Timbres d’or et d’argent

L’amateur de raretés lyriques est gâté en ce mois de juin à Paris. Entre Versailles, le Théâtre des Champs Elysées, l’Opéra Comique, impossible (pour moi) de céder à toutes les tentations.

On attendait évidemment avec curiosité l’ouvrage de jeunesse de Saint-Saëns Le Timbre d’argentexhumé par François-Xavier Roth et son orchestre Les Siècles, à l’instigation du Palazzetto Bru Zane.

IMG_9778On avait déjà eu la chance de redécouvrir la Salle Favart, l’Opéra Comique, dans sa splendeur retrouvée. La fosse nous semble plus sonore que par le passé, parfois à la limite de la saturation.

LE TIMBRE D'ARGENT
LE TIMBRE D’ARGENT drame lyrique en quatre actes de Camille Saint-Saens livret de Jules Barbier et Michel Carre cree en 1877 au Theatre National Lyrique de Paris derniere version creee en 1914 a La Monnaie de Bruxelles direction musicale Francois-Xavier Roth mise en scene Guillaume Vincent decors James Brandily creation video Baptiste Klein costumes Fanny Brouste lumieres Kelig Le Bars choregraphie Herman Diephuis magicien Benoit Dattez assistant direction musicale Jordan Gudefin assistant mise en scene Celine Gaudier assistant decors Pierre-Guilhem Coste assistante costumes Peggy Sturm chef de chant Mathieu Pordoy chef de choeur Christophe Grapperon Circe / Fiammetta Raphaelle Delaunay Conrad Edgaras Montvidas Helene Helene Guilmette Spiridion Tassis Christoyannis Benedict Yu Shao Rosa Jodie Devos danseurs Aina Alegre, Marvin Clech, Romual Kabore, Nina Santes choeur accentus orchestre Les Siecles production Opera Comique coproduction Palazzetto Bru Zane – Centre de musique romantique francaise

Que dire de ce Saint-Saëns de jeunesse ? Ce Timbre d’argent a précisément les qualités et les défauts d’un premier jet. Trop long sans doute, une histoire à dormir debout – que le metteur en scène Guillaume Vincent transforme habilement en spectacle de music-hall -, plein de jolies trouvailles d’orchestration – même si l’ouverture est un tunnel – et, ce qui explique sans doute l’oubli qui a recouvert l’ouvrage, quasiment pas d’air, de mélodie ou d’ensemble facile à mémoriser. Une équipe de chanteurs inégale, mais parfaitement francophone. Et un maître d’oeuvre tout à son affaire avec un orchestre pulpeux, s’adaptant avec une souplesse époustouflante aux incessants changements d’atmosphères et de rythmes d’une partition patchwork, sans oublier l’excellent choeur Accentus.

Autre soirée, autre bonheur dans le mélange des timbres de deux belles artistes, dans le cadre du 37ème Festival d’Auvers-sur-Oise, samedi dans la bibliothèque du château de Méry-sur-Oise.

 

 

 

Erreur
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Bonheur d’entendre Karine Deshayes, comme un prélude au #FestivalRF17 – l’édition 2017 du Festival Radio France Occitanie Montpellier – dans lequel elle chantera le 15 juillet, le rôle-titre des Puritains de Bellini, puis le 24 juillet dans L’Opéra imaginaire conçu par Hervé Niquet ! Bonheur d’entendre sa voix mêlée à celle de Delphine Haidan, dans un magnifique programme de duos de Mendelssohn, Schubert, Offenbach, Humperdinck…

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Et puisque j’évoque les timbres, plaisir toujours renouvelé de retrouver ceux, uniques, doux et soyeux, du Philharmonique de Vienne, capté par les micros de Decca dans les années 60, dans une quasi-intégrale bien oubliée des Symphonies de Schubert. due à Karl Münchinger

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Et puisque j’évoque l’or et l’argent, je ne résiste pas à donner à entendre ici la célèbre valse de Lehardans l’enregistrement que le grand Rudolf Kempe considérait comme son plus réussi,  avec les sonorités capiteuses (ces cors de légende !) des Wiener PhilharmonikerL’esprit viennois à son plus subtil !

