Quai du souvenir

La dernière fois que je l’ai vue, c’est dans le musée Jean Gabin de Mériel, sur les bords de l’Oise, à quelques centaines de mètres de chez moi. Dans cet extrait célébrissime de Quai des brumes :

Sur cette scène de légende, les explications de Michèle Morgan :

 

Je n’oublie pas non plus la diffusion, le 26 décembre 2010 (le jour de mon anniversaire !) du documentaire réalisé par Henry-Jean Servat où il avait réuni celle qui vient de nous quitter, Michèle Morgan, Micheline Presle et Danielle DarrieuxFrance Télévisions serait bien inspirée de le rediffuser…

En attendant, on peut réentendre et revoir Michèle Morgan dans quelques interviews récentes (Les 89 ans de Michèle Morgan).

D’autres que moi rappelleront la carrière de cette belle actrice, une carrière finalement sans rapport avec sa longévité. Dès le milieu des années 60, elle ne tourne plus guère, fait quelques apparitions à la télévision ou au théâtre, dans des productions qui n’ont pas laissé de grands souvenirs. Mais le mythe est demeuré, la classe, le chic d’une grande dame dont les beaux yeux ont fait chavirer des générations d’amoureux…

Restent de beaux films, à voir ou à découvrir. Une sélection personnelle :

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Révolutions

Il y a des mots imprudents, l’un d’eux vient de surgir de manière inattendue dans le débat présidentiel : Révolution.

Jean-Luc Mélenchon vante les exploits des « révolutions démocratiques » de Cuba et d’Amérique du Sud et affiche une « stratégie révolutionnaire et pacifiste »François Fillon prône une « révolution conservatrice ». Quant à Emmanuel Macronil en a fait le titre de son livre-programme…

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Bigre ! Les électeurs français sont-ils prêts aux changements radicaux qu’implique la notion même de « révolution » ? Réponse dans quelques semaines…

Je vais pour ma part profiter du week-end pour revoir ou découvrir trois films extraordinaires du réalisateur russe Mikhail Kalatozov (1903-1973)

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J’ai encore en mémoire le bouleversement qui m’avait saisi lorsque, jeune étudiant en russe, j’avais vu pour la première fois Quand passent les cigognesle seul film qui a valu à Kalatozov une reconnaissance internationale grâce à la Palme d’Or qui lui fut décernée à Cannes en 1958.

Mais je ne connais que de nom les deux autres films, dont Soy Cuba :

Réalisé en 1964, ce film a connu une réhabilitation tardive. En 1992 précisément, au festival de Telluride où il fut projeté et remarqué par Martin Scorsese et Francis Ford Coppola. Alors qu’il s’agit d’une commande soviétique, en pleine guerre froide, sur la fin du régime du dictateur Batista et la révolution menée par Castro, Kalatozov échappe au film de pure propagande à travers quatre portraits de personnages emblématiques de la société cubaine (étudiant, paysan, prostituée, guérillero), il s’attarde sur les Cubaines, l’architecture et la musique locales et réalise une mise en scène en noir et blanc tout simplement flamboyante. On n’est pas loin de Welles ou d’Eisenstein.  Martin Scorsese de déclare même dans le bonus que si ce film avait connu une diffusion normale, il aurait tout simplement modifié le cours de l’histoire du 7e art !

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Pour se rappeler aussi qu’aux formidables espoirs qu’ont fait naître les Révolutions du XXème siècle ont succédé de terribles désillusions (La Révolution décrépite

L’anti-déprime

Le hasard (?) avait bien fait les choses. Pas de débat Juppé-Fillon pour moi. Ce jeudi soir, j’étais au Châtelet pour le dernier spectacle proposé par l’incroyable Monsieur Choplinqui boucle une décennie prodigieuse à la tête de ce magnifique théâtre.

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Je me rappelle encore les sarcasmes qu’avait suscités sa première programmation, puis les louanges qui avaient salué Le Chanteur de Mexico en septembre 2006. Depuis, je n’ai pas le souvenir d’avoir vu un spectacle médiocre ou banal. Le théâtre va fermer au printemps pour travaux, et Jean-Luc Choplin en quitte la direction, officiellement pour cause de retraite, mais on le sait déjà attelé à relever un autre défi, celui du prochain complexe de l’île Seguin, la Seine musicale.

Alors cette 42ème rue ? Jean d’Ormesson aurait répondu : « Épatant » ! Tous les ingrédients d’un grand show, comme seul Broadway en a le secret, sont réunis. Le bonheur est total d’un bout à l’autre des 2h40 que dure le spectacle.

