Y aller ou pas ? Le choix de la liberté

Il y a une dizaine de jours j’étais à Istanbul, profitant du « pont » de la Toussaint (lire L’inconnu d’IstanbulLa magnifiqueConstantinopleByzance en majestéSoliman le MagnifiqueTopkapi). J’ai senti, de plusieurs de mes amis sur Facebook, comme des reproches, à tout le moins des interrogations sur l’opportunité d’un tel voyage alors que le régime de M. Erdogan emprunte toutes les apparences d’une dictature.

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J’ai bien écrit apparences et j’en vois déjà qui sursautent.

Explication : vue de nos confortables lucarnes, la Turquie d’Erdogan serait devenue invivable pour les tenants de la démocratie et de la liberté, et, de fait, les mesures liberticides du chef de l’Etat turc s’enchaînent avec une régularité implacable. Quand on est sur place – même si Istanbul n’est pas toute la Turquie, mais c’en est le coeur et le poumon – la réalité, la vraie vie des Stambouliotes qu’on croise pas seulement sur les lieux de tourisme, mais dans leurs quartiers, à la sortie des écoles, ou à l’heure de la prière à la mosquée, sont très différentes des images que les médias propagent. Les gens vont et viennent, s’attroupent, discutent, la présence policière est plus que discrète – même si la surveillance des lieux de forte concentration touristique est renforcée (mais plutôt moins qu’à Paris ou Bruxelles).

Le 29 octobre, jour de la Fête de la République, dans la rue la plus fréquentée du quartier de Beyoğlu, on s’est trouvé au milieu d’une manifestation de l’un des principaux partis d’opposition, dans le calme, sans répression apparente tout le long du cortège.

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Mais on sait bien que les apparences ne sont pas la réalité, et que, pendant ce même week-end, de nouvelles arrestations ont eu lieu, et que les grandes purges continuent dans l’armée, la police, l’administration après le coup d’Etat manqué de juillet dernier.

Dois-je rappeler que j’ai fait donner la création belge, à Liège de Gezi Park II de Fazil Say, et à Montpellier l’été dernier dans la version pour deux pianos et percussions ? Que nous sommes nombreux à nous être mobilisés pour le musicien turc, qui a enfin été acquitté en septembre dernier après avoir été condamné en 2013 à dix mois de prison pour « blasphème » sur Twitter !!

Nul moins que moi ne peut être suspect de la moindre complaisance à l’égard du régime Erdogan, pas plus d’ailleurs qu’envers le gouvernement hongrois qui, lui, fait partie de l’Union européenne et bafoue sans vergogne (et sans réaction des autres membres de l’UE !) les valeurs fondatrices de l’Europe. Mais la Turquie est tellement stratégique dans le contexte des conflits en cours, en Syrie, en Irak, au Proche-Orient en général, que l’Ouest comme l’Est sont comme tétanisés, impuissants à contrer les visées dictatoriales du régime turc.

Mais quelque chose me dit que les Turcs ne se laisseront pas faire si facilement, que la jeunesse turque, si joyeuse et nombreuse dans les rues d’Istanbul, n’est pas prête à renoncer aux idéaux du fondateur de la république laïque, Kemal Atatürk. Suis-je trop optimiste ?

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La magnifique

Ce devait être une matinée froide et grise. Le soleil se mit de la partie pour raviver le souvenir d’un week-end de printemps glacial et expéditif il y a vingt ans. Et tout a resurgi, comme ce qu’on a de plus profond enfoui dans sa mémoire. La fascination, l’émerveillement, l’émotion qui submerge. Décidément, c’est Istanbul la magnifique !

img_6053(La Mosquée bleue)img_6213(Sainte-Sophie)

img_6056img_6057(Hürrem Sultan Hamam

img_6070(Le Bosphore)

img_6071img_6065(L’entrée de Topkapi)img_6165(L’archange Gabriel dans Sainte-Sophie)

img_6156(Dans Sainte-Sophie)

Des photos à suivre sur https://lemondenimages.me.

Constantinople

Il doit bien y avoir une bonne vingtaine d’années que je ne suis pas retourné à IstanbulJ’ai choisi ce « pont » de la Toussaint pour me replonger dans cette ville-monde fascinante et turbulente.