 

Obituaries

Je ne sais pourquoi, j’ai toujours préféré l’anglais Obituary au français Nécrologie  (qui m’évoque trop la nécrose ?) 

C’est l’une des rubriques que je consulte avec intérêt lorsque je reçois le mensuel britannique Gramophone

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Dans le numéro de juin reçu hier, ce n’est pourtant pas cette rubrique qui a attiré mon attention mais des photos récentes et la métamorphose d’un chef d’orchestre qui n’annonçaient rien de bon.

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Pressentiment confirmé aujourd’hui par le même magazine : Jiří Bělohlávek* est mort ce matin des suites d’un cancer qui l’avait conduit à renoncer à ses engagements ces derniers mois.

Jean-Charles Hoffelé s’enthousiasmait pour le tout dernier enregistrement du chef tchèque disparu à 71 ans, sa troisième version du Stabat Mater de Dvořák.

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Je dois à l’honnêteté de dire que je n’ai jamais été très emballé par les (rares) concerts auxquels j’ai assisté ni par les enregistrements les plus récents de ce chef. Tout est bien fait, bien dirigé, mais – encore une fois c’est un sentiment personnel – je trouve que Bělohlávek est en-deça de ses illustres aînés dans leur répertoire natal (Ancerl, Talich, Neumann mais aussi Šejna ou Košler), moins intéressant que la génération montante (Jakub Hrůša, Tomáš Netopil).

Ce coffret Dvořák n’est pas indispensable.

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et si l’on veut se rappeler l’indéniable talent de ce chef, on trouvera de bien meilleures versions (par exemple le Stabat Mater) dans ces belles anthologies Supraphon

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Autre disparition cette semaine, celle de la claveciniste Elisabeth Chojnacka*

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La musicienne avait un peu disparu des scènes et des écrans depuis une vingtaine d’années, mais elle les avait occupés avec un panache, une ardeur irrésistibles dès son installation en France (lire Une longue série de créations). Je me rappelle sa visite à mon bureau de France Musique il y a au moins vingt ans : rien dans son allure, sa tenue, sa coiffure ne pouvait laisser indifférent. Je l’avais sentie un peu triste de ne plus être la star de la musique contemporaine qu’elle avait été à juste titre. Je l’avais découverte, et du coup aimé sa manière de toucher un instrument qui ne m’a jamais beaucoup séduit, le clavecin, lors de concerts des Jeunesses Musicales de France dans ma bonne ville de Poitiers.

 

*Comment prononcer ces noms imprononçables ? Jiří Bělohlávek = Yirji Bé-lokh (comme Loch en allemand)-la-vièk  et Elisabeth Chojnacka = H (aspiré)-oï-na-ts-ka

 

Immigrés polonais

Dans le récent « grand débat » la Pologne, qui s’était déjà illustrée de manière spectaculaire en 2005 lors du référendum sur le traité constitutionnel européen, avec son plombier polonaiss’est à nouveau invitée dans la campagne présidentielle française.

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(Détournement réussi de la fameuse affiche du faux plombier polonais par l’Office du Tourisme polonais)

Imaginons que les arguments utilisés par certain(e)s pour interdire l’immigration de citoyens européens en France aient été en vigueur dans la France romantique du XIXème siècle ou un siècle plus tard au début du XXème, deux des plus grands Polonais de l’histoire n’auraient jamais enrichi le patrimoine culturel français, notre culture commune. Je veux parler du compositeur Frédéric Chopin (1810-1849) et du pianiste Arthur Rubinstein (1887-1982)… En l’occurrence, pour Chopin, c’était peut-être un retour aux sources, puisque son père était d’origine lorraine !

Ce détour par l’actualité pour évoquer la part la moins spectaculaire, la plus secrète, de l’oeuvre de Chopin, ses Mazurkas.

