La vie des nôtres

Tout le monde a vu, ou devrait avoir vu, La Vie des autres, le film de 2006, primé aux Oscars, de Florian Henckel von Donnersmarck, et son acteur principal Ulrich Mühe mort un an après cette soudaine célébrité (https://fr.wikipedia.org/wiki/Ulrich_Mühe)

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Berlin, qui va fêter le 9 octobre les 25 ans de sa réunification, a ouvert un musée en ce début d’année, qui est non seulement une oeuvre de mémoire, mais une leçon d’histoire contemporaine : le STASI Museum. Sur les lieux mêmes, au sein du gigantesque quartier général du Minister fur Staatssicherheit (Stasi en raccourci) dans le quartier paisible de Normannenstrasse au nord-est de Berlin.

On ne ressort pas indemne de cette visite, même si on a beaucoup lu et vu sur ce système d’espionnage mutuel qui n’a eu aucun équivalent en Europe au XXème siècle, à l’exception des années de terreur stalinienne. Le héros des collaborateurs de la Stasi était d’ailleurs Felix Djerzinski, le bras armé de Lénine, fondateur de la sinistre Tcheka, ancêtre du KGB. C’est dire la référence !

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Les conditions de travail du patron et de l’état-major de la Stasi étaient, comme le montrent ces photos, des plus confortables. Les dignitaires des si mal nommées « démocraties populaires » ont toujours bien pris soin de leurs privilèges.

Mais le décor est accessoire, il faut visiter une à une les salles, des anciens bureaux, de ce musée, pour la qualité de la documentation – on est en prise directe avec l’horreur. Une horreur récente… et réelle. Tout y est méticuleusement décrit, la fondation de ce terrible « Ministère » sur les décombres de la Seconde guerre mondiale et la partition de l’Allemagne, qui va devenir dès 1950 et la répression sanglante du soulèvement des Berlinois, le coeur, le centre, l’essence de la dictature communiste version Ulbricht et Honecker. Un homme va se rendre indispensable, Erich Mielke, immuable patron de la Stasi.

Parmi les nombreux documents qu’on peut voir dans ce musée, cette vidéo terrible et ridicule de celui qui n’a rien compris à ce qui vient de se produire quelques jours plus tôt, et qui échappera jusqu’à sa mort en 2000 aux foudres de la justice…

Autre film édifiant sur les méthodes de la Stasi :

Florian Henckel aurait dû intituler son film : La vie des nôtres. Puisqu’il est avéré, depuis que les archives de la Stasi – c’est un « avantage » de la bureaucratie communiste, tout a été minutieusement consigné et conservé – ont livré leurs secrets, qu’au sein des familles, des couples, entre enfants et parents, frères et soeurs, tous se surveillaient, s’espionnaient, se dénonçaient mutuellement…

La nausée.

http://stasimuseum.de

Malentendus

L’intense « promo » qui l’a précédée a certainement assuré des chiffres record à la sortie du film de Xavier Giannoli Marguerite. Catherine Frot a dû faire à peu près tous les plateaux, toutes les émissions de télévision dans la quinzaine écoulée. Elle fait même la une du Monde d’hier (http://abonnes.lemonde.fr/cinema/article/2015/09/14/marguerite-un-subtil-air-de-crecelle_4756960_3476.html)

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Faut-il rappeler le pitch de Marguerite ? L’histoire de Mrs. Florence Foster-Jenkins transposée dans le Paris des années 20.

Tout le monde connaît cet air de la Reine de la nuit de la Flûte enchantée de Mozart, massacré par la dame, et diffusé ad nauseam dans tous les bêtisiers radiophoniques

Oui, Catherine Frot alias Marguerite Dumont chante archi-faux dans trois passages du film, oui on rit de bon coeur à pareil saccage musical. Mais ce film, et le personnage qu’incarne, à merveille, Catherine Frot, n’ont rien de comique, pas plus que le professeur de chant, ténor sur le retour, joué par Michel Fau.

