Le Russe oublié

Les politiques d’édition et de réédition des grands labels classiques (les majors) répondent à des critères pour le moins mystérieux : un anniversaire rond constitue en général un bon prétexte, mais c’est loin d’être suffisant.

Le centenaire de la naissance du chef Igor Markevitch en 2012 n’avait suscité aucune réaction. EMI/Warner s’est réveillé un peu tard en publiant cet automne un pavé bienvenu :

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Mais rien du côté de chez Universal ! Pourtant le catalogue Markevitch chez Philips et Deutsche Grammophon est très loin d’être négligeable. N’y a-t-il plus personne dans les équipes de cette major qui connaisse la richesse et la variété des catalogues de ces marques prestigieuses ?

Il faut croire que non, quand on voit le traitement réservé au plus grand chef russe du XXème siècle (oui je sais il y a Mravinski, Svetlanov, Rojdestvenski et d’autres encore) : Kirill Kondrachine (ou Kondrashin pour épouser l’orthographe internationale, c’est-à-dire anglo-saxonne, imposée au monde entier). Le plus grand selon moi, ce qui n’ôte aucun mérite à ceux que j’ai cités plus haut et que j’admire infiniment, parce qu’il a embrassé presque tous les répertoires et a marqué chacune de ses interprétations d’une personnalité hors norme.

Le centenaire de sa naissance en 2014 a été complètement occulté (https://fr.wikipedia.org/wiki/Kirill_Kondrachine)

L’éditeur russe historique Melodia ressort les enregistrements de Kondrachine au compte-gouttes et sans logique apparente. Il faut naturellement se précipiter dessus dès qu’ils paraissent.

Decca a fait le service minimum avec cette piteuse réédition : deux disques symphoniques multi-réédités et un disque d’accompagnement de concertos.

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Personne pour signaler cette collection de « live » captés au Concertgebouw d’AmsterdamBernard Haitink avait généreusement accueilli le grand chef qui avait fui l’Union soviétique en décembre 1978 (et où Kondrachine avait régulièrement dirigé depuis 1968) ? Je viens de tout réécouter de cette dizaine de CD, portés par la grâce, le geste impérieux, un élan irrésistible, dans Ravel comme dans Brahms, dans Gershwin comme dans Chostakovitch…. Pourquoi laisse-t-on dormir de tels trésors ?

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Il n’est peut-être pas trop tard pour un vrai coffret d’hommage ?

Au moins Kondrachine est resté présent dans les catalogues comme l’accompagnateur de luxe de pianistes comme Van Cliburn, Byron Janis ou Sviatoslav Richter.

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Je découvre sur Youtube un document doublement rare, le duo Richter-Kondrachine en concert à Moscou et dans un concerto, le 18ème de Mozart, que ni l’un ni l’autre n’ont officiellement enregistré.

Deux recommandations encore, en espérant que cet appel à Monsieur Decca/Universal sera entendu : le tout dernier enregistrement de Kondrachine, dans la salle du Concertgebouw, mais avec l’orchestre du Norddeutscher Rundfunk (NDR) de Hambourg le 7 mars 1981. Dans la nuit qui suivra Kondrachine sera foudroyé par une attaque cérébrale, alors qu’il allait prendre la direction musicale de l’orchestre symphonique de la Radio Bavaroise.

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On le répète, tout ce qu’on peut trouver de disques avec Kondrachine est indispensable ! Comme cette inusable référence, « la » version de Shéhérazade de Rimski-Korsakov, couplée à une fabuleuse 2e symphonie « live » de Borodine

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Pauvre Bescherelle

Je ne connais pas l’initiateur du groupe actif sur Facebook et Twitter Bescherelle ta mère qui s’amuse, avec beaucoup d’humour, à repérer toutes les perles du mauvais usage du français.

En me promenant hier dans les environs d’Auvers-sur-Oise, sur le territoire de la commune de Valmondois, je suis passé devant la belle maison familiale de l’illustre grammairien Louis-Nicolas Bescherelle (https://fr.wikipedia.org/wiki/Louis-Nicolas_Bescherelle), puis sur sa tombe dans le petit cimetière qui surplombe le village.

L’état de l’une et de l’autre serait-il une métaphore de la situation actuelle de la langue française, décrépitude et abandon ?

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À la différence d’un ancien président de la République, je ne suis pas un visiteur assidu des cimetières, sauf par triste obligation ou lorsqu’ils témoignent de destins singuliers.

Comme celui d’Auvers-sur-Oise avec la double sépulture des frères Van Gogh, aménagée par le docteur Gachet. Vincent est mort en 1895, son frère Theo un an plus tard aux Pays-Bas, la veuve de ce dernier a fait le choix de réunir les deux frères si proches dans la vie, le transfert de la dépouille de Theo vers Auvers s’est fait juste avant le début de la Première Guerre mondiale.