Lorsque j’ai un peu de temps pour me remettre devant mon piano, c’est toujours vers ce corpus que je reviens, au hasard des humeurs du moment, tant il y a de coins et de recoins de l’âme à explorer, beaucoup plus que l’aspect « national », voire folklorique, de danses stylisées à l’extrême.

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Je suis incapable – et je n’ai pas envie – de faire un classement parmi cette cinquantaine de condensés de poésie, de dire mes préférences, d’en trouver certaines plus « faibles » que d’autres. Je ne me lasse pas de les écouter et réécouter dans les visions aussi différentes qu’Arthur Rubinstein, Jean-Marc Luisada, Nikita Magaloff, Pietro di Maria.81M0ErXoddL._SL1500_71Ib+2cVR4L._SL1050_71iWYSIQz-L._SL1417_718wrcxG9GL._SL1500_

Et pourquoi ne pas se replonger dans les belles pages que le regretté Dominique Jameux  et le cher Jean-Jacques Eigeldinger ont consacrées à notre immigré polonais préféré ?

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Eloquence

Il paraît que les concours d’éloquence qui étaient naguère l’apanage des jeunes avocats, ou des apprentis comédiens, rencontrent aujourd’hui un succès aussi considérable qu’inattendu. Comme en Seine Saint-Denis : Faire entendre sa voix.

Tant mieux ! C’est bien la preuve que la culture, la langue commune, sont partageables par tous et sont les meilleurs moteurs du dépassement de soi, du refus de ce qu’Emmanuel Macron appelle justement « l’assignation à résidence« . Dans la logique de mon billet d’hier (Une idée folle).

Mais l’Eloquence que je veux évoquer ici n’a rien à voir avec cette belle actualité culturelle. Il s’agit d’une collection de disques, dont tous les mélomanes guettent les nouvelles publications avec gourmandise, une collection à double branche si on peut dire.

D’abord très répandue en Allemagne et d’une distribution limitée auxpays germaniques, Eloquence propose, à prix « super budget », de magnifiques rééditions issues des fonds Deutsche Grammophon, Decca et Philips. 

Et puis il y a une autre branche… australienne d’Eloquence que les amateurs – comme moi- trouvaient au hasard de leurs voyages en pays anglo-saxons ou en les commandant à un prestataire australien. Aujourd’hui heureusement cette collection est disponible couramment en Europe.

Australian Eloquence is one of the most critically-acclaimed classical reissue series in the world today. Drawing on the vast catalogues of Decca, Philips, Deutsche Grammophon and ABC Classics, the series presents music for the casual buyer as well as for the connoisseur. The series has received the highest international critical praise for its imagination and inventiveness and is noted for resurrecting several analogue recordings hitherto unreleased on CD 

C’est peu dire que c’est une malle aux trésors, d’abord par le soin apporté à ces rééditions, ensuite par la qualité et l’originalité des interprétations qui nous sont restituées, pour beaucoup jamais publiées en CD. Jean-Charles Hoffelé, qui, à mon grand regret, ne chronique plus de disques dans Diapason, ne manque aucune des belles sorties de cette collection sur son blog Artalinna.com

Je viens, pour ma part, de reconstituer, grâce à trois doubles CD, ce qui pourrait bien être mon intégrale idéale des symphonies de Tchaikovski

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Les premières explorations tchaikovskiennes du tout jeune Michael Tilson Thomas en 1970 à Boston – la 1ère symphonie la plus poétique, la plus juvénile de la discographie, magnifiquement captée – du tout jeune Claudio Abbado en 1967 à Londres – une 2ème symphonie toute gorgée de mélodies populaires ukrainiennes (à entendre cet été à Montpellier !), le même Abbado jamais aussi imaginatif que dans cette 4ème symphonie viennoise, et un chef aujourd’hui bien oublié, Ferdinand Leitnerqui nous offre une version idiomatique de la suite de Casse-Noisette.