Courez-le voir, c’est le meilleur remède contre la déprime ambiante !

On peut aussi voir le film de Lloyd Bacon de 1933.

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Ecouter la bande originale de la création de la comédie musicale en 1980 :

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Mort d’un gentilhomme

Quelques semaines après Claude-Jean Philippec’est un autre Monsieur Cinéma qui disparaît. C’est en même temps le dernier des premiers mousquetaires de la télévision française : Pierre Tchernia est mort ce matin, à 88 ans. Après Pierre Sabbagh, Pierre Dumayet, Georges de Caunes, Leon Zitrone, la bande des pionniers du petit écran d’après-guerre est ainsi reconstituée.

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Je n’ai jamais approché Pierre Tchernia. Je n’en connais que le visage qu’il donnait dans les émissions qu’il animait, ou dans les films qu’il a réalisés (ou scénarisés) : celui d’un gentilhomme, cultivé, à qui la célébrité n’était pas montée à la tête. Bref le contraire de ceux qui occupent aujourd’hui bruyamment nos fenestrons…

Mais j’ai d’abord envie de retenir le Tchernia scénariste d’inoubliables comédies signées de l’inoubliable Robert Dhéryqui créa avec sa femme Colette Brosset l’invraisemblable troupe des Branquignols (Louis de FunèsJean LefebvreJean CarmetJacqueline MaillanMichel SerraultMicheline DaxPierre OlafJacques LegrasRobert Rollis).

Les deux films co-signés Tchernia et Dhéry sont de petits chefs-d’oeuvre d’humour bonhomme, gentiment décalé, si représentatifs de la France des années 60 : La belle américaine et Le petit baigneurEt une sacrée brochette d’acteurs !

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Pierre Tchernia réalisateur laisse quatre films, inégalement réussis, qui dressent de savoureux portraits de Français moyens, idéalement incarnés par son acteur-fétiche Michel Serrault.

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Et pour beaucoup, les plus jeunes en particulier, Pierre Tchernia reste la voix des films d’animation d’Astérix, celui qu’Arthur brocardait affectueusement dans Les Enfants de la télé (Magic Tchernia !). 

Merci Monsieur Pierre !

L’histoire d’un mec

Alors que je suis plutôt opposé à la mode des anniversaires et des commémorations, j’ai trouvé plutôt bien – et utile ! – que les médias rappellent la mort de Coluche, il y a trente ans, le 19 juin 1986, des suites d’un accident de moto.

J’avais déjà exprimé dans Génération Le Luron le regret que ni Coluche ni Thierry Le Luron, dans des genres très différents, et pourtant si proches, n’aient jamais été remplacés. Il y a d’excellents humoristes, des personnages très sympathiques et drôles sur  nos petits écrans ou au micro des grandes radios. Mais plus personne qui ait le culot, l’audace de l’irrévérence, de la satire corrosive, alors même que les médias se sont multipliés.

On a taxé Coluche de vulgarité, parce qu’il parlait populaire. J’aime cette vulgarité là si c’est ainsi qu’on doit vraiment la nommer. Elle est si proche d’un Michel Audiard (qui lui aussi manque cruellement au cinéma).

Rien à ajouter ou à retrancher à cet excellent papier de Télérama Au cinéma Coluche était un autre.

Quand on voit l’inflation de candidatures aux primaires pour la prochaine présidentielle, on n’en mesure que plus tristement l’absence d’un « mec » comme Coluche dans le débat français. Je n’ose imaginer les sketches dont il nous gratifierait…

Choc et toc

C’était un week-end à salle obscure. Ce furent donc deux films présentés à Cannes. Une fois n’est pas coutume, on a suivi la tendance, la rumeur. Résultat des courses : 1 – 0.

D’abord le dernier opus de Paul VerhoevenElle. Plus que le pitch du film, c’est son interprète principale qui m’a attiré : ce n’est pas très original de s’affirmer inconditionnel d’Isabelle Huppert. Je ne me rappelle pas avoir jamais été déçu par cette actrice exceptionnelle. C’est sans doute le propre des très grands que se fondre aisément dans tous les rôles et tous les registres en restant toujours eux-mêmes.

Le film de Verhoeven n’est pas sans défauts, le cinéaste sait mener une intrigue, construire un thrillermais le suspense est vite levé. Une demi-heure de moins aurait été bienvenue. Mais on accroche à cette histoire, ces histoires, amorales, ou plus exactement sans morale, à tous ces personnages doubles, troubles qui gravitent autour d’Isabelle Huppert, sa mère – Judith Magre – entichée d’un gigolo, son ex – Charles Berling – en écrivain raté, sa meilleure amie – Anne Consigny – flanquée d’un mari volage et primaire, son fils perturbé – le frémissant Jonas Bloquet – , et cet énigmatique couple de voisins, la très pieuse Virgine Efira et son mari à la tête de gendre idéal, Laurent Lafitte, dans un rôle de composition qu’on ne lui connaissait pas encore. Et Huppert impériale.