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Dans une semaine le cimetière de Valmondois sera couvert de chrysanthèmes, hier il était représentatif du peu de considération, de l’oubli même dans lesquels on tient nos gloires passées. Plus personne ne vient entretenir ni fleurir les tombes.

Sauf quand ce joli cimetière est utilisé par le cinéma comme dans Pieds nus sur les limaces, le film de Fabienne Berthaud (2009).

On a peine à reconnaître la pierre tombale de Georges Duhamel, écrivain jadis lu et respecté, membre éminent de l’Académie française, mort en 1966. (https://fr.wikipedia.org/wiki/Georges_Duhamel)

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Son fils, le compositeur Antoine Duhamel (que j’avais connu à France-Musique, puis invité à Liège), disparu il y a un an seulement, n’est pas mieux loti (https://fr.wikipedia.org/wiki/Antoine_Duhamel)IMG_1261

Non loin, un couple star de la télévision française, elle première fiancée d’un fringant jeune homme promis à un brillant avenir, François Mitterrand, née Marie-Louise Terrasse devenue speakerine sous le nom de Catherine Langeais , lui père fondateur de la télévision française d’après-guerre, Pierre Sabbagh (http://www.valmondois.fr/article/catherine-langeais-pierre-sabbagh).

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Morts, enterrés, oubliés…

D’autres anciennes gloires artistiques ont bénéficié de monuments funéraires qui leur évitent l’oubli définitif, comme le sculpteur Adolphe-Victor Geoffroy-Dechaume (un lien avec un grand musicien, claveciniste, pionnier de l’historiquement informé, Antoine Geoffroy-Dechaume, qui officiait au Conservatoire de Poitiers quand j’y étudiais ?), le peintre et graveur Henri Laurent-Desrousseaux.IMG_1259

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Reste heureusement, dans le cas d’Antoine Duhamel, une oeuvre à écouter et redécouvrir, comme cet extrait de la bande originale de Pierrot le Fou de Godard

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Arnaques

On n’imagine pas comme ça, vu du dehors, mais le petit monde de la musique classique est plein de chausse-trapes. Comme le relève Gaëtan Naulleau dans le numéro de novembre de Diapasonla guerre fait rage entre Deutsche Grammophon-Decca / Universal et Sony : la première s’est fait piquer par le second deux de ses stars, Jonas Kaufmann et Lang Lang. Au moment où le pianiste chinois sort son dernier album (on y reviendra, pour la belle arnaque sur le titre : Lang Lang in Paris ) chez Sony, Deutsche Grammophon ressort – objet de l’ire diapasonesque – une compilation très hétéroclite du même sous le titre Lang Lang the Vienna Album !

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Un mot sur le titre du CD Sony : le lien entre Paris et les Scherzos de Chopin ou les Saisons de Tchaikovski ? Aucun ! Tromperie sur la marchandise ? Pas tout à fait puisque ce disque a bien été enregistré… à Paris (à l’Opéra Bastille précise-t-on même !). La belle affaire… ou plutôt la bonne affaire pour l’image internationale de  LL.

La guerre Sony/Universal avait commencé il y a quelques semaines, dans le même genre :

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Decca avait dégainé le premier avec un album/compilation au titre encore une fois trompeur (The Age of Puccini), sachant que Jonas Kaufmann allait sortir un CD tout Puccini chez Sony. Il a fallu que le chanteur lui-même dénonce le procédé…

Pas très reluisant évidemment, mais il n’y a pas mort d’homme…et puis on est loin, très loin des montants engagés pour des transferts de stars du ballon rond !

Plus désagréables pour les auditeurs/consommateurs de musique que nous sommes, les petites arnaques qui non seulement trompent l’acheteur mais desservent les artistes qui en sont aussi victimes. En cause, les enregistrements « libres de droits », en gros ceux qui ont plus de 50 ans (beaucoup d’exceptions évidemment). Sur les sites de téléchargement (comme Itunes) on est envahi de repiquages, de mauvaises copies de microsillons, absolument épouvantables, à petit prix évidemment, avec parfois de très bonnes surprises (Monteux, Richter, Heifetz…) mais à condition de bien écouter d’abord avant de télécharger.

On est effaré par exemple par la désinvolture – pour rester poli – avec laquelle un établissement aussi prestigieux que la Bibliothèque Nationale de France réédite numériquement quantité d’enregistrements relevant du dépôt légal. Aucun travail éditorial, ni technique, sérieux. Des erreurs en pagaille sur les oeuvres, les interprètes, les compositeurs. Incompréhensible, inadmissible.

Même saccage dans certaines rééditions de CD. Depuis longtemps fan des symphonies de Beethoven gravées par René Leibowitz à Londres en 1959/1960 dans une prise de son stéréo de référence, publiées séparément sous diverses étiquettes (comme Chesky Records) je me suis réjoui de les voir enfin proposées dans un coffret que j’ai aussitôt acheté. Quelle déconvenue en mettant sur ma platine quelques plages au hasard ! Une catastrophe, un report complètement raté. Une honte !