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La 3ème symphonie de Tchaikovski est un peu la mal-aimée des six, elle est rare au concert, encore plus au disque hors intégrales. Je ne connaissais pas cette version du chef israëlien, lui aussi bien oublié, Moshe Atzmon : une splendeur très bien enregistrée avec l’autre orchestre viennois, les Wiener Symphoniker

On retrouve Claudio Abbado dans une lumineuse 5ème londonienne, et deux formidables témoignages d’un chef polonais bien trop négligé Witold Rowicki, des versions vraiment idéales des deux suites du Lac des cygnes et de La belle au bois dormant.

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Last but not least, encore le jeune Abbado dans deux réussites, sa première « Pathétique »la plus réussie avec le grain inimitable des Viennois, et son premier Roméo et Juliette à Boston. Et une version haute en couleurs, qu’on avait complètement oubliée, de Manfred, cette symphonie qui ne dit pas son nom, due à un chef inspiré, Youri Ahronovitch.

Un Tchaikovski… vraiment éloquent sous ces belles baguettes, qu’on redécouvre avec infiniment de bonheur.

L’aristocrate et le moujik

Presque simultanément Deutsche Grammophon nous livre deux beaux coffrets sur l’art de deux des plus grands violoncellistes du XXème siècle, qui ont fait les riches heures de la marque jaune (et accessoirement de Philips et Decca) : Mstislav Rostropovitchet Pierre Fournier.

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Deux immenses personnalités, deux styles pour le moins opposés (pour user de clichés un peu faciles, l’élégance aristocratique du Français, l’intensité contagieuse du Russe). On peut aimer l’un et l’autre, et s’amuser au jeu des comparaisons lorsque le même chef (Karajan) les accompagne dans la même oeuvre (Don Quichotte de Richard Strauss).

Le coffret Rostropovitch ne contient rien qui n’ait été déjà réédité, mais regroupe tout ce qui est paru sous les labels DGG, Decca et Philips (et par Melodia pour ce qui est des séances de trios avec Kogan et Gilels), et inclut – à la différence du coffret EMI/Warner – les prestations du violoncelliste comme chef d’orchestre (et d’opéra) et pianiste accompagnateur de son épouse Galina Vichnievskaia. Plusieurs doublons, voire triplons (le Quintette à deux violoncelles de Schubert avec les Taneiev, les Melos et les Emerson) Détails ici : Rostropovitch l’intégrale Deutsche Grammophon.

Dans le cas de Pierre Fournier, on attendait depuis longtemps pareil hommage (après le coffret Warner). La longue carrière du violoncelliste français y est richement documentée, depuis les premières gravures avec Clemens Krauss et Karl Münchinger en 1953, jusqu’à une ultime séance en 1984 deux ans avant sa mort avec son fils Jean Fonda. Deux versions du Don Quichotte de Richard Strauss. Deux intégrales magnifiques des sonates piano-violoncelle de Beethoven avec Friedrich Gulda et Wilhelm Kempff, et de celles de Brahms  avec Rudolf Firkusny et Wilhelm BackhausEt ce qui reste pour moi une référence des Suites pour violoncelle de BachDétails à lire ici : Pierre Fournier, l’aristocrate du violoncelle

De Pierre Fournier, Rostropovitch*, jamais avare d’un superlatif, avait dit qu’il était son « dieu », son « maître ».

*Sur l’orthographe et la prononciation de Rostropovitch, lire Comment prononcer les noms de musiciens

L’orchestre en gloire

On doit à celui qui avait déjà réalisé une impressionnante plongée Au coeur de l’orchestre

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un nouvel ouvrage tout frais sorti des presses, que Christian Merlin a lui-même sous-titré Biographie d’un orchestreL’Orchestre philharmonique de Vienne, ce corps musical glorieux s’il en est, célèbre ses 175 ans d’existence, et mérite bien le travail d’orfèvre auquel s’est livré l’auteur depuis plusieurs années. Résultat : un magnifique ouvrage qui peut passionner le plus grand nombre, et pas seulement les admirateurs inconditionnels des Philharmoniker !

