Don Carlo

Le ténor Carlo BERGONZI est mort hier quelques jours après son 90ème anniversaire. Né en Emilie Romagne le 13 juillet 1924, il s’est éteint à Milan ce 25 juillet 2014.

J’ai un seul souvenir de lui en récital.. à 70 ans, salle Gaveau à Paris, où il proposait un programme de chansons italiennes. Quel coffre, quel souffle, quel style, quelle allure encore à cet âge.

Et ce délicieux chuintement reconnaissable entre tous !

Une carrière exemplaire, une classe, un éclat vocal, une distinction incomparables dans tous les rôles qu’il a abordés avec sagesse : le ténor verdien par excellence

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S’il fallait ne retenir qu’un seul de tous ces enregistrements exceptionnels, ce serait la version insurpassée de Don Carlo dirigée par Georg Solti, avec une distribution éblouissante : Carlo Bergonzi, Nikolai Ghiaurov, Dietrich Fischer-Dieskau, Renata Tebaldi, Grace Bumbry..

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Au début des années 70, à l’apogée de ses moyens vocaux, Carlo Bergonzi avait réalisé pour Philips une magnifique anthologie d’airs de ténor des opéras de Verdi, heureusement rééditée l’an passé :

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Dans plusieurs opéras de Verdi, Bergonzi est un récidiviste. Ainsi dans le coffret Decca le trouve-t-on dans la première Traviata de Joan Sutherland – la plus belle selon certains – . Mais j’ai une affection toute particulière pour la version proche de la perfection de Georges Prêtre dirigeant en 1967 une Montserrat Caballé inégalée :

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Mais Carlo Bergonzi c’est aussi Puccini, une Bohème, une Madame Butterfly, où il fait couple avec Renata Tebaldi sous la houlette de Tullio Serafin. Solaire, stylé, émouvant.

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C’est encore un modèle dans des ouvrages où le mauvais goût n’épargne pas tous les ténors à glotte : Cavalleria Rusticana de Mascagni et Pagliacci deLeoncavallo, dans les enregistrements scaligères de référence de Karajan :51thmE0iE2L._SX300_.jpg

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Centenaires

Beaucoup de centenaires à commémorer cette année, à commencer par le début de la Première Guerre mondiale comme nul ne peut l’ignorer !

Dans le domaine musical, la liste est assez impressionnante, mais tous les centenaires n’ont pas été célébrés de la même manière, tant s’en faut.

Carlo Maria Giulini (1914-2005)a eu droit à tous les honneurs – et c’est justice – (https://jeanpierrerousseaublog.com/2014/04/26/vieux-sages/)Image

En revanche, rien d’organisé ni de cohérent pour Kirill Kondrachine (1914-1981). Quelques rééditions Melodia, mais rien de prévu du côté de Decca (ex-Philips) notamment une série de « live » fabuleux parus jadis dans une édition « Collector ». Lire : https://jeanpierrerousseaublog.com/2014/03/06/centenaire-russe/

Pour Rafael Kubelik (1914-1996), un coffret symphonique bienvenu chez DGG (http://bestofclassic.skynetblogs.be/archive/2014/06/15/kubelik-symphonique-8214333.html)

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Rien ou si peu, en revanche, pour le grand chef polonais Witold Rowicki (1914-1986), à part une belle intégrale des Symphonies de Dvorak

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Félicitations en revanche à Deutsche Grammophon pour la réédition complète annoncée des enregistrements réalisés pour le label jaune par l’un des plus grands artistes du XXème siècle, le chef hongrois Ferenc Fricsay né le 31 juillet 1914, mort beaucoup trop jeune après une terrible maladie le 20 février 1963.

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Trois grands pianistes, nés en 1914, ont eu droit à un hommage discographique bienvenu, sinon exhaustif. Annie Fischer, Witold Malcuzynski, Jorge Bolet.