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La même horreur existe, en pire, sur Itunes, si on n’y prend pas garde.

Autre arnaque, heureusement pas encore trop répandue, les rééditions « avec pochettes d’origine » de grands artistes du passé. Quand les minutages des microsillons d’origine étaient brefs, ça peut donner des CD très chiches.

On atteint parfois les limites du ridicule. Déjà le coffret des enregistrements de Jean Martinon avec l’orchestre symphonique de Chicago – que tous les amateurs attendaient avec impatience – aurait pu tenir en 5 CD au lieu des 10 qu’il  contient.

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Mais le pompon est décroché par cette sortie toute récente : Earl Wild, the RCA complete collection.

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On salivait à la perspective de redécouvrir des enregistrements forcément légendaires du grand virtuose américain qui n’était pas loin de fêter son centenaire sur scène (il est mort à 95 ans, en 2010, encore en activité). 5 CD (pour 40 € le coffret), qui tenaient sans problème sur…2 galettes ! Un Gershwin multi-réédité (ici coupé en deux !), certes deux ou trois raretés (le concerto de Paderewski, le 1er concerto de Scharwenka, et quelques babioles qui font très fond de tiroir). Il y a tellement de bons enregistrements, certes éparpillés entre plusieurs labels, à rééditer pour le centenaire du pianiste…qu’on se serait bien passé de ce triste boitier. Par exemple la plus éblouissante des intégrales concertantes de Rachmaninov, ou quand pianiste et chef sont à l’unisson de l’esprit et du style du compositeur.

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Débuts

Un peu surpris d’abord par cette polémique : les chanteurs lyriques français se plaignent d’être trop peu employés sur les scènes françaises : http://www.franceinfo.fr/actu/societe/article/les-chanteurs-lyriques-s-estiment-sous-employes-738411.

Ce n’est pas l’impression que j’ai eue ces derniers mois (https://jeanpierrerousseaublog.com/2015/10/11/cherubins/), j’avais même le sentiment – mais un sentiment n’est pas une statistique ! – qu’il y avait depuis quelques années un véritable renouveau du chant français et une multitude d’excellents artistes pour repeupler festivals et théâtres non seulement en France mais dans le monde. Et puis le principe des quota par nationalité…ça me choque !

Voilà pour la mauvaise humeur, mais la semaine fut plutôt chaleureuse, en dépit d’une météo pré-hivernale. Deux débuts, deux jeunes chefs, deux temps de musique très différents, l’un et l’autre nécessaires.

C’est toujours un passage obligé, délicat pour un chef d’orchestre : faire ses débuts avec un orchestre, de surcroît dans son pays, dans sa ville. Le terme « débuts » peut paraître un peu dérisoire pour quelqu’un qui n’est vraiment pas un « débutant » : Lionel Bringuier, 29 ans (!)  est depuis septembre 2014 le directeur musical de la Tonhalle de Zurich, où il a succédé au vétéran David Zinman. Il a dirigé nombre de prestigieux orchestres américains et européens, il est loin d’être un inconnu à Paris, puisque il a été invité régulièrement par l’Orchestre philharmonique de Radio France. Mais c’était mercredi la première fois avec l’Orchestre de Paris et à la Philharmonie de Paris.

Salle comble, des amis musiciens dans le public, Philippe Jordan (Lionel Bringuier fait aussi bientôt ses débuts à l’Opéra de Paris dans Carmen) Paul Meyer, Beatrice Rana, et un programme sans risque, un peu bateau, avec une belle surprise pour commencer : Con brio, une pièce hyper-virtuose du génial Jörg Widmann qui fait écho au Beethoven des 7ème et 8ème symphonies, un éblouissement de timbres, de rythmes, de références et d’humour. Puis un concerto plus pastoral qu’emporté, plus classique que romantique, celui de Schumann sous les doigts propres et un peu trop sages à mon goût de Martin Helmchen. En seconde partie, les showpieces, Roméo et Juliette de Tchaikovski et les Danses de Galanta de Kodaly. L’Orchestre de Paris brille de tous ses feux, le chef n’en rajoute pas dans la démonstration, quitte à nous laisser un peu sur notre faim. Mais à tout prendre le respect de la partition vaut toujours mieux que la recherche de l’effet facile.

Hier on retrouvait, un an et deux jours après son dernier concert à Pleyel, le chef russe Vassily Petrenko (qui n’a aucun lien de famille avec Kirill, celui qui prendra, en 2019 et pas en 2018 finalement, la direction du Philharmonique de Berlin) : https://fr.wikipedia.org/wiki/Vasily_Petrenko

On se rappelait comme si c’était hier un fabuleux concert (et un dîner chaleureux où le jeune chef russe m’avait confié son amour du répertoire français !) : http://www.diapasonmag.fr/actualites/critiques/salle-pleyel-vasily-petrenko-et-l-orchestre-philharmonique-de-radio-france. On était impatient de retrouver la même équipe cette fois dans l’auditorium de la Maison de la Radio, que Petrenko découvrait. Surtout dans un programme taillé sur mesure pour et par le chef pétersbourgeois : la suite de Ma Mère l’Oye de Ravel – précision et poésie mêlées – à laquelle s’enchaînait parfaitement le 3e concerto pour piano de Prokofiev. On a d’abord été surpris par ce qui nous semblait de la prudence dans le jeu du jeune pianiste ouzbek Behzod Abduraimov – on a trop les feux d’artifice de Martha Argerich dans l’oreille ! – puis conquis par cette calme puissance, typique d’une certaine école russe, qui ménage ses effets, emporte l’adhésion sans épate. Preuve supplémentaire dans le bis : on aurait dit Gilels dans La Campanella de Liszt. 

