Remaniement, amour et cruauté

Il n’y a que les mauvais esprits qui pourraient oser un parallèle entre l’actualité politique de ce jeudi et le spectacle que j’ai vu hier soir à Montpellier, le dernier opéra de Puccini, Turandot.

La constitution ou le remaniement d’un gouvernement est, de toutes les époques, et sous tous les Présidents de la Vème République, une tragi-comédie humaine. J’en ai connu de ces hommes et de ces femmes qui ont attendu en vain près de leur téléphone (du temps où le portable n’existait pas encore), de ceux aussi qui ont appris leur nomination…ou leur déchéance par la radio ou la télévision. Bref, l’exercice est souvent cruel.

Quant à la nouvelle ministre de la Culture, Audrey Azoulay, elle a bien d’autres dossiers à traiter, mais je sais qu’elle est attentive aux artistes et à leurs difficultés. On veut espérer qu’elle aidera à la solution d’un problème qui n’aurait jamais dû en être un : l’interdiction faite à Julien Chauvin de redonner à son ensemble la totalité du nom du Concert de la Loge Olympique  (https://www.facebook.com/jeanpierre.rousseau/posts/10153432224667602)

De cruauté mais aussi d’amour il fut question, et de fort belle façon, hier soir à l’Opéra Berlioz de Montpellier.

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(Photo Marc Ginot)

Je pourrais reprendre à mon compte le papier de Michèle Fisaine dans Le Midi libre (http://www.midilibre.fr/2016/02/09/l-amour-est-vainqueur-quand-turandot-triomphe,1283477.php)

Turandot est peut-être, avec La Bohème, l’opéra de Puccini que j’ai vu le plus souvent. Spectaculaire, exigeant de très gros calibres dans les rôles principaux, Turandot, Calaf, et même Liu. Et surtout fabuleusement écrit pour l’orchestre et les choeurs. Je n’ai jamais compris l’opprobre dans lequel certains directeurs d’opéra tiennent Puccini – Gérard Mortier n’a jamais programmé un Puccini à l’opéra de Paris ! -. Le raffinement de l’écriture, les trouvailles et les audaces harmoniques de Puccini ont heureusement fasciné nombre de jeunes compositeurs du XXème siècle.

Pour la splendeur de l’ensemble, j’ai toujours eu une tendresse pour la version de Karajan, même si aucune des chanteuses n’aurait été crédible (audible ?) sur scène.

 

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Second choix, mais avec des voix au bon format :

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Disques d’été (VIII) : Mauvais goût

J’ai toujours rêvé d’entendre, voire d’animer, une émission de radio qui serait consacrée aux musiques un peu honteuses, de mauvais goût, comme les gens qui disent regarder Arte et se repaissent en cachette de Dallas ou d’Amour, gloire et beauté (ça me rappelle un épisode authentique : Armin Jordan n’acceptait jamais de répétition qui commence trop tôt le matin pour pouvoir regarder tranquillement dans sa chambre d’hôtel  les épisodes du très mauvais feuilleton du moment !)

France Culture fait un tabac avec une émission qui s’intitule Mauvais genres. Je doute que le nouveau directeur de France Musique qui a pourtant été à bonne école et qui ne passe pas pour être orthodoxe, lance ou accepte un projet aussi « déviant ». Quoique…

De quoi s’agit-il ?

D’abord de ces musiques dites « légères », pas très sérieuses, un peu crapuleuses, qui sont juste très agréables à écouter… et très difficiles à bien jouer. Les Anglo-Saxons sont beaucoup moins coincés que nous dans ce domaine, les Anglais ont toute une ribambelle de compositeurs qui restent quasiment inconnus sur le Continent (voir quelques références à la fin de ce billet)