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Et puis petit clin d’oeil à la doyenne d’une prestigieuse famille, Gisèle Casadesus, à son fils Jean-Claude, et à ses arrière-petits-fils les très doués musiciens de jazz David et Thomas Enhco

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Heureux

François Hudry a bien fait de le rappeler : http://www.qobuz.com/info/Editoriaux/Francois-Hudry-Cum-grano-salis/N-oublions-pas-Gluck175553.

2014 est une aubaine pour les marchands d’anniversaires, dans le désordre Rameau, Richard Strauss, Carl Philip Emanuel Bach… et Gluck – liste non exhaustive. On ne parle même pas des commémorations historiques, les 70 ans du Débarquement aujourd’hui, dans quelques semaines le centenaire du déclenchement de la Première Guerre mondiale.

Dans la masse des publications et rééditions que suscitent ces anniversaires, une mention spéciale à Decca qui propose une des plus intéressantes et intelligentes compilations des grands ouvrages lyriques de Christoph Willibald von Gluck :

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Contenu de cette précieuse boîte :

1. Orfeo ed Euridice, version viennoise en italien (1762) / McNair, Ragin, Sieden, Gardiner

2. Orphée et Eurydice, version parisienne en français (1774) / Croft, Delunsch, Harousseau, Minkowski

3. Alceste, version parisienne (1776) / Groves, Otter, Henschel, Beuron, Tézier, Testé, Gardiner

4. Paride ed Elena / Kozena, Gritton, Sampson, Webster, McCreesh

5. Armide / Delunsch, Naouri, Le Texier, Workman, Beuron, Kozena, Minkowski

6. Iphigénie en Aulide / Otter, Van Dam, Dawson, Aler, Cachemaille, Laurence, opéra Lyon Gardiner

7. Iphigénie en Tauride / Montague, Allen, Aler, Alliot-Lugaz, Argenta, Borst, opéra Lyon Gardiner

 

Le plus beau métier du monde

Les amis m’ont prévenu, les anciens m’ont mis en garde : je n’accède pas à un boulot de tout repos. Mais je n’avais pas l’intention de me reposer en acceptant la proposition du nouveau PDG de Radio France. Je vais même faire un aveu, rien n’est vraiment difficile quand on fait le plus beau métier du monde. Ou plus exactement quand on côtoie, quand on sert celles et ceux qui font le plus beau métier du monde : les musiciens.

Je n’ai pas une vision angélique ou romanesque des musiciens, je connais leurs vices et leurs vertus, leurs petits défauts et leurs grandes qualités, un condensé d’humanité en somme.

Mais on leur pardonne (presque) tout quand ils nous donnent ces moments incroyables, ces rencontres improbables, comme hier à Vienne.

ImageMenahem Pressler jouait hier et avant-hier au Konzerthaus de Vienne le dernier et sublime concerto de Mozart. Nous lui avions fait passer un petit mot, sachant qu’il logeait dans le même hôtel que nous. Il était au Musikverein à la fin du concert de l’OPRL… juste pour nous saluer, Christian Arming et moi. Incroyable, mais vrai ! Qui d’autre aurait fait ce geste de pure amitié… J’en suis encore bouleversé !

Un peu plus tard, nous retrouvant dans le repère connu des musiciens et du tout Vienne, Il Sole, dans Annagasse (à deux pas de l’Opéra), ce sont deux chefs de l’OPRL, l’ancien et l’actuel, qui se retrouvent, s’embrassent et se racontent leur soirée : Louis Langrée très fier de sa Traviata du soir et de sa complicité avec les musiciens (ceux de l’Opéra de Vienne, donc l’orchestre philharmonique de Vienne !), qui avait dirigé le premier concert des Liégeois au Musikverein en 2005 – avec l’inévitable Symphonie de Franck, prenait des nouvelles du concert qui venait de s’achever, avec cette même symphonie, mais cette fois Christian Arming, le pur produit de Vienne, au pupitre.