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Puis venait la 1ère symphonie de Rachmaninov. L’an dernier, j’avais dit à V.Petrenko combien j’aimais cette oeuvre et j’étais impatient de l’y entendre. Je n’ai pas été déçu, bien au contraire. L’oeuvre est longue, pleine de maladresses (et de difficultés pour l’orchestre), mais tous les « fondamentaux » de Rachmaninov s’y trouvent et Petrenko les exalte sans complexe, magnifiquement suivi par le « Philhar ». Seule réserve, l’acoustique de l’auditorium de la Maison de la radio a encore besoin de réglages, pour éviter que les cuivres ne claquent aussi durement dans des oeuvres de grand effectif (les musiciens n’étant évidemment pas en cause).

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Au jour d’aujourd’hui

Rien de personnel dans ce billet, puisque, comme jadis les mauvais élèves au fond de la classe, je me contente de copier intégralement ce papier paru sur le blog des correcteurs du journal Le Monde (http://correcteurs.blog.lemonde.fr/2015/10/13/les-pleonasmes-les-plus-en-vogue-dans-la-presse/). Je copie et je partage !

« En grec ancien, pleonasmos signifie « excès », « surabondance », « exagération ». Si le pléonasme ne va pas jusqu’à l’hubris, la déraison, la démesure qui appelle la vengeance divine, il n’en suscite pas moins l’ire ou la dérision des lecteurs. La grande fréquence des pléonasmes dans la presse illustre l’usure des mots, mais aussi la méconnaissance de leur sens. Voici une revue de détail.

Commençons par faire un sort au taux d’alcoolémie. L’alcoolémie étant le « taux d’alcool » dans le sang, à quoi bon en rajouter, sauf à voir double après une consommation immodérée de produits du terroir ?

La caserne évoquant pour tous la Grande Muette, autrement dit l’armée, quelle information de plus donne-t-on en parlant de caserne militaire — à part rallonger la sauce quand on est payé au signe ?

Comment faut-il interpréter la locution au pluriel populations civiles ? Est-ce à dire que les populations non respectueuses des bonnes manières en sont exclues ? La population, au singulier, n’est-ce pas exhaustif ?

Le tri étant une sélection, parler de tri sélectif c’est bégayer. Un peu comme « sélection sélective ».

Le principal protagoniste nous laisse dubitatifs : le « protagoniste » étant l' »acteur principal » (étymologiquement, « celui qui combat au premier rang »). Par exemple, dans l’Iliade, le protagoniste est Achille, et dans l’Odyssée, Ulysse. Et dans Ivanov de Tchekhov, c’est… Ivanov.

On peut lire ici ou là talonner de près. Talonner de loin, de toute façon, c’est ardu.

Le cadeau gratuit relève plus de la novlangue publicitaire que de celle de la presse, certes, mais il y fait aussi des incursions sournoises. Si un cadeau est payant, ce n’est plus un cadeau.

A quoi bon faire suivre « lorgner » de la préposition « sur », alors que ce verbe est transitif ? On peut donc faire l’économie de ladite préposition. Lorgner sur finit par faire loucher, ce qui est d’ailleurs le sens premier de ce verbe.

Un tollé étant par définition une… « clameur collective » (pléonasme du Larousse), on se gardera bien d’employer tollé général. La même remarque vaut pour liesse ou pour consensus.

Veto signifiant en latin « je m’oppose », il n’est pas nécessaire d’opposer son veto quand on a cette prérogative. On se contentera de « mettre son veto ».

Enfin, il est superfétatoire de faire suivre la locution adverbiale etc. (pour le latin et cetera, « et les autres choses ») des points de suspension (etc…), car ils ont ici le même sens de « et les autres choses »…

Cette liste n’est pas close. Les pléonasmes ne se limitent donc pas à « monter en haut », « descendre en bas » ou « prévoir l’avenir », les exemples donnés par les dictionnaires. Beaucoup ne sont pas perçus comme tels et ont reçu l’onction des dictionnaires, comme au fur et à mesure ou donner le gîte et le couvert (dans les deux cas, on dit deux fois la même chose). D’autres ont été sanctifiés par la littérature (pauvre hère ou frêle esquif) et d’autres sont indivisibles, comme aujourd’hui ou se suicider.

