpétuité.

 

Warner vient de republier les symphonies et les ouvertures de Brahms que Sir John avait gravées à Vienne au milieu des années 60, et que j’avais réussi à acheter au fil des ans en disques séparés dans d’improbables collections économiques éphémères. Une expérience singulière, un Brahms qui surprend, mais comme c’est celui – la 4ème symphonie – avec lequel j’ai appris cette musique, je suis en terrain familier.

 

La nostalgie a une patrie : Vienne, un héraut : Barbirolli.

Up and down

Un résumé de l’actualité de la semaine ? Faite de hauts et de bas, en effet.

On avait apprécié le beau spectacle proposé par le Théâtre des Champs-Elysées (https://jeanpierrerousseaublog.com/2016/02/17/ceci-nest-pas-un-opera/), on était très curieux de découvrir ce que pouvait donner, installé place des Nations à Genève, l’ancien théâtre éphémère de la Comédie-Française jadis installé dans les jardins du Palais Royal à Paris. Avec un Alcina de Haendel prometteur sur le papier.

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La critique a plutôt aimé (http://abonnes.lemonde.fr/musiques/article/2016/02/19/opera-alcina-dotee-de-nouveaux-charmes_4868196_1654986.html). Seul bémol – et de taille – de ma part, je n’aime pas la vulgarité gratuite de la mise en scène et le surlignage permanent des intentions et des gestes.

Autre sujet qui, malheureusement, reste d’actualité : le nom d’un orchestre (https://jeanpierrerousseaublog.com/2016/02/09/une-forme-olympique/). Réjouissante séquence hier dans Le Petit Journal de Canal +

http://www.canalplus.fr/c-emissions/c-le-petit-journal/pid6515-le-petit-journal.html?vid=1364380

C’est le nom d’Umberto Eco qui fait l’actualité mortuaire ce matin. Le personnage est sans doute immense, et on attend la déferlante des hommages. Je serais bien incapable d’y ajouter le mien. Je n’ai pas lu Eco (mais n’ayant pas été ministre de la Culture je ne risque pas l’opprobre) ni même vu le film Le Nom de la rose. J’ai tort sans doute.

Un toujours bien vivant, lui, à bientôt 80 ans, le chef suisse Charles Dutoit à qui son éditeur historique Decca rend un hommage justifié, en même temps qu’il célèbre une aventure artistique exceptionnelle de 25 ans entre lui et l’orchestre symphonique de Montréal. Par bien des aspects, Dutoit est l’héritier du grand Ernest Ansermet (1883-1969). Il a rarement suscité l’enthousiasme de la critique européenne, sous des dehors de dandy élégant, le chef n’est pas dépourvu de caractère. Et quand on écoute ses enregistrements à l’aveugle – c’est arrivé plusieurs fois dans des émissions de critique de disques – il n’est pas rare que, dans la musique française en particulier, que ses disques obtiennent le haut du classement.

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35 CD généreusement remplis qui méritent beaucoup mieux qu’un coup d’oreille distrait. Et de nombreuses pépites dans la musique française.

http://bestofclassic.skynetblogs.be/archive/2016/02/20/dutoit-80-8571057.html#more

Une patronne vierge

Pas certain qu’on ait vraiment eu le coeur de fêter la Sainte-Cécile en ce dimanche 22 novembre… C’est pourtant la patronne des musiciens (et des brodeurs !), je gage que peu d’entre eux savent pourquoi, et d’abord qui est cette Cécile, que tant de compositeurs ont honorée ?

Une réponse avec ce poème de Mallarmé ? Voire.

Sainte

A la fenêtre recélant
Le santal vieux qui se dédore
De sa viole étincelant
Jadis avec flûte ou mandore,

Est la Sainte pâle, étalant
Le livre vieux qui se déplie
Du Magnificat ruisselant
Jadis selon vêpre et complie :

A ce vitrage d’ostensoir
Que frôle une harpe par l’Ange
Formée avec son vol du soir
Pour la délicate phalange

Du doigt, que, sans le vieux santal
Ni le vieux livre, elle balance
Sur le plumage instrumental,
Musicienne du silence.

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(Détail d’un vitrail de Notre-Dame de Sablé-sur-Sarthe)

Cécile est romaine, martyre des premiers temps du christianisme, demeurée vierge malgré un mariage forcé. Le rapport avec la musique et les musiciens ? Plutôt ténu, mais c’est tout l’objet de la légende qui entoure Sainte-Cécile, et qui a inspiré nombre de compositeurs (https://fr.wikipedia.org/wiki/Cécile_de_Rome)

Benjamin Britten, né le…22 novembre 1913, pouvait difficilement éviter de chanter sa sainte patronne : Hymn to St Cecilia

Plus près de nous encore, Arvo Pärt, répond à une commande de la bien nommée Accademia Nazionale di Santa Cecilia  de Rome, en 2000, avec Cecilia, vergine romana

Au XIXème siècle, Gounod, Liszt et Chausson rendent hommage à la vierge martyre et à sa légende.

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En remontant les siècles, on ne compte plus les tributs musicaux à Sainte-Cécile, Handel, Purcell, Haydn, Scarlatti bien sûr, mais Luca Marenzio, Peter Philips, John Blow, etc.

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Sir Christopher

La sanglante actualité de ces dernières heures a complètement éclipsé la disparition d’un grand musicien, Christopher Hogwood, qui venait de fêter son 73ème anniversaire (http://fr.wikipedia.org/wiki/Christopher_Hogwood).

De la génération des William Christie ou John Eliot Gardiner, celle d’après Harnoncourt ou Norrington, Christopher Hogwood est très représentatif de cette génération de musiciens britanniques, qui ont considérablement enrichi notre connaissance de la musique ancienne et classique, puis se sont tournés sans complexe vers les répertoires plus contemporains, sans jamais renier leurs premières amours. Christopher Hogwood avait régulièrement dirigé l’Orchestre philharmonique de Radio France.

Il reste heureusement une abondante discographie, qui n’a pas toujours été considérée par la critique à sa juste valeur. J’avoue avoir découvert assez récemment ses symphonies de Haydn, Mozart et Beethoven, flamboyantes, magnifiquement enregistrées avec l’Academy of Ancient Music qu’il avait fondée en 1973. Mais aussi des Haendel et des Vivaldi tout aussi passionnants. Et plus récemment des programmes originaux avec l’Orchestre de chambre de Bâle.

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