En revanche, on a perdu deux longues heures avec Ma Loute de Bruno Dumont, mis en condition par une bande-annonce trompeuse et une rumeur savamment distillée.

Comme Pierre Murat a, beaucoup mieux que je ne saurais le faire, écrit dans Télérama l’agacement que ce film provoque, je le cite :

Avec P’tit Quinquin, Bruno Dumont a découvert que la farce, qui lui était un terrain inconnu, pouvait l’aider à exprimer le profond mépris que lui inspire l’humanité : c’était le titre d’un de ses premiers films, qu’il avait tenu, d’ailleurs, à orthographier avec un « h » minuscule. Pour lui dénier toute grandeur. Il a, aussi, découvert, avec Juliette Binoche, venue le supplier de la faire tourner (le très discutable Camille Claudel 1915), que les stars étaient plus masochistes qu’il n’imaginait — ou espérait. Certaines étaient prêtes à devenir ce qu’il voulait que soient tous ses comédiens : des marionnettes.

D’où Ma Loute, où, sous prétexte d’originalité et de subversion, il oblige Fabrice Luchini à être ridicule, volontairement, mais involontairement ­aussi, hélas. Où il demande à Juliette Binoche, dont le goût pour la souffrance semble infini, de se livrer à de semblables imbécillités… On le sent émerveillé, et presque gêné, par moments, d’y être parvenu. On le devine tout faraud, encore, d’avoir parsemé son intrigue sans véritable histoire de gags pseudo-poétiques…. 

Quelle audace y a-t-il, en 2016, à montrer des bourgeois comme une race finissante, dégénérée, et les « pauvres » comme des brutes épaisses, éructant des borborygmes tout en saignant leurs ennemis de classe ? Si la subversion en est à ce degré de nullité, tout est perdu…

Le grand problème de Bruno Dumont — et il reste immuable, qu’il change d’univers ou de style —, c’est sa misandrie. Vraie ou fausse. Revendiquée, en tout cas. C’est une impasse. 

À fuir !

De l’utilité des palmarès

Tandis que la Belgique vit chaque mois de mai au rythme immuable, obligé, du Concours Reine Elisabeth – et que chaque année se repose la question de la pertinence de ses choix (De l’utilité des concours), le 69ème festival de Cannes vient de se refermer sur un palmarès qui n’a finalement convaincu personne :

Un autre palmarès était possible (France Culture)

Jury sage pour images rugissantes  (le Monde)

Dans le cas de Cannes, ce qui transparaît de ces papiers (et de bien d’autres les autres années), c’est que finalement le palmarès (Palme d’or, Grand Prix, etc.) a moins d’importance que la sélection. Très souvent, grâce au Festival, on a découvert des auteurs, des réalisateurs, parfois des acteurs/actrices, que les circuits de distribution habituels auraient ignorés ou négligés.

Le cinéma d’un Xavier Dolan a sans doute bénéficié de son exposition (surexposition ?) à Cannes, mais il aurait traversé l’Atlantique et atteint le coeur des cinéphiles européens sans Cannes. À l’inverse, ni Pedro Almodovar ni Woody Allen n’ont jamais décroché la récompense suprême à Cannes. Cela manque-t-il à leur talent ?

On ira voir bien sûr Julieta, parce qu’on n’a jamais manqué un Almodovar.

Et on a profité d’un dimanche après-midi pluvieux pour voir Cafe Society, un grand cru de Woody Allen. Le retour à ses fondamentaux, beaucoup moins carte postale que certains films récents, les tourments amoureux, des personnages creusés, décors et situations sublimés par un art consommé des éclairages.

 

Inattendus

Ces deux derniers jours auront été pour moi l’occasion de rencontres et de situations plutôt inattendues.

Comme nombre d’automobilistes distraits ou peu attentifs aux changements de limites de vitesse sur des tronçons qu’on croit connaître par coeur, j’ai dû récupérer les points perdus de mon permis de conduire, au cours de l’un « stage de sensibilisation à la sécurité routière » (sic). Deux jours pleins dans une salle de classe.