Le très mode au jour d’aujourd’hui étant une espèce de record, une façon de dire trois fois la même chose, cette locution est un chef-d’œuvre de vacuité. »

Plantu, lui, ne risque pas le pléonasme avec son dessin quotidien à la une du Monde, puisqu’il réussit le tour de force d’une sorte de concentré de l’actualité, le choc des maux de l’époque.

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(Plantu dans Le Monde du 23 septembre 2015)

Légendes vives

Une photo prise dimanche sur la scène de l’opéra de Vienne a suffi pour raviver une cohorte de souvenirs émerveillés, tout simplement la découverte et l’apprentissage, par le disque d’abord, des chefs-d’oeuvre de la musique dite « classique ».

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Gundula Janowitz (à gauche) et Christa Ludwig (à droite), ont enchanté, formé une grande part de ma mémoire musicale. L’une et l’autre, souvent l’une avec l’autre, étaient de presque tous les enregistrements de Karajan durant les glorieuses décennies 60-70.

Beethoven (la 9e symphonie, la Missa Solemnis), Brahms (le Requiem allemand), Haydn (Les Saisons, la Création), Richard Strauss (Vier letzte Lieder) sont à jamais associés dans ma mémoire à la voix séraphique, et pourtant charnelle, lumineuse, et pourtant tendue, de Gundula Janowitz. 

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Lorsque Karajan a gravé la Messe en si et la Passion selon St Matthieu de Bach, il a réuni les deux dames, nées toutes deux à Berlin, l’une en 1928, l’autre en 1937.

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Christa Ludwig s’est, discographiquement parlant, partagée équitablement entre trois chefs qui ne pouvaient se passer d’elle, Karajan, Böhm, Bernstein, joli trio !

Impossible de dresser ici cette incroyable discographie.

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Et une perle rare de ma discothèque, une Femme sans ombre légendaire, précieusement conservée depuis ce jour de juin 1998, où nous avions fêté les 70 ans de Christa Ludwig sur France Musique.

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La dédicace qu’elle m’a laissée sur le livret de ce coffret dit tout de cette femme de tête et de coeur. Comme l’entretien qu’elle avait accordé il y a quelques mois à Forum Opéra : http://www.forumopera.com/actu/christa-ludwig-mezzo-ou-soprano-je-ne-sais-pas.

Ni Gundula Janowitz, ni Christa Ludwig n’ont jamais été qualifiées de « stars »- elles ne se sont jamais revendiquées comme telles ! – Si elles continuent de briller aussi fort dans nos mémoires, c’est parce qu’assurément ce sont de belles personnes, de celles qu’on aime comme nos mères ou nos grand-mères. Avec cette lumière et cette bienveillance intactes dans le regard.

C’était une autre légende que je rencontrais hier soir, à la Philharmonie de Paris, pas une cantatrice, mais un orchestre que je n’avais encore jamais entendu en concert (il y a un début à tout !) : le Gewandhaus de Leipzig. Dirigé par son directeur musical Riccardo Chailly (qui a pris tout le monde de court en annonçant son départ bien avant la fin de son contrat). Une mini-résidence à Paris autour de programmes associant Mozart et Richard Strauss. Il arrive parfois que la réalité ne rejoigne pas la légende. D’où vient cette impression qui ne m’a pas quitté de la soirée que ce Klangkörper – ce « corps sonore » – manque de personnalité ? Sauf quand il se fait partenaire à part entière d’un soliste extraordinaire, le violoniste Christian Tetzlaff qui parvient à nous captiver d’un bout à l’autre du 3e concerto de Mozart. Qui d’autre, Gidon Kremer peut-être ? Souvenir à vif de la dernière rencontre avec l’artiste, un certain 7 janvier 2015 : https://jeanpierrerousseaublog.com/2015/01/10/le-silence-des-larmes/

Histoires belges

D’abord il y avait un devoir d’amitié, une présence depuis longtemps promise à l’ami P. qui prenait possession de ses nouvelles pénates. Et puis à d’autres aussi, parmi celles et ceux avec qui on a partagé toutes ces années liégeoises. Mais jusqu’au bout rien n’était sûr, on a donc un peu débarqué par surprise en Cité ardente, extrêmement animée en ce premier samedi d’octobre, conjonction de l’ouverture de la traditionnelle Foire d’octobre et des Coteaux de la Citadelle. Une horreur, un pic de pollution et d’embouteillages dont on s’est vite extirpé !

Une brève visite à la FNAC, qui n’est plus que l’ombre de ce qu’elle fut, hors le personnel et sa gentillesse légendaire – « je suis heureuse de vous revoir, ça fait longtemps que je ne vous vois plus » (une caissière, pardon une hôtesse de caisse !), dont je ne suis pas ressorti les mains vides.