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Et puis comment se lasser d’une salle qui transfigure les artistes qui s’y produisent, qui magnifie le son des orchestres, leur font rendre la plus pulpeuse des images sonores. On eût voulu que la radio fût là pour garder la trace d’une symphonie de Franck d’anthologie…et de la création viennoise – 90 ans après sa composition – d’Harmonie du Soir d’Ysaye. C’est une autre chance de ce métier, que de ne jamais être blasé !

Les moutons du Sussex sont en deuil

Reçu hier un long message, que je m’autorise à reproduire pour l’essentiel :

« Sir George Christie est mort il y a trois jours. Tristesse…L’avais-tu rencontré à Glyndebourne ? Très grand monsieur ! La nouvelle est passée presque inaperçue en France… à part une dépêche sur France-Musique recopiant le blog de Norman Lebrecht. Je suis sûr que, dans cent ans, l’oeuvre de George sera regardée et jugée comme beaucoup plus importante et déterminante que celle de feu Gérard Mortier. Il a fait débuter tant de chanteurs, metteurs en scène et chefs dans son théâtre quand il a pris les rênes de son opéra : Joan Sutherland, Felicity Lott, Simon Rattle, Luciano Pavarotti, Janet Baker, etc. C’est là qu’il permit aux Peter Sellars, Hanish Kapoor, Deborah Warner, David Hockney de s’exprimer pleinement, sans céder à la mode de qui/quoi que ce soit ! Il a construit son nouveau théâtre sans un centime d’argent public ! Il a créé les tournées de Glyndebourne, où nous avons tous eu notre chance, et son soutien permanent ! Il a grandi avec Fritz Busch, Rudolf Bing, travaillé avec Kathleen Ferrier, Benjamin Britten, Ernest Ansermet, Rafael Kubelik, Georg Solti (très mauvais souvenir)…

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Il était fidèle en amitié, voyageait sans cesse, écoutait, conseillait qui le voulait, ouvrait sa maison à tous ceux qu’il aimait ! Un grand seigneur des arts est parti… Tristesse… »

Celui qui m’écrit ces lignes ajoute des souvenirs plus personnels, qui resteront… personnels !

C’est le père de George, John Christie, qui avait fondé Glyndebourne et sa légende en 1934, c’est le fils de George, Gus, que j’ai rencontré souvent, qui est aujourd’hui l’âme de ce festival unique au monde, dans la campagne du Sussex, à quelques miles de Lewis et Brighton.

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(Gus et George Christie devant la maison familiale de Glyndebourne)

ImageImage(http://en.wikipedia.org/wiki/Glyndebourne_Festival_Opera)

Initiation

Je l’ai déjà raconté, j’ai découvert peu à peu la musique classique, d’abord par quelques 33 tours qu’il y avait à la maison ou qu’on nous offrait à Noël, puis en cherchant les disques les moins chers – à la mesure de mes faibles moyens. Des collections aujourd’hui disparues, qui ne disent plus rien aux moins de 50 ans (Fontana, Musidisc, la Boîte à musique, Vanguard, la Guilde du disque, etc.). En Suisse, il y avait Ex Libris, une filiale des coopératives Migros, qui éditait sous sa marque des enregistrements d’origine Deutsche Grammophon, Decca ou Philips.

J’ai repensé à cela en faisant mon article sur Ernest Ansermet (https://jeanpierrerousseaublog.com/2014/05/06/un-suisse-chez-les-russes/). L’un de mes premiers disques achetés en souscription chez Ex Libris c’était un double album consacré au Requiem allemand de Brahms… dirigé par Ansermet, avec plusieurs ensembles choraux dirigés par un homme que j’aurais la chance de côtoyer plus tard, pendant mes années à la Radio Suisse romande, infatigable animateur, entrepreneur, inventeur, l’inestimable André Charlet. Son décès il y a deux mois m’avait échappé, mais qui de ceux qui l’ont connu, approché, aimé (ou moins aimé !) pourrait oublier André ?

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On se rappelle toujours ses premiers disques, on leur garde une affection même si l’on est déçu par la suite ( https://jeanpierrerousseaublog.com/2014/05/04/on-ne-reveille-pas-un-souvenir-qui-dort/). 