Marguerite est une héroïne tragique, parce qu’elle seule éprouve encore du désir, une envie de liberté, qui passe par ce rêve fou de se produire sur une vraie scène devant un vrai public, désir et envie étouffés par l’hypocrisie, la lâcheté de son entourage, à commencer par son mari. On cesse vite de rire, même de sourire, pour être pris à la gorge, jusqu’à un dénouement surprenant.

Giannoli n’a pas lésiné sur les décors, les détails, d’une peinture aussi précise que cruelle d’univers qui se croisent sans jamais se comprendre : les vrais musiciens – jolies séquences qui restituent le foisonnement créateur de ces années 20 – les bien-pensants rescapés de la Grande Guerre, les « folies » des surréalistes, dadaïstes et autres anars. Et, ce qui ne gâte rien, bande originale et illustration musicale très réussies.

Un film à voir, à l’évidence ! Prévoir de sortir les mouchoirs plutôt que se tenir les côtes.

L’ autre malentendu, c’est Guy Béart. Entre ceux qui le croyaient mort, ou qui l’avaient enterré depuis longtemps, ceux qui l’associent aux années pompidoliennes et à des sixties un peu ringardes, personne n’a osé d’autre hommage que ceux qui marquent le décès d’un nom connu.

Finalement Laurent Gerra a plutôt sauvé de l’oubli celui qui avait déserté la scène et les médias, jusqu’à un retour inattendu au début de cette année.

Piètre chanteur, il le reconnaissait lui-même, Béart reste et restera comme un grand auteur, et pas des moindres, puisque, de son vivant, pas loin d’une cinquantaine de ses chansons sont entrées dans l’histoire, reprises par d’autres, fredonnées par tous.

Sur Facebook hier, voici ce qu’écrivait Michel S.

De Guy Béart, qui rimait depuis les années 80 avec ringard, ce dont il n’est jamais revenu, hébété, interdit, continuant parce qu’il le fallait : 

Les enfants de bourgeois (1976).
« Les enfants de bourgeois jouent à, jouent à, 
Les enfants de bourgeois jouent à la misère. 
Ils marchent déguisés en mendiants distingués: 
Ca coûte cher les jeans rapiécés. 
Ils ont pris nos vêtements, nos bleus et nos slogans.
Leur beau linge les attend chez leurs parents.
Les enfants de bourgeois jouent à, jouent à,
Les enfants de bourgeois jouent à la vie dure.
Leurs dents ont trop souffert à cause du raisin vert
Que leurs parents ont mangé hier.
Ils viennent, ces chéris, sur nos tables pourries
Poser leurs hauts talons de leurs théories.
Les enfants de bourgeois jouent à, jouent à,
Les enfants de bourgeois jouent à l’herbe verte.
Ils vont planter leur fraise en Ardèche,.en Corrèze.
Leur sœur, elle, fait du tricot à l’anglaise. 

Ils vont, le cœur vaillant, à la ferme dans les champs. 
La terre est dure, mais ça ne dure pas longtemps. 
Les enfants de bourgeois jouent à, jouent à, 
Les enfants de bourgeois jouent à la commune. 
Ils font quelques enfants libres et nus soi-disant 
Qu’ils abandonnent chez le premier passant. 
Ils abritent des chiens, des oiseaux, des copains, 
Des chats qui meurent écrasés un par un. 
Les enfants de bourgeois jouent à, jouent à, 
Les enfants de bourgeois jouent à l’aventure. 
Ils traversent les mers, les idées, les déserts. 
Quand ça va mal, ils n’ont qu’à changer d’air. 
Quand ils crient au secours, voici qu’ils trouvent toujours 
Au fond de leur poche leur ticket de retour. 
A force de jouer où est, où est, 
A force de jouer, où est l’espérance? »

Et qui pourrait nier que cette chanson de 1968 reste d’une tragique actualité ?