D’abord un excellent livre, mal intitulé de mon point de vue, dû à un jeune et talentueux journaliste, François Brabant, l’un des meilleurs que j’aie croisés durant mes années belges. C’est très documenté, vif, alerte comme un thriller, et plus que le petit bout de la lorgnette d’une histoire locale – c’est pour cela que je n’aime pas le titre ! – c’est toute une époque de la vie politique belge qui est évoquée avec à la fois un sens de la vaste perspective et la précision du détail historique. Passionnant, et – plutôt rare – ni combattant, ni complaisant.

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Puis des disques à prix bradé, qui n’ont rien de belge ni de liégeois, mais que je n’avais pas trouvés ailleurs.

J’ai une pleine collection de concertos de Bach (Jean-Sébastien) au piano moderne, une hérésie pour certains, mais voilà mes oreilles ont toujours mieux supporté le Steinway au ferraillement du clavecin dans un répertoire où l’instrument compte moins que la musique elle-même. Et j’ai découvert que de  jeunes artistes ont appliqué le même traitement aux fils de Bach, avec un résultat surprenant et captivant, puisqu’au piano ludique, bondissant (on est aux antipodes du tricotage de Monsieur Gould) du sino-néerlandais See Siang Wong répond un orchestre de chambre de Bâle  baroque, rauque, acéré – trop parfois – mené à la cravache par le violon de Yuki Kazai, une ancienne élève de Raphael Oleg au Conservatoire de cette ville suisse, pionnière en matière d’interprétation « historiquement informée » (August Wenzinger, la Schola cantorum basiliensis) . Je jubilais sur la route du retour.

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Une belle découverte, et dans mon panier, une redécouverte, un grand monsieur du piano français, Vlado Perlemuter, dont ma discothèque est étrangement peu pourvue. Grâce à Alain Lompech qui avait construit une collection « Le Monde du piano », sans doute disponible en kiosque, mais que je n’avais pas remarquée à sa sortie française, et qui était justement proposée soldée à la FNAC de Liège, j’ai retrouvé les Ravel justement mythiques, enregistrés, pas très bien, au mitan des années 50, avec Jasha Horenstein au pupitre des concerts Colonne pour les concertos, et trois sonates miraculeuses de Mozart.

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J’ai bien sûr profité, outre de la joie des retrouvailles, de paysages, d’une campagne – le pays d’Herve, l’Ardenne bleue -, l’ancienne route de Liège à Aix-la-Chapelle, que l’autoroute toute proche et plus rapide m’avait jusqu’alors masquées.

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Réapprovisionnement en thés de toutes sortes dans un petit magasin familial de Maastricht qui vaut tous les Mariage Frères et autres Palais des thés, un authentique torréfacteur de surcroît, une adresse incontournable : Blanche Dael, Wolfstraat 28 (en plein coeur piétonnier de la ville)

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Légèreté

Il y a des expressions consacrées, dont les inventeurs n’ont pas mesuré l’ineptie : ainsi « spectacle vivant » (il y aurait donc des spectacles « morts » ?), ou « musique légère » (il y aurait donc de la musique « lourde » ?). Evidemment, on a fini par comprendre ce qu’elles recouvrent, il n’empêche, elles sont source de confusion.

Qui dit musique légère, pense musique facile, futile, un peu désuète, l’opérette de nos grands-parents, les viennoiseries qu’on nous sert chaque 1er Janvier.

Demandez plutôt aux interprètes, aux musiciens, aux chanteurs ce qu’ils en pensent, ils vous répondront tous que c’est souvent la plus difficile, la plus exigeante des musiques.

Pour reprendre les fameux concerts télévisés de Nouvel an, on pourrait s’amuser à dresser le palmarès des plus mauvaises prestations : de grands chefs qui n’ont pas trouvé la clé, le style, la manière des insubmersibles valses, polkas et autres marches de la dynastie Strauss & Co. (Ozawa, Jansons, Welser-Moest, Barenboim par exemple). Pourquoi revient-on toujours à Carlos Kleiber – deux concerts seulement, mais quels concerts ! en 1989 et en 1992 – ? Parce que, plus que tout autre, d’abord il aimait cette musique, et exigeait de multiples répétitions avec un orchestre pourtant aguerri. Il n’est que d’écouter (et voir) l’ouverture du Baron Tzigane (et ses tournures all’ungarese) ou la délicate polka lente Die Libelle (La libellule), pour mesurer tout le travail du chef qui donne à ces oeuvres non pas plus de poids ou de sérieux, mais au contraire leur véritable légèreté, et leur inépuisable parfum de nostalgie…

On commémorera en décembre prochain le centenaire de la naissance d’Elisabeth Schwarzkopf – je raconterai alors dans quelles circonstances nous avions organisé à France Musique une journée spéciale pour son 80ème anniversaire – Son éditeur historique EMI, même maquillé en Warner, prévoit un coffret-hommage :