Mes premiers Vivaldi (L’estro armonico) par Paul Kuentz et son orchestre de chambre (avec Monique Frasca-Colombier au premier violon) : j’avais trouvé l’album – un Deutsche Grammophon ! -pas cher à la Librairie des Etudiants à Poitiers, et m’étais fait apostropher par un garçon à peine plus âgé que moi – c’était « une mauvaise version » ! – qui se proposait de m’en faire entendre de meilleures. C’était déjà un mordu de Vivaldi, il l’est toujours, puisqu’il signe toujours des chroniques dans Diapason (Roger-Claude Travers).

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La musique baroque, des concertos de Bach par exemple, c’était chez Musidisc Roland Douatte et son Collegium Musicum, au clavecin Ruggero Gerlin… Plus jamais entendu parler d’eux. Pas plus que de chefs d’orchestre qui s’appelaient Karl Ritter ou Carl Bamberger – pseudos de chefs plus connus ? – Ou Richard Müller-Lampertz, qui avec un orchestre hambourgeois, je crois, m’a fait découvrir des Danses slaves de Dvorak ou la 2e rhapsodie hongroise de Liszt.

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La mode était aussi aux disques-catalogues très bon marché : ainsi un disque au look très seventies, aux couleurs flashy, avec Karajan en surimpression – la Moldau de SmetanaLes Préludes de Liszt (qui sont restés ma référence), des Danses hongroises de Brahms, un autre tout violet de marque CBS consacré à Pierre Boulez (le Prélude à l’après-midi d’un faune de Debussy, l’ouverture des Maîtres Chanteurs de Wagner – que j’ai tout de suite détestée ! – et à l’inverse une mélodie que j’ai aussitôt aimée, Die Nachtigall, extraite des Sieben frühe Lieder d’Alban Berg… Et puis, un jour de soldes d’été, un coffret de 3 disques bradé de valses et polkas de Strauss par Boskovsky et le philharmonique de Vienne (déjà !).

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Et puis il y eut la période des « Clubs du disque », et autres souscriptions par correspondance, où l’on pouvait encore, pour des prix adaptés aux maigres ressources d’un étudiant, acquérir de très intéressants coffrets. On imagine le sentiment d’intense fierté, d’émotion qui m’étreignait lorsque le postier venait apporter d’imposants paquets à la maison familiale de Poitiers. Je me les rappelle comme si c’était hier.

Quatre disques dont Karajan et le Philharmonique de Berlin étaient l’objet, le sujet, l’ornement : une très intelligente compilation/initiation. Avec la 2e symphonie de BrahmsFinlandia et le concerto pour violon de Sibelius – avec Christian Ferras -, les Tableaux d’une exposition de Moussorgski/Ravel et un disque d’intermezzi d’opéras (qui me ravit toujours autant !).

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Ou un beau coffret rouge d’une dizaine de galettes consacré aux grands concertos pour violon à partir du fonds EMI : Milstein, Oistrakh, Menuhin...

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Encore du vert foncé pour la Guilde du Disque et une 6e symphonie de Beethoven avec Munch et un orchestre hongrois, les 2e et 4e de Beethoven par Monteux et la NDR de Hambourg, etc…

Et puis je ne peux oublier – parce que je les ai tous conservés, à la différence de tout le reste de ma discothèque vinyle – les disques que mon « lecteur » de russe – de mes dernières années de lycée – me rapportait d’Union Soviétique (ou m’envoyait dans de drôles de paquets cartonnés !), de marque Melodia – puisque c’était le seul label autorisé et officiel -. C’est notamment par ces disques que j’ai découvert la 3e symphonie de Khatchaturian avec orgue (une version dirigée par Rojdestvenski… que je n’ai jamais retrouvée en CD). J’ai longtemps rêvé de la programmer…ce sera l’une des surprises de la prochaine saison de l’Orchestre philharmonique royal de Liège !

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La phénoménale version de Kondrachine, enregistrée à Moscou en 1967, a heureusement été rééditée.