Quant aux Américains, à Boston, à Cincinnati, à Los Angeles, les soirées « Pops » ou du fameux « Hollywood Bowl » sont les plus courues (avec des chiffres de fréquentation à faire frémir tous les Cassandre de la musique classique). Depuis mon premier voyage aux Etats-Unis en 1987, j’ai collectionné à peu près tous les disques, souvent des « live », des mythiques Boston Pops et de leur non moins mythique chef de 1930 à 1979, Arthur Fiedler (références à la fin de ce billet)

Une fois – en 1999 ou 2000 – j’ai eu la chance d’assister à une soirée du célèbre Hollywood Bowl. Musicalement décevant, un chef mollasson qui avait réussi l’exploit de nous endormir avec un Boléro de Ravel avachi, mais une première étonnante, la présence du mime Marcel Marceau ! Mais ce n’est pas la qualité musicale qu’on vient chercher, plutôt une ambiance unique de fête.

Les Berlinois ont leur célèbre Waldbühne, qui se termine immanquablement par le tube de Paul Lincke – une sorte d’épigone berlinois de Johann Strauss – Berliner Luft :

On continuera une autre fois ce petit tour du monde, qui ne passe malheureusement pas par Paris

Encore ceci sur un chef qu’on peut autant admirer que détester – Herbert von Karajan. Qui n’a jamais eu honte de diriger, et même d’enregistrer, Suppé, Lehar, Strauss, la Gaîté Parisienne d’Offenbach/Rosenthal : il aimait cette musique et la servait avec les mêmes soins que le grand répertoire classique, avec ce surcroît de chic, d’élégance, de raffinement, dont très peu de ses confrères étaient capables. Il avait même enregistré -son choix? ou à la demande d’un producteur ?- toute une série de marches allemandes et autrichiennes, un double album LP qui ne fut jamais disponible en France, partiellement édité en CD. Puis-je faire l’aveu ici que je n’ai pas écouté qu’une seule fois ces « tubes » de la musique de « divertissement » et puis les Berliner Philharmoniker là-dedans…!!

En revanche, le même Karajan pouvait se vautrer dans le vrai mauvais goût, par exemple dans un célèbre Adagio qui n’est pas d’Albinoni, ou dans d’impossibles menuets lentissimes de Bach, Haendel, Haydn ou Mozart (les plus mauvais Concertos brandebourgeois de Bach ou Concerti grossi de Haendel de la discographie, c’est lui !).

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Disques d’été (VII) : Nuits dans les jardins d’Espagne

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L’oeuvre est centenaire, pas vraiment un concerto, ni un poème symphonique, une suite de trois tableaux, de trois évocations plutôt. C’est en 1915 que Manuel de Falla écrit ses Nuits dans les jardins d’Espagne, qu’il dédie à son compatriote, le pianiste Ricardo Viñes. Ce n’est pourtant pas lui qui crée l’oeuvre le 9 avril 1916 au Teatro Real de Madrid mais José Cubiles avec l’orchestre symphonique de Madrid dirigé par Enrique Fernandez Arbos.

Le premier volet a un rapport direct avec Grenade et les photos ci-dessus : En el Generalife / Dans les jardins du Generalife, le palais d’été des princes Nasrides, leurs jardins fleuris de jasmins et de roses, leurs fontaines (https://fr.wikipedia.org/wiki/Généralife)

Les deux autres volets ou mouvements sont intitulés : Danza lejana et En los jardines de la sierra de Cordoba.

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J’ai découvert l’oeuvre par la version mythique de Clara Haskil et Igor Markevitch, à la grande époque de l’orchestre des Concerts Lamoureux. La discographie n’est pas surabondante, mais on trouvera son bonheur dans ces six versions qui savent jouer des ombres et des lumières de l’oeuvre de Falla. Liste non exhaustive, classée par ordre de mes préférences ! Orozco/Colomer (Valois), Larrocha/Commisiona (Decca), Haskil/Markevitch (Philips/Decca), Soriano/Frühbeck de Burgos (EMI/Warner), Rubinstein/Jorda (RCA), Weber/Fricsay (DGG).

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Une version sans doute pas idiomatique, mais attachante : Barenboim au piano, Placido Domingo à la direction :

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