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L’Orchestre Philharmonique de Vienne est une légende. La formation qui a créé la Deuxième Symphonie de Brahms, la Quatrième de Bruckner ou la Femme sans ombre de Richard Strauss est universellement connue à cause du traditionnel Concert du nouvel an. Convaincu depuis longtemps qu’un orchestre existe d’abord par ses membres, Christian Merlin a résolu d’entreprendre ici la biographie des « Wiener Philharmoniker ». Son ouvrage explore ainsi les spécificités qui font de cet orchestre un phénomène unique au monde : le mode de recrutement des musiciens, leur origine nationale ou ethnique, leur forte dimension familiale, pour ne pas dire dynastique, la place des femmes dans cette communauté longtemps exclusivement masculine, la manière dont ils défendent leur autonomie artistique et renversent le rapport traditionnel au chef d’orchestre, qu’ils élisent et peuvent révoquer, tous ces aspects sont mis sans cesse en parallèle avec la grande histoire, celle de l’Autriche et celle de l’Europe. En fil rouge de cette histoire, l’auteur n’a de cesse de s’interroger sur l’existence et la persistance d’un  » style viennois « , revendiqué par ces musiciens se réclamant d’une identité musicale spécifique. Cette exploration est émaillée d’innombrables anecdotes destinées à lui donner vie, notamment grâce aux fortes personnalités des musiciens qui se sont succédé aux différents pupitres. (Présentation de l’éditeur).

En effet, cette phalange unique au monde n’est pas réductible aux viennoiseries qui ont fait sa célébrité mondiale chaque 1er janvier.

Il y a quelques mois, Decca et Deutsche Grammophon avaient proposé deux beaux coffrets (palme tout de même à Decca, partenaire historique des Viennois, pour la variété des répertoires et des artistes et la richesse de l’iconographie)

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J’ai justement croisé Christian Merlin (qui revenait de Hambourg et de l’inauguration de l’Elbphilharmoniehier soir à Radio France, où Emmanuel Krivine dirigeait, pour la seule fois de cette saison, l’Orchestre national de France dont il deviendra le directeur musical à part entière en septembre prochain. Evénement mondain et surtout musical. Tout ce que Paris compte dans le monde de la musique, une belle brochette d’anciens présidents de Radio France, comme une avant-première du mandat du bouillant chef français dans la Maison ronde.

15941361_10154301435707602_4762544916690418968_nAu programme, l’une des symphonies les plus « piégeuses » du répertoire romantique, la 7ème de Dvořák. Qui ne fonctionne au concert que s’il y a plus qu’entente, osmose entre le chef et les musiciens. Ce qu’on a entendu hier augure bien de la relation entre Emmanuel Krivine et l’ONF.

C’était pour moi aussi l’occasion de retrouvailles avec le phénomène Denis Matsuev.

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Le 22 juillet 2016, il livrait l’une de ces performances dont il a seul le secret, un Troisième concerto de Rachmaninov qui ne lui pose aucun problème technique et qu’il joue avec une jubilation toujours renouvelée. C’était à Montpellier avec Valery Gergiev et l’orchestre national des jeunes des USA.

Avec Emmanuel Krivine et le National, même feu d’artifice, même élan vital. Et deux généreux bis que cet athlète du clavier adore offrir au public.

Un concert à revoir et entendre ici : Denis Matsuev, Emmanuel Krivine, Orchestre National de France / ARTE TV / France Musique

Amadeus : toujours plus

On croyait que la monumentale Edition Mozart de Philips, publiée en 1991 pour le bicentenaire de la mort de Mozart avait fait le tour de la question.

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Et que le succès populaire du coffret Brilliant Classics en 170 CD avait étanché la soif des mélomanes…

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C’était sans compter avec les progrès dans la recherche – sous l’égide du Mozarteum de Salzbourg – et l’interprétation. Universal propose, 25 ans après l’édition Philips, un pavé de 200 CD à l’occasion, le 5 décembre prochain, du 225ème anniversaire de la mort du plus célèbre enfant de Salzbourg. Luxueusement constitué, deux forts ouvrages explicitant toute l’oeuvre de notre cher Amadeus, le catalogue Köchel actualisé et complété.