La saison des saisons

Il y a un rituel dans ce qu’on appelle encore, improprement, les « institutions » culturelles : on présente plusieurs mois à l’avance la saison à venir de concerts, d’opéras, de représentations, de sa « maison ». Depuis quand, pourquoi, à quelles fins ? Je n’ai jamais obtenu de réponse convaincante à ces questions.

Il y a même comme une concurrence, c’est à qui dégainera le plus tôt !

L’explication nous est donnée par les spécialistes du marketing : il s’agit pour chaque opérateur d’engranger un maximum d’abonnements, et comme les moyens du public ne sont pas illimités, on peut imaginer que celui qui fait l’offre la plus alléchante et qui la présente le premier aura les faveurs de ce public.

C’est sans doute encore en partie vrai, mais l’explication ne résiste pas à une analyse plus poussée des comportements des spectateurs/auditeurs/ »consommateurs » de culture.

La prise d’un abonnement suppose qu’on sait à l’avance comment on va organiser son agenda, le 2 mai 2014 je sais ce que je ferai le 15 mai 2015 ! Certes pour une partie non négligeable du public qui n’est plus dans la vie active, ce type d’organisation est encore envisageable. Mais pour tous les autres, le principe même de l’abonnement bloqué me semble obsolète.

Il faut aussi opérer une distinction entre un opéra et une salle de concert ou un théâtre. Un opéra – comme celui de Liège – affiche 8 à 10 titres par saison, un théâtre – comme le Théâtre de Liège – ou une salle de concert – comme la Salle Philharmonique de Liège – au moins dix fois plus. Ce n’est amoindrir en rien les mérites de l’Opéra royal de Wallonie que de dire cette évidence qu’il est plus facile de « vendre » et de communiquer sur 8 spectacles, que sur…80 !

http://www.rtc.be/reportages/262-general/1461063-theatre-de-liege-saison-2014-2015

http://www.rtc.be/reportages/262-general/1461079-la-nouvelle-saison-de-lopera-royal-de-wallonie

L’Orchestre Philharmonique Royal de Liège va se prêter au même exercice le 14 mai prochain, l’exercice est obligé tant à l’égard de la presse que d’un coeur de public fidèle. Tout a été fait pour que la saison 14/15 soit alléchante, attractive. Mais ce serait une erreur stratégique que de penser qu’une belle brochure, une belle soirée de présentation sont l’alpha et l’omega de la conquête du public. C’est une étape nécessaire, mais absolument pas suffisante, surtout pour convaincre de nouveaux publics, élargir et conforter ceux qu’on a réussi à capter. C’est pourquoi nous organisons une sorte de seconde salve, une journée « portes ouvertes » en septembre à destination de ceux qui hésitent encore, qui veulent bien se risquer à la musique classique, mais à pas comptés et guidés par des formules de concert plus adaptées aux modes de vie contemporains.

Le succès foudroyant de nouvelles séries comme « Les samedis en famille »  et « Music Factory » (voir http://www.oprl.be) prouve qu’il y a encore des gisements de publics intéressés par la musique classique, le concert symphonique, mais dans des conditions et des formats qui n’ont plus rien à voir avec le rituel du grand concert « d’abonnement ».

Autre bonne nouvelle à annoncer le 14 mai, une politique discographique qui se maintient au plus haut niveau, avec la sortie d’un disque auquel nous tenions beaucoup, puisqu’il met à l’honneur l’un des plus célèbres enfants de Liège, le violoniste et compositeur Eugène Ysaye, plusieurs brillants jeunes solistes de l’Orchestre, et un autre violoniste/chef d’orchestre très aimé à Liège, Jean-Jacques Kantorow. Musiq3 nous a grillé la politesse en en faisant son disque de la semaine : http://www.rtbf.be/musiq3/article_cd-de-la-semaine-harmonies-du-soir-eugene-ysaye-musique-de-wallonie?id=825700751rJNrAYxTL

 

 