Je m’étais préparé à une plongée dans l’ennui. Et ce fut le contraire qui survint, du fait de la composition de notre groupe de « stagiaires » – 15 hommes, une femme, de tous âges, conditions et origines -, de l’humour et du savoir-faire des « animateurs » aussi. Assis entre un jeune chef d’entreprise coiffé en permanence d’une kippa, à la tchatche contagieuse, et une sublime jeune femme, que peu avaient reconnue comme la réalisatrice de Polisse et Mon Roi, j’ai finalement aimé ce condensé d’humanité, le fonctionnement du groupe, les réactions, les emballements, la diversité des points de vue. Je n’ai pas appris grand chose qui change la nature de ma conduite automobile (je fais attention aux limitations !), mais j’ai adoré ces moments finalement rares d’échange avec des personnes qu’on n’aurait jamais l’occasion de côtoyer autrement.

Ce café pris avec Gutemberg – c’est son prénom ! – qui rit lui-même de s’être fait prendre à 2 heures du matin à dépasser le 30 km/h prescrit au centre de Paris… par des policiers qui  partagent la même salle de gym que lui, ou cet autre avec un trentenaire qui semble revenu de tout, révolté par l’injustice de notre société. Et la majorité du groupe qui trouve injuste de perdre des points pour d’infimes excès, ou l’usage d’un téléphone nécessaire à leur métier (comment fait celui qui vient dépanner des gens coincés dans un ascenseur s’il ne peut répondre à l’appel au secours sur son téléphone ?), le retraité au fort accent de titi parigot qui, deux jours durant, ne cessera de râler contre le système français, les incohérences de la politique de sécurité routière, ou cet autre qui fait un stage pour la 4ème année consécutive parce qu’il n’arrive décidément pas à respecter les limitations de vitesse. Quant à M. la seule femme du groupe, au début taiseuse et comme repliée sur elle-même, elle finira par apostropher les quelques machos de l’équipe (« normal que les femmes aient moins d’accidents, elles n’aiment pas les grosses voitures »!), par leur rappeler que le droit, la morale, et la philosophie ne sont pas nécessairement synonymes. Et le tout s’achèvera dans de grands éclats de rires. M. a en tout cas de la matière pour un nouveau scénario…

La journée d’hier s’achevait par un concert attendu, lui, depuis longtemps par ses fans : Jonas Kaufmann chantait les Wesendonck-Lieder de Wagner au Théâtre des Champs-Elysées, avec l’Orchestre National de France dirigé par Daniele Gatti. Le ténor était bien là, mais on peut bien avouer qu’on est resté sur sa faim. Même si les instants de pure grâce n’ont pas manqué dans cet admirable cycle qu’on est plus souvent accoutumé à entendre chanté par une voix de femme. Mais les meilleurs ont aussi leurs faiblesses et leurs fatigues. Par chance il existe un très beau disque de ce cycle :

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Quand on s’promène au bord de l’eau

Dans La belle équipe (1936), Jean Gabin se promène le dimanche au bord de la Marne du côté de Nogent.

C’est pourtant un autre paysage qu’enfant il a fréquenté, les rives de l’Oise, à Mériel. Aussi sympathiques que soient les méandres de la Marne, je préfère le cours paisible de l’Oise qui, de L’Isle-Adam à Pontoise, offre au promeneur pédestre ou cycliste d’admirables points de vue. Certes les crues de la rivière peuvent être ravageuses et les anciens prenaient bien garde de ne rien construire sur les berges, hors des cabanes de pêche…

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Je ne pouvais pas, me promenant ce dimanche au bord de l’Oise, ne pas penser à la célèbre scène, et à la tout aussi célèbre chanson, du film de Duvivier. Hier soir entrant dans l’appartement où était prévue une soirée d’anniversaire – les enfants de Patrice G. nous avaient demandé de garder le secret et d’arriver à l’avance – je salue des amis de toujours, plus vus depuis un certain temps, et je leur raconte que j’arrive de ma maison située à cent mètres de celle de la jeune Yvonne Printemps et à trois cents de celle où Jean Moncorgé dit Gabin passa son enfance et son adolescence au 34 de la Grand Rue de Mériel.

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J’avais à peine terminé mon propos que se tourne vers notre groupe un homme de belle prestance, qui ressemble tellement à Jean Gabin que c’en est saisissant !… C’est bien Mathias Moncorgé, l’aîné des trois enfants de l’acteur décédé en 1976. Il sera bientôt rejoint par son fils, Alexis, qui a embrassé la vocation de son grand-père au théâtre.

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Le fils de Jean Gabin préside la Société des amis du Musée de Mériel et m’annonce sa prochaine extension au rez-de-chaussée d’un bâtiment municipal où seul le premier étage était consacré à celui qui incarna, entre autres, le commissaire Maigret cher à Simenon. Non seulement la ressemblance physique est saisissante, mais le timbre de voix, l’élocution sont ceux du père.

