C’est à une native de Montpellierqu’on doit souhaiter aujourd’hui un bel anniversaire : Juliette Grécoa 90 ans ce 7 février. Une longue histoire d’amour avec le public…
(Formidable duo Ibrahim Maalouf et Juliette Gréco avec la surprise finale des voix de la Maîtrise de Radio France)
C’est à une autre célèbre amoureuse des mots, de musique, du public, que Bruno Fontaine rendait hommage ce dimanche, au Théâtre des Champs-Elysées, à l’invitation de Jeanine Roze, l’infatigable organisatrice des concerts du dimanche, qui fut sa secrétaire dans les années 60 : Barbara.
Un hommage symphonique, a priori surprenant :
Pari relevé avec brio, avec le concours de l’Orchestre national d’Ile de France et des interventions solistes, comme celles de Michel Portal – toujours exceptionnel à bientôt 82 ans ! – ou Yaron Herman.
C’est une autre histoire d’amour, magnifique, bouleversante, impossible, que raconte le film Moonlightde Barry Jenkins – 8 nominations aux Oscars –
On craint, au départ, un récit, une mise en images un peu misérabilistes ou manichéens, on est vite rassuré et emporté par un film d’une beauté formelle qui saisit au plus juste la pudeur des sentiments, les trois épisodes d’une vie d’homme noir américain somme toute banale et pourtant « différente », des ghettos pauvres de Miami aux faubourgs d’Atlanta. Une bande son exceptionnelle.
Un chef-d’oeuvre en effet, comme la presse, pour une fois unanime, l’a relevé.
Un sans-faute, très exactement ce qu’on attendait, ce qu’on espérait. Dignité, sobriété, simplicité. Toute la cérémonie d’hommage national aux victimes des attentats du 13 Novembre a été juste.
Je ne sais pas qui a organisé les aspects musicaux de la cérémonie, mais il/elle doit être félicité(e). On n’avait aucun doute sur la qualité des formations de la Garde républicaine – orchestre et choeurs – (admiration cependant pour des artistes confrontés à des températures problématiques pour leurs doigts et leurs instruments). Emotion particulière quand retentirent ces dernières strophes de La Marseillaise : « Amour sacré de la Patrie…. Liberté, liberté chérie »
Le Président de la République a dit ce qu’il fallait, un discours serré, essentiel, pour la Nation, pour l’Histoire. Pour la génération de mes fils.
Qu’elles étaient belles, qu’elles étaient fortes les voix mêlées de Camélia Jordana, Yaël Naïm et Nolwenn Leroy !
Quand on n’a que l’amour… pour unique raison, pour unique secours… (Jacques Brel)
Quant à Natalie Dessay, elle n’avait pas choisi par hasard Perlimpinpin. Après Brel, Barbara. Et Alexandre Tharaud au piano.
C’est à Vézelay que Rostropovitch, le dissident, le survivant de la dictature stalinienne, avait choisi à la fin de son parcours, d’enregistrer les Suites de Bach.
Au plus noir de l’horreur, il s’est toujours trouvé des artistes, des musiciens, des poètes, des hommes debout pour clamer comme Eluard :
Sur mes cahiers d’écolier
Sur mon pupitre et les arbres Sur le sable sur la neige J’écris ton nom
Sur toutes les pages lues Sur toutes les pages blanches Pierre sang papier ou cendre J’écris ton nom
Sur les images dorées Sur les armes des guerriers Sur la couronne des rois J’écris ton nom
Sur la jungle et le désert Sur les nids sur les genêts Sur l’écho de mon enfance J’écris ton nom
Sur les merveilles des nuits Sur le pain blanc des journées Sur les saisons fiancées J’écris ton nom
Sur tous mes chiffons d’azur Sur l’étang soleil moisi Sur le lac lune vivante J’écris ton nom
Sur les champs sur l’horizon Sur les ailes des oiseaux Et sur le moulin des ombres J’écris ton nom
Sur chaque bouffée d’aurore Sur la mer sur les bateaux Sur la montagne démente J’écris ton nom
Sur la mousse des nuages Sur les sueurs de l’orage Sur la pluie épaisse et fade J’écris ton nom
Sur les formes scintillantes Sur les cloches des couleurs Sur la vérité physique J’écris ton nom
Sur les sentiers éveillés Sur les routes déployées Sur les places qui débordent J’écris ton nom
Sur la lampe qui s’allume Sur la lampe qui s’éteint Sur mes maisons réunies J’écris ton nom
Sur le fruit coupé en deux Du miroir et de ma chambre Sur mon lit coquille vide J’écris ton nom
Sur mon chien gourmand et tendre Sur ses oreilles dressées Sur sa patte maladroite J’écris ton nom
Sur le tremplin de ma porte Sur les objets familiers Sur le flot du feu béni J’écris ton nom
Sur toute chair accordée Sur le front de mes amis Sur chaque main qui se tend J’écris ton nom
Sur la vitre des surprises Sur les lèvres attentives Bien au-dessus du silence J’écris ton nom
Sur mes refuges détruits Sur mes phares écroulés Sur les murs de mon ennui J’écris ton nom
Sur l’absence sans désir Sur la solitude nue Sur les marches de la mort J’écris ton nom
Sur la santé revenue Sur le risque disparu Sur l’espoir sans souvenir J’écris ton nom
Et par le pouvoir d’un mot Je recommence ma vie Je suis né pour te connaître Pour te nommer