Un Premier Mai en musique

Il est entendu que le jour de la Fête du travail… on ne travaille pas ! Cette chanson du groupe Pink Martini me paraît donc tout à fait de circonstance :

C’est assez logiquement en Russie que le 1er Mai a inspiré plusieurs oeuvres, plusieurs compositeurs, pour donner en général des ouvrages… de circonstance ! Ainsi la 3e symphonie de Chostakovitch, aussi peu jouée que sa deuxième, l’une et l’autre devant célébrer des événements révolutionnaires, et portant des sous-titres évocateurs : la Deuxième – « Octobre » – est écrite en 1927 pour fêter la Révolution d’octobre de 1917, la Troisième, composée en 1929, créée en 1931, est titrée « 1er Mai » pour célébrer ce qui, jusqu’à la disparition de l’Union Soviétique, sera l’autre date incontournable de la liturgie soviétique – parades, défilés militaires sur la Place Rouge. Voir ce document exceptionnel restitué par l’INA, du défilé militaire du 1er mai 1937 sous la présidence de Staline :

http://fresques.ina.fr/jalons/fiche-media/InaEdu02029/staline-assiste-a-une-grande-parade-militaire-a-moscou-a-l-occasion-du-1er-mai-1937.html

Lire : http://lemondenimages.me/2014/05/01/trois-ans-apres-i-premier-mai-a-moscou/.

Etrangement, la tonalité générale de cette 3e symphonie est plutôt sombre, jusqu’au choeur final qui exalte les vertus révolutionnaires du Premier Mai (écouter à partir de 28’35 »)

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Quand on évoque le 1er mai, on fredonne immédiatement une chanson qui, au départ, n’a pourtant absolument rien à voir avec cette fête. Une chanson populaire traditionnelle ? Même pas. Les Nuits de Moscou / Подмосковные Вечера n’appartient pas au folklore russe, c’est l’oeuvre, écrite en 1955, de Vassili Soloviov-Sedoï pour la musique et de Mikhaïl Matoussovski pour les paroles.

Version « Armée rouge » :

Version glamour avec Dmitri Hvorostovsky et Anna Netrebko… sur la Place rouge !

Le grand vainqueur du Concours Tchaikovski de Moscou en 1958, l’Américain Van Cliburn, va assurer une célébrité mondiale à cette chanson en l’adaptant au piano :

Son jeune collègue, le bien vivant Stephen Hough, en a réalisé sa propre adaptation :

Mais c’est évidemment, pour nous francophones, sous le titre « Le temps du muguet » que cette chanson nous est devenue familière et synonyme de 1er Mai. Grâce au chanteur Francis Lemarque, compagnon de route du Parti communiste français, qui dès 1959 adapte très librement – avec ses propres paroles – la chanson de Soloviov-Sedoi :

Et pour tous les admirateurs – qui sont nombreux, je le sais, parmi les lecteurs de ce blog ! – de notre Mireille nationale :

 

Vieux sages

Pas d’âge limite pour les chefs d’orchestre, ils ne jouent d’aucun instrument, ne chantent pas, et ne risquent donc pas l’usure, les atteintes de l’âge de ceux qu’ils dirigent ! La liste est plutôt longue de ces stars des podiums qui sont restées en activité jusqu’à près de 90 ans : Arturo Toscanini, Pierre Monteux, Paul Paray, et plus près de nous Carlo-Maria Giulini (1914-2005). Pour ne citer que ceux qui exercent encore, Pierre Boulez bien sûr (1925), Bernard Haitink (1929), Lorin Maazel (1930)…

Une certaine logique veut que, prenant de l’âge – de l’expérience aussi – ces chefs d’orchestre deviennent moins fougueux, plus retenus, plus lents. C’est particulièrement évident dans le cas de chefs qui ont fait une longue carrière discographique : Klemperer, Karajan, Bernstein, Maazel. Et on a des démonstrations exactement contraires, j’y reviendrai.