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Côté interprétations, ne subsistent de l’édition 1991 que des pièces qui n’ont pas été réenregistrées (les premières messes, des airs de concert, toute la série des danses, menuets surtout). Mais le choix a été clairement fait de privilégier les versions « historiquement informées » – la quasi totalité des symphonies se partage entre Pinnock et Hogwoodidem pour les concertos pour clavier, les opéras sont tous récents (comme le Don Giovanni de Nézet-Seguin). Le coffret est organisé en quatre cubes d’environ 50 CD chacun – musique instrumentale, symphonique et concertant, opéras, musique sacrée – qui proposent néanmoins quelques versions historiques ou de grands classiques (Haskil, Grumiaux).

Un très beau travail qui fait honneur à ce grand label. Un cadeau de fin d’année idéal (les prix varient assez sensiblement d’un site ou d’un magasin à l’autre !). Et quelques très longues heures d’écoute, dont il n’y a pas à craindre de se lasser.

Détails du coffret à lire ici : Le Monument Mozart 225

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Dans les cordes

Trump, la primaire à droite, les spéculations à gauche, j’ai mis sur pause. J’ai préféré faire le plein de musique, sans souci de l’actualité. Les gros coffrets s’accumulent, j’en reparlerai, mais voici un sujet que la disparition récente de Neville Marriner m’a suggéré : la littérature musicale pour les orchestres à cordes. Essentiellement celle des XIXème et XXème siècles.

C’est un souvenir précis et flou à la fois, j’étais encore au Conservatoire de Poitiers, était-ce dans le bureau du directeur, sur sa chaîne, que j’ai découvert la Sérénade pour cordes de Tchaikovski, dans la première version de Karajan ? 

Est-ce parce que j’y entends les échos des lointains d’une Russie millénaire (plus fantasmée que réelle) que j’aime si passionnément cette oeuvre ? Particulièrement dans les deux versions (1966 et 1980) qu’en ont gravées Karajan et ses Berlinois.

Un peu plus tard, c’est un disque en solde (les petits budgets des étudiants !) qui me révélait la Sérénade pour cordes de Dvořákun 33 tours Heliodor que j’ai mis des années à retrouver en CD, avec le grand Hans Schmidt-Isserstedt

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Puis suivront les sérénades de Dag WirénElgarSibelius (Rakastava), Nielsen (Petite suite), Grieg (Suite Holberg) presque toutes découvertes grâce à Marriner…

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Je garde le plus rare, mais pas le moins bon, pour la fin.

Franz Tischhauserce nom ne vous dit assurément rien ! Compositeur suisse né en 1921, sa notoriété n’a jamais vraiment franchi les limites de la Confédération. Prolifique, il écrit en 1963 une brève suite pour 12 cordes Omaggi a Maelzel, créée par les Festival Strings de LucerneUn petit bijou vraiment méconnu à tort : 

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L’autre Suisse Othmar Schoeck est évidemment d’une tout autre dimension, mais il est loin d’avoir chez nous la renommée que son oeuvre devrait lui valoir. En particulier cette Sommernacht /  Nuit d’été qu’Armin Jordan défendit, avec raison, comme un chef-d’oeuvre inspiré par La Nuit transfigurée de Schoenberg.

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Zoltan le bienheureux

Son coeur a lâché ce dimanche. Zoltan Kocsis en était malade depuis plusieurs années.

J’aimais beaucoup ce grand musicien, que j’ai vu trop rarement sur scène, mais il occupe depuis longtemps une place essentielle dans ma discothèque, et comme pianiste et comme chef d’orchestre. J’ai trouvé un grand nombre de ses disques à Budapest, l’essentiel de sa production pour le label hongrois Hungaroton ayant été peu ou mal distribué en Europe occidentale. Heureusement Philips en avait fait un de ses artistes « maison », ce qui nous vaut des intégrales de haut vol. Qui restituent l’acuité, la vigueur, la subtilité, l’élan d’un jeu de piano débarrassé de toute fioriture inutile. Tom Deacon l’avait justement retenu dans sa collection des Grands Pianistes du XXème siècle.