Singin’ in the rain

Trop tard pour espérer encore voir Singin’ in the rain au Châtelet à Paris, mais la production reprend pour les fêtes de fin d’année à partir du 27 novembre. Et il faut s’y précipiter. Les adaptations à la scène de films musicaux ne sont pas toujours réussies, surtout quand on a affaire à un chef d’oeuvre : Singin’ in the rain, le film de Stanley Donen et Gene Kelly, sorti en 1952, en est un, incontestable (http://fr.wikipedia.org/wiki/Chantons_sous_la_pluie) et pas seulement à cause de la chanson et de la scène cultes qui donnent son titre au film :

L’histoire se déroule à Hollywood, à la fin de l’ère du cinéma muet. D’origine modeste, Don Lockwood ancien danseur, musicien et cascadeur est devenu une star du cinéma muet. A son grand dam, Lina Lamont, son insipide et antipathique partenaire, est persuadée qu’ils forment un couple à la ville comme à l’écran. Alors que Le Chanteur de Jazz, le tout premier film parlant, connaît un succès fulgurant, le directeur du studio R.F Simpson n’a d’autre choix que de convertir le nouveau film du duo Lockwood / Lamont. L’équipe de production est confrontée à de nombreuses difficultés, notamment l’insupportable voix de crécelle de Lina Lamont. Le meilleur ami de Don Lockwood, Cosmo Brown, a l’idée d’engager Kathy Selden pour doubler la voix de Lina et de transformer The Dueling Cavalier en comédie musicale intitulée The Dancing Cavalier. Entretemps, Don tombe amoureux de Kathy. Lina découvre leur idylle naissante et, furieuse, exige qu’à l’avenir Kathy continue de jouer les doublures et demeure pour toujours dans l’anonymat. Cette idée révolte Simpson, mais il n’a d’autre choix que d’accepter, tout comme Kathy, liée au studio par contrat. La première de The Dancing Cavalier est un triomphe. Le public conquis réclame une chanson de Lina. Don et Cosmo décident d’improviser : ils proposent à Lina de chanter en playback pendant que Kathy, dissimulée derrière le rideau, créé l’illusion en chantant en simultané dans un second micro. Lina commence à « chanter », Don, Cosmo et Simpson remontent le rideau derrière elle… Le spectacle du Châtelet n’était pas une première parisienne, contrairement à ce qui a pu être dit, puisque le Chantons sous la pluie qui a longuement tenu l’affiche de l’Opéra Royal de Wallonie à Liège en 1999, puis du théâtre de la Porte Saint Martin en 2000, avait obtenu le Molière du meilleur spectacle musical en 2001. Une réussite due à Jean-Louis Grinda, alors directeur de la scène liégeoise, et à une fantastique troupe d’acteurs, chanteurs, danseurs, au premier rang desquels figurait l’inoubliable Kathy Selden d’Isabelle Georges. Robert Carsen a fait le pari de la fidélité au film, dans de superbes décors, avec une troupe d’une parfaite homogénéité (Dan Burton, Daniel Crossley, Clare Halse, Emma Kate Nelson impayable en Lina Lamont).Dans la fosse, Gareth Valentine dirige un Orchestre de chambre de Paris en grande forme. IMG_2653

Erreur
Cette vidéo n’existe pas

René, Judi et les deux François

Vingt ans après, quel contraste ! En débarquant à la gare de Nantes ce vendredi midi, des panneaux, des oriflammes partout, nul ne pouvait ignorer que France Musique était à la Folle Journée, les photos des producteurs/animateurs présents sur place ce week-end…

Après le succès, inattendu, incompréhensible pour les Parisiens engoncés dans leurs certitudes, de la première Folle journée consacrée à Mozart, titre oblige, j’avais dû batailler pour que quelques micros de France Musique viennent se poser à la toute nouvelle Cité des Congrès de Nantes en 1996. Suivant en cela la même démarche que l’initiateur de cette manifestation, René Martin (l’homme de La Roque d’Anthéron, de la Grange de Meslay, et de tant d’autres initiatives qui ont révolutionné l’approche de la musique classique). Se rapprocher des publics, leur ouvrir la porte de la musique classique..