Je profiterai du voyage pour terminer ce bouquin

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En 1892, le Pera Palace à Istanbul fut le premier hôtel de luxe destiné aux voyageurs occidentaux montés à bord du mythique Orient-Express. Agatha Christie, John Dos Passos, Ernest Hemingway, Léon Trotski et Joseph Goebbels foulèrent ses sols rutilant de marbre. En plein quartier des ambassades, son hall grouillait de tant d’espions qu’un écriteau leur enjoignait de laisser les places assises aux véritables clients de l’hôtel… Lequel survécut même à l’explosion d’une bombe placée par les services secrets bulgares dans les bagages d’un diplomate britannique. C’est là, entre Orient et Occident que s’écrivit l’Histoire. A la population déjà cosmopolite de la vieille Constantinople, mêlée de Grecs, d’Arméniens, d’Arabes et de Juifs, s’ajouta avec la montée des périls l’afflux de réfugiés venus de tous les coins de l’Europe. Et, tandis que les Russes blancs ouvraient dancings et clubs de jazz où l’alcool coulait à flots, l’Empire ottoman cédait la place à la jeune République turque de Mustafa Kemal. Des temps sombres s’annonçaient… Un livre foisonnant, d’une grande force narrative, qui dépeint tout un pan de l’histoire du monde à partir de la destinée d’un grand hôtel (Présentation de l’éditeur)

Et sans doute réécouter l’ami Fazil Say et son intégrale des sonates de Mozart, qui depuis sa parution a glané toutes les récompenses possibles (lire Alla turca).

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Récit et photos à suivre…

Frontières sans traité

Le Monde daté d’aujourd’hui titre : Le fiasco du CETA oblige l’Europe à repenser son fonctionnement. Oui, en effet !  Relire Refonder l’Europe et (Mal)traité

Le paradoxe c’est qu’il est un domaine, minuscule certes au regard des enjeux économiques de ce type de traités mondiaux, celui de la culture, de la musique, où les frontières demeurent, invisibles, psychologiques parfois. J’ai plusieurs fois abordé ici l’étrangeté de ces situations d’artistes admirés, adulés même dans leur pays, ou une région du monde, et quasiment ignorés chez leurs voisins (Frontières).

J’ai trouvé la semaine dernière à Cologne un coffret de 8 CD d’un pianiste qui me disait vaguement quelque chose (Jean-Charles Hoffelé en avait, en effet, parlé sur son blog : Le maître des timbres), un musicien allemand né en Roumanie, Herbert Schuch.

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Avant même d’avoir ouvert ce boîtier, la seule lecture des programmes proposés m’avait convaincu de l’intelligence de la personnalité qui les avait conçus. Et puis, à l’écoute, commencée dans ma voiture, j’ai eu confirmation d’un talent hors normes.

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J’ai lancé sur ma page Facebook un « fil » de discussion sur cet artiste, voulant savoir ce qu’en pensaient mes « amis », plus avertis que moi, critiques professionnels ou occasionnels, ou juste très grands amateurs et connaisseurs de la chose pianistique. Avalanche de commentaires, d’invectives aussi, aboutissant tous au même constat : ce pianiste, invité dans la saison 2014/2015 de Bozar (vidéo) à Bruxelles, est resté quasiment absent des scènes françaises. Pourquoi ? on renvoie à notre précédent papier sur le sujet !

En attendant de voir (bientôt ?) Herbert Schuch dans une salle de concert ou un festival en France, on se régalera de chaque instant de ce précieux coffret.

(Mal)traité

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La une de Libé ce matin pour amusante qu’elle soit donne accroire que les Belges francophones se font une publicité d’enfer sur le dos de l’Europe et du Canada.

Honnêtement, je n’ai pas lu le contenu du traité proposé entre le Canada et l’Union européenne, ce fameux CETA, mais j’ai du mal à comprendre que les mêmes qui trouvent finalement le TAFTA (avec les Etats-Unis) insignable, ne voient aucun inconvénient à signer avec le Canada, dont je ne sache pas qu’un mur infranchissable borde sa frontière avec les Etats-Unis !

Il doit bien y avoir quelques bonnes dispositions dans ce traité, mais là n’est pas la question soulevée par le brillant président du gouvernement wallon, Paul Magnette. 