Mathias Moncorgé se plaignant de l’absence de bonnes tables dans la commune même de Mériel, je lui conseille, soutenu par Jacques S. à qui on ne la fait pas (en cette matière comme en d’autres), l’Auberge Ravoux à Auvers-sur-Oise où j’ai mes habitudes et dont la table et la cave sont plus qu’à la hauteur de la réputation historique de l’établissement (c’est là que Vincent Van Gogh vécut les derniers mois de sa brève existence et y rendit son dernier soupir).

La conversation roule sur la filmographie de Jean Gabin, que le fils connaît par coeur, dans tous ses détails. Jacques S. lui aussi, mais il cale sur le nom d’une actrice qui joue dans un film de Gilles Grangier de 1969, Sous le signe du taureau (« pas un des meilleurs » selon Mathias Moncorgé) : Colette Deréal. Je ne crois pas avoir déjà vu le film. Même moyen, avec Gabin, et un dialogue signé Audiard, c’est à voir…

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Rêve d’hiver

Pour tout un tas de raisons qu’il n’y aurait aucun intérêt à détailler ici, je n’ai jamais passé de vacances à l’hôtel aux sports d’hiver jusqu’à ce week-end pascal. On découvre à tout âge, dit la sagesse populaire ! Et pourtant j’en ai souvent rêvé…

Je n’ai pourtant aucune raison de me plaindre. Au cours de l’hiver 1970, mes parents avaient loué une petite maison (une ancienne bergerie), que l’unique poêle à bois n’arrivait pas à chauffer, au bas de la station de La Mongie. Premiers pas peu concluants sur des skis. En 1977 rebelote à Megève, dans un appartement prêté par la famille de l’élue de mon coeur de l’époque, des essais de ski de fond. Et à partir de 1981, installation à Thonon-les-Bains, les bords du Léman en été, les pistes des Gêts, d’Avoriaz, de Morzine, ou plus modestes de Bernex, sous la Dent d’Oche, en hiver. Pas besoin de séjour organisé, mais du coup jamais l’ambiance si particulière de l’hôtel ou du chalet de montagne, sauf quand on avalait une raclette ou une tartiflette avec les amis avant de redescendre…

Et puis il y eut ce triste jour de février 1999. Mon ami Alain G. m’avait enjoint de quitter Paris et la morosité de l’entre-deux professionnel que je traversais alors, et de venir skier avec lui (c’était un champion comparé à la tortue que j’ai toujours été sur les pistes). J’emmène le cadet de mes fils, et nous passons avec toute une bande d’amis, une fabuleuse journée au soleil d’Avoriaz. Le soir nous devons nous retrouver pour un spectacle à la Maison des Arts de Thonon, je ne les vois ni sa femme ni lui, je ne suis pas inquiet, ils auront eu un empêchement de dernière minute. Le lendemain je suis réveillé par l’appel d’une amie commune : « Vous êtes au courant pour Alain ? » Comme le chante Barbara (Nantes) … J’ai rien dit, mais…j’ai compris qu’il était trop tard.

Je n’ai  jamais rechaussé des skis depuis lors. Et puis Liège était loin des Alpes.

Devant être présent à Genève durant ces semaines de mars, je me dis qu’il ne fallait pas laisser passer l’opportunité d’un séjour bienfaisant au coeur des Alpes suisses, que je n’ai jamais connues qu’en été grâce aux vacances familiales dans le pays maternel.Je n’avais pu assister aux semaines musicales de Gstaad désormais animées par Renaud Capuçon, je profiterais de la station  en cette fin de saison.

Et puis Gstaad dans mon esprit, plus qu’un repère de célébrités, ce sont deux noms : Menuhin et l’inspecteur Clouseau.

Une grande partie du Retour de la panthère rose (1975) de Blake Edwards avec l’inénarrable Peter Sellers se déroule à Gstaad (http://www.gstaad.ch/fr/gstaad/histoires-de-gstaad/gstaad-est-le-dernier-paradis-dans-un-monde-fou.html)

La scène d’entrée d’un autre film culte (OSS 117, Rio ne répond plus) est elle aussi située à Gstaad.

Mais c’est le souvenir de Yehudi Menuhin (1916-1999) qui flotte encore sur les lieux, et il y a fort à parier que le prochain festival d’été célébrera comme il convient le centenaire du violoniste humaniste et ses 60 ans d’existence  (http://www.letemps.ch/culture/2016/03/23/gstaad-menuhin-festival-celebre-60-ans)

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