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Pourquoi évoquer cette personnalité contestée, contestable, à propos de musique légère ? D’abord parce qu’elle-même, interrogée par Jean-Michel Damian lors de cette journée spéciale de décembre 1995, avait répondu que son enregistrement préféré, avant les Mozart, Richard Strauss où elle avait triomphé sur scène et au disque, était Wiener Blut (Sang viennois), et singulièrement le duo qu’elle forme avec Nicolai Gedda. On se rappelle une dame qui ne cherchait pas à cacher son âge, émue aux larmes de se réentendre dans cet enregistrement de 1953. En effet, il y a une manière de perfection dans ce que font les deux chanteurs et surtout le merveilleux chef suisse Otto Ackermann. Ensuite, parce que, dans les opérettes qu’elle a enregistrées (La Chauve-souris, Sang viennois, Le Baron tzigane, Une nuit à Venise de Johann Strauss et les Lehar – La Veuve joyeuse, le Pays du sourire), elle est tout simplement idéale, parce qu’elle met à chanter ces rôles le même soin, la même sophistication – qu’on lui a souvent reprochée, mais en quoi est-ce un défaut ? – que dans Mozart ou Richard Strauss. Et puis il y a un petit bijou, un disque d’extraits d’opérettes moins connues (Millöcker, Zeller, Suppé, Heuberger..) qui me quitte rarement. Comme un baume, une bouffée d’ailleurs, un bienfait.

Happy birthday

Vous pensiez, comme tout le monde, que ce Happy Birthday que vous entonnez – faux bien sûr ! – lorsqu’arrive le gâteau d’anniversaire parsemé ou couvert de bougies, était une sorte de vieille chanson traditionnelle. En réalité, vous enrichissiez sans le savoir l’obscur auteur d’une comptine enfantine revue et corrigée au fil des circonstances (http://www.lefigaro.fr/culture/2015/09/24/03004-20150924ARTFIG00045-la-chanson-happy-birthday-desormais-libre-de-droits.php). C’est fini, Happy Birthday est libre….de droits !

Sans anniversaire, centenaire, sesquicentenaire, bi/tricentenaire, l’industrie du disque classique serait déjà morte sans doute. Heureusement que compositeurs et interprètes ont la bonne idée de rythmer chaque année d’un anniversaire « rond » : Verdi et Wagner – l’aubaine ! – nés tous deux en 1813, Richard Strauss en 2014 (150 ans de sa naissance, 65 ans de sa mort), deux nordiques cette année, le Danois Carl Nielsen (1865-1931) et le Finlandais Jean Sibelius (1865-1957). Inégalement traités.

Nielsen n’a, à ma connaissance, bénéficié d’aucune édition intégrale, et finalement de peu de nouveautés, alors que le Danois a tracé une voie originale, qui n’est en rien copie ou imitation. On en a eu la démonstration samedi dernier à Berlin (https://jeanpierrerousseaublog.com/2015/09/20/verifications/) avec sa 4ème symphonie.

J’ai découvert et appris à aimer ce compositeur grâce à un disque (des 3ème et 5ème symphonies) gravé par Leonard Bernstein à Copenhague avec l’orchestre de la radio danoise. C’est resté ma référence, même si, depuis, j’ai entendu bien d’autres versions et visions passionnantes du corpus des 6 symphonies et des poèmes symphoniques de Nielsen.

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Sibelius est autrement mieux traité. Il y a d’abord la monumentale intégrale construite sur une bonne dizaine d’années par le label suédois Bis.

Jean-Sibelius

Deutsche Grammophon propose un coffret, assez inégal quant aux interprètes, mais bien composé pour brosser un large panorama de l’oeuvre du compositeur finnois.

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Pour les symphonies, Kamu et Karajan sont depuis longtemps des références (prodigieuse 5ème par exemple). Pour certains poèmes symphoniques, on est heureux de la réédition des versions, épisodiquement disponibles, d’un chef finnois Jussi Jalas, qui avait curieusement enregistré en Hongrie (connivence linguistique ? le hongrois et le finlandais sont deux langues extra-européennes très proches, on parle de souche finno-ougrienne). DGG est allé piquer à Naxos la version idiomatique de Kullervo, cette superbe fresque symphonique et chorale, celle de Jorma Panula (le maître de quasi tous les chefs d’orchestre finlandais en activité !). Plus contestable, le choix d’Anne-Sophie Mutter dans le concerto pour violon (pourquoi pas Ferras/Karajan ?). Mais un très beau bouquet de mélodies autour de Kim Borg (voir détails ci-dessous)

Enfin, dans les anniversaires, il est heureux que son premier éditeur, Philips/Decca, n’ait pas oublié les 75 ans du magnifique pianiste qu’est Stephen Kovacevich (lire : http://bestofclassic.skynetblogs.be/archive/2015/09/13/le-pianiste-oublie-8498722.html

*Coffret Sibelius Edition

CD 1
Symphony no. 1
Wiener Philharmoniker / Bernstein

CD 2
Symphony no. 2
Wiener Philharmoniker / Bernstein

CD 3
Symphony no. 3; Lemminkänen Suite
Helsinki Radio Symphony Orchestra / Kamu
CD 4
Symphonies nos. 4 & 6
Berliner Philharmoniker / Karajan