folle_journee(©Guillaume Decalf / France Musique)

On peut discuter de ce qu’est devenue cette petite entreprise devenue si grande qu’elle s’exporte désormais dans le monde entier. Il n’empêche, c’est à des précurseurs comme René qu’on doit cette certitude que la musique peut conquérir le coeur et susciter les passions des publics les plus larges.

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Dans le train de retour vers Paris hier – faute de connexion internet impossible de travailler – j’ai fini par regarder un film que j’avais téléchargé depuis plusieurs semaines, Philomena de Stephen Frears.

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Synopsis du film et trame de l’ouvrage éponyme de Martin Sixsmith.

Irlande, 1952 : Philomena Lee, encore adolescente, tombe enceinte. Considérée comme une « femme déchue », elle est envoyée au couvent, et son fils lui est retiré. 
50 ans plus tard, elle va solliciter l’aide de Martin Sixsmith, journaliste désabusé et cynique pour tenter de le retrouver. Ensemble, ils partent pour l’Amérique où ils tisseront une relation à la fois drôle et profondément émouvante.

Comment dire ? Bien sûr, il y a la patte de Stephen Frears (The Queen), mais le sujet de fond, le scandale absolu de ces enfants irlandais, arrachés à leurs mères, vendus, exportés en Amérique est à peine abordé… Il faut toute la simplicité, l’humanité de Judi Dench pour que l’histoire ne sombre pas dans le mélo.

Ce samedi soir, changement de registre. Au Théâtre du Rond-Point, où il fait toujours aussi bon venir, le cher François Morel dans son nouvel opus « La fin du monde est pour dimanche ». 20120110183042-d0e7a1e1

http://www.theatredurondpoint.fr/saison/fiche_spectacle.cfm/183770-la-fin-du-monde-est-pour-dimanche.html

Du pur François Morel, poésie, douce ironie, un peu de Raymond Devos, une heure et demie de bonheur.

Et à 21 h tapantes, pendant que les derniers spectateurs finissent de s’installer, un autre François, guidé par le maître des lieux, Jean-Michel Ribes, applaudi par la salle, s’assied un rang devant nous…

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L’acteur connaît la musique

Je n’ai pas la culture cinéphilique de beaucoup de mes amis mais j’ai quelques affections de longue date pour des acteurs et des actrices qui n’ont jamais été à la mode et sont donc indémodables. Chez les hommes, Gabin, de Funès, Ventura, Michel Serrault bien sûr et Paul Meurisse, irrésistible.

Vu récemment deux films qui n’ont pas laissé de trace particulière dans l’histoire du cinéma et qui sont pourtant dans une veine si typiquement française. D’abord le moins connu – je ne l’avais jamais vu – des quatre films réalisés par Pierre Tchernia avec son acteur fétiche Michel Serrault : Bonjour l’angoisse (1988), avec quelques jeunes comparses Pierre Arditi, Jean-Pierre Bacri ou Guy Marchand. Plus encore que dans Le Viager ou La Gueule de l’autre, on a vraiment le sentiment que Tchernia a laissé libre cours à la loufoquerie de son acteur fétiche, au point que les situations et les répliques semblent improvisées. Tout ce que j’aime…

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Autre chef-d’oeuvre de kitsch et de dérision : L’assassin connaît la musique, avec l’improbable couple formé par Maria Schell et l’inimitable Paul Meurisse. L’un de ces acteurs, comme Gabin, qui ne cesse jamais d’être lui-même, quelque soit le personnage qu’il incarne. Ici un musicien et compositeur fantasque. Un petit bijou de 1963 signé Pierre Chenal.

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