Son intervention vaut d’être écoutée de bout en bout. Une leçon de pédagogie politique. Enfin un discours qui rappelle que la démocratie suppose, impose, de tenir compte du peuple, de la vox populi. Quelque chose me dit que la leçon vaut aussi pour bien d’autres pays européens, à commencer par la France.

 

Tout change, rien ne change

« Le chômage est devenu un mal français, qui traduit à la fois le manque de compétitivité de notre appareil productif et la faillite de notre système de formation. La maladie est aussi sociale : la pauvreté est revenue en force et nous ne lui avons trouvé d’autre remède qu’une assistance administrative qui l’entretient et même l’aggrave. Elle est surtout politique et morale : les Français n’ont plus confiance en l’Etat ni en ceux qui l’incarnent; ils finissent pas ne plus avoir confiance en eux-mêmes. Le malaise de la justice, la montée de l’insécurité, la peur de perdre une identité nationale que tout semble menacer, voilà autant de signes du dérèglement de notre vie publique et de la crise de l’Etat ».

Plus loin cette citation de Montesquieu : « Le principe de la démocratie se corrompt non seulement lorsqu’on perd l’esprit d’égalité, mais encore quand on prend l’esprit d’égalité extrême et que chacun veut être égal à ceux qu’il choisit pour lui commander. Pour lors, le peuple, ne pouvant souffrir le pouvoir même qu’il confie, veut tout faire par lui-même, délibérer pour le sénat, exécuter pour les magistrats et dépouiller tous les juges »

« Peut-on mieux exprimer le rejet de la politique qui sévit de nos jours »?

Comment gouverner demain un peuple à la fois surinformé et désinformé, conservateur et réformateur, casanier et aventurier, réaliste et impatient ? »

Constat terriblement actuel, d’une implacable lucidité. La préface d’un ouvrage récent ? D’un retraité de la politique ? ou d’un des nombreux candidats aux primaires présidentielles de l’automne ?

Date de publication du livre, dont ces lignes sont extraites : 3 février 1993 !!

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A l’époque, le favori des sondages actuels, Alain Juppé, est secrétaire général du RPR, le parti gaulliste dont Jacques Chirac est le président. Il n’a pas encore été Premier ministre, il n’est pas encore maire de Bordeaux. Et comme il l’écrit (voir ci-dessus) plus d’une fois il est tenté d’abandonner les jeux stériles d’une certaine politique… pour s’établir à Venise.

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Je ne connais pas bien ce prétendant sérieux à l’élection présidentielle française, et je me suis dit que j’en découvrirais un peu plus sur le personnage dans ce bouquin vieux de 23 ans où il se livre et se délivre de son côté raide et distant. D’admirables pages sur sa famille, ses études – oui c’est une grosse tête bien faite ! -, son amour de la Grèce et de la Méditerranée, et surtout une très grande honnêteté (qui ne se prive pas de quelques vacheries bien senties à l’endroit de ceux qu’il appelle – déjà – les « mammouths » du parti gaulliste, les Pasqua, Balladur, Séguin) dans l’analyse de la situation du pays.

C’est peu dire – et c’est aussi décourageant qu’affligeant – qu’à peu près sur tous les sujets abordés, comme l’Europe et le référendum sur le traité de Maastricht (1992), l’immigration, la politique éducative et culturelle, rien ne semble avoir changé, progressé, évolué depuis vingt ans. On ne pourra pas retirer à Juppé le mérite de la constance dans l’analyse et la prospective. Le quadragénaire qui piaffait d’impatience devant les lenteurs des circuits de décision saura-t-il, devenu septuagénaire, bousculer l’inertie, les pesanteurs d’un pays tenté par le repli et l’abstention ?

Lisboa meu amor

Je n’étais pas revenu au Portugal depuis le printemps 2000 – une courte semaine à Lisbonne et dans l’Algarve – De Lisbonne je n’avais qu’un vague et sympathique souvenir.

Quel changement spectaculaire en seize ans !