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Dans l’ordre de mes préférences, d’abord l’une des plus alertes visions de Rachmaninov, des concertos et une Rhapsodie à la pointe sèche.

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Une formidable intégrale Bartókun Debussy lumineux.

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Les mêmes qualités se retrouvent dans Chopin, Haydn, Mozart, Brahms, tous ses disques méritent plus que l’intérêt.

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Mais le chef d’orchestre Kocsis est tout aussi passionnant que le pianiste, et il applique au traitement du grand orchestre la même palette de couleurs et de transparences qu’au clavier.

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Peut-on espérer que Decca – qui a repris l’exploitation du catalogue Philips – rende au musicien disparu l’hommage qui lui est dû ? Peut-on espérer que les labels hongrois qui ont de splendides références à la fois du jeune pianiste et du chef dans sa maturité nous restituent cet impressionnant catalogue en mémoire de l’un de leurs plus illustres musiciens ?71xb6ydj3l-_sl1500_

Sir Neville

Je ne l’ai vu qu’une fois en concert, en 2008 à Berlin, mais depuis toujours son nom m’évoquait l’élégance, la classe, une allure toute britannique : Neville MarrinerIl est mort la nuit dernière à l’âge respectable de 92 ans…

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On a un peu oublié aujourd’hui le pionnier qu’il fut, l’aventurier même, dans la redécouverte de tout un répertoire baroque et classique que des décennies d’emphase victorienne avaient enseveli : Vivaldi, Bach, Haendel, Haydn. Chef d’attaque des seconds violons du London Symphony dans les années 50, il fonde avec quelques amis ce qui deviendra une institution du paysage musical londonien, l’Academy of Saint Martin in the Fields (du nom de l’élégante église qui jouxte Trafalgar Square)

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D’autres – Harnoncourt, Gardiner, Brüggen – iront plus loin, mais tout ce que Marriner et son Academy ont donné au disque (pour Argo puis Decca) dans les années 60 et 70, reste d’une étonnante actualité au regard des critères « historiquement informés ».

Le coffret publié pour les 90 ans de Marriner est un magnifique résumé de cette aventure musicale et musicologique (voir le détail ici : Neville Marriner : un héritage)

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Neville Marriner ne s’est pas contenté d’aborder le répertoire baroque et classique, et de l’orchestre de chambre. Il est à la tête d’une discographie surabondante qui couvre quasiment tout le répertoire symphonique, avec des bonheurs divers. Il a beaucoup accompagné les plus grands solistes, une intégrale des concertos de Mozart avec Alfred Brendel (dans l’édition Philips du bicentenaire de Mozart en 1991), mais aussi quelques concertos – des versions de référence pour moi – avec le trop méconnu pianiste tchèque, disparu l’an dernier, Ivan Moravec

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Dans un registre plus léger, Marriner est l’élégance incarnée dans ces pièces de musique « légère » que sont les ouvertures de Suppé ou de Sullivan

 

Ce n’est pas un médiocre chef d’opéra, comme en témoignent plusieurs réussites au disque dans Rossini ou Mozart !

Et on pourrait ajouter une très belle série de symphonies de Haydn…

Souhaitons que les éditeurs successifs de Sir Neville (Decca/Philips, EMI/Warner, Hänssler) nous restituent, quand ils ne l’ont pas déjà fait, les grands moments d’une vie et d’une discographie célébrant l’aventure, la fantaisie, le style, l’élégance d’aussi vastes répertoires.

Deux vidéos émouvantes : le fondateur au pupitre et celui qui lui a aujourd’hui succédé à la tête de l’Academy of St Martin in the Fields, Murray Perahia