CD 5
Symphonies nos. 5 & 7
Berliner Philharmoniker / Karajan

CD 6
Kullervo Symphony
Turku PO / Jorma Panula

CD 7
En saga
Karelia Suite
Helsinki Radio Symphony Orchestra / Kamu

Rakastava for Strings
ASMF / Marriner
Spring Song
Finlandia
Pohjola’s Daughter
Gothenburg SO / Järvi

CD 8
Night Ride and Sunrise
Gothenburg SO / Järvi

In Memoriam
Hungarian State SO / Jalas

The Bard
Helsinki Radio Symphony / Kamu

Luonnotar*
The Oceanides
Andante festivo
Tapiola
Gothenburg SO / Järvi
* Soile Osokoski, soprano

CD 9
Violin Concerto in D minor op. 47
2 Serenades op. 69
Humoresque op. 87 no. 1
Anne-Sophie Mutter / Staatskapelle Dresden / Previn

CD 10
Songs Kim Borg, bass / Erik Werba, piano
Tom Krause, baritone/Pentti Koskimies, piano

CD 11
String Quartet in D minor op. 56 “Voces intimae” 
Emerson String Quartet
Malinconia op. 20 for cello and piano
Heinrich Schiff / Elisabeth Leonskaja
The Spruce, Winter Landscape for solo piano
Bengt Forsberg
Romance in D flat for solo piano op 24 /9
Shura Cherkassky

CD 12
King Christian II op. 27 – Suite for orchestra
GSO / Järvi
Pelleas & Melisande
SRO/ Horst Stein

CD 13
Scénes historiques – Suite no. 1 op. 25
Scénes historiques – Suite no.2 op. 66
Scaramouche op. 71
Swanwhite – Suite op. 54
Hungarian State SO /Jussi Jalas

CD 14
Four Kuolema extracts:
1 Valse triste
2 Scene with Cranes
3 Canzonetta
4 Valse romantique
GSO / Järvi

The Tempest Suite no. 1 op. 109 no. 2
The Tempest – Suite no. 2 op. 109 no. 3
Hungarian State SO / Jussi Jalas

La vie des nôtres

Tout le monde a vu, ou devrait avoir vu, La Vie des autres, le film de 2006, primé aux Oscars, de Florian Henckel von Donnersmarck, et son acteur principal Ulrich Mühe mort un an après cette soudaine célébrité (https://fr.wikipedia.org/wiki/Ulrich_Mühe)

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Berlin, qui va fêter le 9 octobre les 25 ans de sa réunification, a ouvert un musée en ce début d’année, qui est non seulement une oeuvre de mémoire, mais une leçon d’histoire contemporaine : le STASI Museum. Sur les lieux mêmes, au sein du gigantesque quartier général du Minister fur Staatssicherheit (Stasi en raccourci) dans le quartier paisible de Normannenstrasse au nord-est de Berlin.

On ne ressort pas indemne de cette visite, même si on a beaucoup lu et vu sur ce système d’espionnage mutuel qui n’a eu aucun équivalent en Europe au XXème siècle, à l’exception des années de terreur stalinienne. Le héros des collaborateurs de la Stasi était d’ailleurs Felix Djerzinski, le bras armé de Lénine, fondateur de la sinistre Tcheka, ancêtre du KGB. C’est dire la référence !

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Les conditions de travail du patron et de l’état-major de la Stasi étaient, comme le montrent ces photos, des plus confortables. Les dignitaires des si mal nommées « démocraties populaires » ont toujours bien pris soin de leurs privilèges.

Mais le décor est accessoire, il faut visiter une à une les salles, des anciens bureaux, de ce musée, pour la qualité de la documentation – on est en prise directe avec l’horreur. Une horreur récente… et réelle. Tout y est méticuleusement décrit, la fondation de ce terrible « Ministère » sur les décombres de la Seconde guerre mondiale et la partition de l’Allemagne, qui va devenir dès 1950 et la répression sanglante du soulèvement des Berlinois, le coeur, le centre, l’essence de la dictature communiste version Ulbricht et Honecker. Un homme va se rendre indispensable, Erich Mielke, immuable patron de la Stasi.

Parmi les nombreux documents qu’on peut voir dans ce musée, cette vidéo terrible et ridicule de celui qui n’a rien compris à ce qui vient de se produire quelques jours plus tôt, et qui échappera jusqu’à sa mort en 2000 aux foudres de la justice…

Autre film édifiant sur les méthodes de la Stasi :

Florian Henckel aurait dû intituler son film : La vie des nôtres. Puisqu’il est avéré, depuis que les archives de la Stasi – c’est un « avantage » de la bureaucratie communiste, tout a été minutieusement consigné et conservé – ont livré leurs secrets, qu’au sein des familles, des couples, entre enfants et parents, frères et soeurs, tous se surveillaient, s’espionnaient, se dénonçaient mutuellement…

La nausée.

http://stasimuseum.de