Heureusement que mon premier chauffeur de taxi m’avait dit que le flot des touristes et l’extrême chaleur de l’été avaient maintenant cessé… Ce week-end le thermomètre a allègrement franchi les 30°, quant aux touristes, j’ai eu plus d’une fois l’impression d’être cerné par la foule. Essentiellement francophone. Lisbonne serait-elle devenue la dernière destination à la mode ? Il faut croire que oui…

Je reviens ébloui de ces quatre jours dans la capitale portugaise et ses environs. Pas seulement par la beauté des villes et des sites, mais aussi par le sentiment de prospérité, de dynamisme, qui saute aux yeux de l’étranger qui débarque, informé (intoxiqué ?) par les médias d’une situation économique critique au regard des critères européens… Qui dit vrai ?

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D’autres photos suivront, une fois sélectionnées parmi quelques centaines prises dans les multiples coins, recoins, ruelles, escaliers de cette ville aux mille visages. Et de Sintra et Queluz, royales et romantiques.

Des images spectaculaires ou étonnantes à voir ici :

Extrême Occident

Le Gotha à Disneyland

La jeunesse interrompue

Passionnante discussion vendredi soir au dîner offert à l’occasion du vernissage de la grande exposition de l’été à Montpellier Frédéric Bazille, la jeunesse de l’Impressionnisme13501970_10153740623067602_129978165241598949_n(Le Musée Fabre à Montpellier).

Le dîner avait été organisé dans la demeure familiale du peintre, le domaine de Méric, vendu dans les années 1990 à la Ville de Montpellier à l’instigation du maire d’alors, Georges Frêche. J’avais la chance d’avoir à ma table l’une des descendantes de la famille Bazille, une vieille dame aussi charmante que cultivée, ainsi que l’un des commissaires de l’exposition, un jeune conservateur du Musée d’Orsay, Paul Perrin.

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Entre les souvenirs de ma voisine qui me racontait ses années d’enfance et d’adolescence dans cette maison et ce domaine situés sur les hauteurs de Montpellier et les bords du Lez, et les spécialistes qui évoquaient les rapports de Bazille avec ses  contemporains, c’était une fête de l’intelligence ! Nous avons cependant tous buté sur la question de savoir pourquoi un jeune homme qui commençait à être comblé, reconnu, en tout cas aimé de sa famille, décida brusquement de partir pour la guerre et le front de l’Est, où la mort l’attendra à Beaune-la-Rolande le 28 novembre 1870, à quelques jours de son 29ème anniversaire. Le mystère demeure.

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(Réunion de famille, l’un des grands tableaux de Frédéric Bazille, peint précisément sur les terrasses du domaine de Méric, et visible dans le cadre de l’exposition du Musée Fabre).

La jeunesse interrompue c’est évidemment le sujet qui met la Grande-Bretagne en colère après le vote de jeudi dernier. On comprend, on partage la révolte de la très grande majorité des jeunes électeurs anglais qui a aujourd’hui le sentiment que leurs aînés leur ont confisqué leur avenir européen. L’onde de choc du Brexit (Refonder l’Europe) n’a pas encore produit tous ses effets, mais il est désormais certain qu’il n’entraîne pas simplement un divorce entre l’Angleterre et l’Europe, mais de sévères divisions au sein du Royaume-Uni et de ses populations.

La jeunesse abrégée, comme celle de Bazille, c’est aussi plusieurs destins de compositeurs, Mendelssohn, Mozart disparus avant leurs 40 ans,  Schubert à 31 ans, Arriaga à 20, Lekeu à 24, ou Pergolese à 26 ans. C’est son chef-d’oeuvre, son Stabat Mater qu’on se réjouit d’entendre demain soir au Théâtre des Champs-Elysées avec les deux belles voix de Sonya Yoncheva et Karine DeshayesOn en reparlera !

Refonder l’Europe

Et si finalement le vote des Britanniques était salutaire pour l’Europe !

Je me rappelle la campagne et l’enthousiasme de toute ma génération lors de la première élection au suffrage universel du Parlement européen en 1979. Rappelez-vous c’était la doyenne Louise Weiss qui avait cédé son siège de présidente de séance à Simone Veil, première présidente élue de cette nouvelle Europe démocratique.

Depuis plus de vingt ans, chaque élection européenne a marqué le lent et inéluctable déclin de l’idéal européen, la montée des peurs, des populismes, l’abstention croissante des électeurs. En 2014, lorsque les partisans de Marine Le Pen sont arrivés largement en tête d’un scrutin où les abstentionnistes étaient majoritaires, les médias, les commentateurs, la classe politique ont parlé de séisme, de tournant, de choc sans précédent. Et que s’est-il passé depuis ? RIEN.

L’Europe est en panne. On est heureux d’entendre le Président de la République déclarer aujourd’hui : « L’Europe est une une grande idée, et pas seulement un grand marché. C’est à force de l’avoir oublié qu’elle s’est perdue… » Fallait-il attendre le Brexit pour qu’on s’aperçoive de cette tragique déconnexion entre les peuples, les citoyens, et les eurocrates qui font la loi à l’abri des regards indiscrets (relire Rule Britannia) ?

On aura beau rappeler aux Européens, les fondateurs comme les nouveaux arrivés, avec force chiffres et statistiques, tout ce qu’ils, tout ce que nous devons à l’Europe, tant que les décisions de Bruxelles paraîtront aussi éloignées des préoccupations des citoyens (tant de directives ridicules et inutiles sur les us et coutumes, la gastronomie, les particularités régionales, culturelles, et tant de soumission aux grands lobbies sur des sujets autrement plus importants pour l’avenir du continent et de la planète), les extrêmes, les populistes pourront prospérer sans vergogne. N’est-ce pas en Autriche que l’élection d’un président de la République d’extrême droite s’est jouée à quelques centaines de voix ?

Deux conseils de lecture, pour comprendre et retrouver des raisons d’espérer :

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« Comment l’idée rationnelle par excellence, celle de la construction européenne, pourra-t-elle jamais tenir tête à la jouissance fusionnelle des foules manipulées et aux tendances irrationnelles que sont le nationalisme et la haine de l’étranger ? » (Stefan Zweig)

Rule Britannia

Nul ne sait à cette heure ce qui va sortir des urnes britanniques : Brexit or Remain ?

L’intéressant dans l’histoire est que les partisans de l’une ou l’autre option ne se rangent pas dans les catégories classiques et dépassent les clivages habituels.

L’éditorialiste du Canard Enchaîné de ce 22 juin écrit: « …Ce qui se passe en Angleterre n’est pas toujours très éloigné de ce qui se passe dans nos contrées. Avec les aspirations protectionnistes de l’extrême droite et de la gauche de la gauche populiste et les débats sur la grande peur des migrants ou la propension à faire porter par Bruxelles la responsabilité de bon nombre de nos calamités »

Alors que tout le monde sait que, depuis 1973, le Royaume Uni a largement plus profité de l’Europe qu’il n’y a contribué, la masse des opposants à l’Europe telle qu’elle est incarnée par la technocratie et la Commission européennes, n’a fait que croître, et pas seulement en Grande-Bretagne.

Et il y a des raisons ! Quand, dans le même numéro du Canard Enchaîné, un article joliment intitulé En voiture, hormones ! indique : « Après sept ans d’expertises, de coupage de cheveux en quatre et de retards à l’allumage, la Commission européenne a enfin fixé des critères pour interdire les perturbateurs endocriniens, ces bébêtes chimiques qui détraquent le système hormonal. Le résultat est renversant : le tamis prévu par Bruxelles a des trous si larges qu’il laissera passer un maximum de susbtances. ».  Après la vraie-fausse valse-hésitation sur l’interdiction du glyphosate, ce puissant herbicide produit par Monsanto, qui peut encore douter que la Commission européenne est sous influence, non pas sous l’influence des politiques, des parlementaires européens, mais bien celle de très puissants lobbies.

À croire que Monsieur Juncker et ses collègues n’ont rien trouvé de mieux pour donner aux extrêmes populistes toutes les raisons de prospérer.

Cela dit, le Royaume-Uni dans ou hors l’Europe, ne cessera pas d’afficher sa singularité dans tous les domaines, c’est même pour cela que j’aime tellement ce pays…

Qui d’autre que les Anglais auraient pu inventer les Prom’s ? Qui d’autre que la Grande-Bretagne aurait pu engendrer autant de compositeurs et de musiciens qui sont restés de parfaits inconnus sur le Continent ? Allez quoi qu’il arrive, on pourra toujours entendre ceci :