Les éditeurs successifs de Carlo-Maria Giulini commémorent le centenaire de la naissance du grand chef italien, il reste des lacunes, mais ne nous plaignons pas, l’effort mérite d’être salué. EMI/Warner a ouvert le bal (lire : http://bestofclassic.skynetblogs.be/archive/2013/11/26/giulini-la-classe-7996953.html ), Deutsche Grammophon avait déjà publié deux coffrets

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Récidive avec un coffret Giulini/VienneImageRien d’inconnu dans ce coffret, à une non négligeable exception près : la cantate écrite par le compositeur autrichien Gottfried von Einem (1918-1996) pour célébrer les 30 ans de la fondation de l’ONU, créée à New York le 24 octobre 1975 par Julia Hamari, Dietrich Fischer-Dieskau, le choeur de Temple University…et l’orchestre symphonique de Vienne, dirigé par celui qui en était alors le directeur musical, Carlo-Maria Giulini. Titre de la cantate : An die Nachgeborenen, littéralement « À ceux qui sont nés après »… après les désastres de la Seconde Guerre mondiale, sur des textes de Brecht, Holderlin et…Sophocle !

Sinon les quatre symphonies de Brahms, plus puissantes, creusées que celles réalisées à Londres ou Chicago, lorgnant déjà vers Bruckner, des 7ème, 8ème et 9ème symphonies marmoréennes, comme déjà figées dans l’éternité. Les « live » des concertos 1, 3 et 5 de Beethoven avec Arturo Benedetti Michelangeli, toujours aussi impressionnants…

Restera à DGG à rassembler encore quelques enregistrements réalisés notamment à Berlin.

Plus intéressants encore pour mesurer l’art du vieux chef – et parfois les limites de l’âge ! – les 22 CD que SONY a rassemblés :

ImageSi on oublie un Gloria de Vivaldi complètement hors de propos, un Requiem de Mozart sans relief (préférer la version EMI), le reste doit être écouté, même si les tempi du chef désarçonnent plus d’une fois dans Mozart, Beethoven ou Schubert – c’est lent, trop lent souvent, mais toujours habité – Idem pour les trois dernières symphonies de Dvorak, qui bénéficient du son légendaire (et d’une prise de son exceptionnelle) du Concertgebouw d’Amsterdam, tout comme de prodigieux Ravel, Debussy et Stravinsky (L’oiseau de feu)

Je retiens, quant à moi, une sublime Messe n°6 de Schubert, une Messe en si, hiératique, hors du temps, de Bach, une Symphonie de Franck (avec Vienne !) presque brucknerienne…et une intégrale inachevée des Symphonies de Beethoven avec l’orchestre de la Scala.

Je reviendrai dans un autre billet sur ces vieux chefs, qui, à l’inverse de Giulini, retrouvent au soir de leur vie, une nouvelle jeunesse, une « urgence » – pour reprendre une expression en cours chez les critiques ! – assez étonnantes. Cf. les derniers enregistrements de Monteux, Dorati, Stokowski ou Paray...

 

Darius et les négresses

Ce n’est pas toujours par ses plus grandes oeuvres qu’on découvre un créateur. Pour moi c’est un souvenir très précis, un ami chanteur qui avait placé ces « Trois chansons de négresse » dans son premier récital :

La vérité est que je connaissais déjà Le boeuf sur le toit et Scaramouche. Des rythmes et des couleurs latino-américains si éloignés de l’image – un peu austère – que dégageaient les photos du compositeur, au prénom d’empereur persan : Darius Mlhaud.

Regardez ces deux-là comme ils s’amusent dans le 3e mouvement de Scaramouche :

Chemin faisant dans ma découverte du répertoire, j’ai beaucoup lu que le compositeur français, né à Marseille en 1892 d’une famille juive installée depuis longtemps dans la région, mort à Genève en 1974 – il y a donc 40 ans -, avait été beaucoup trop prolifique pour retenir vraiment l’attention. Pas assez révolutionnaire pour les uns, trop profus pour les autres. Bref, pas là où il faut !

On n’en est que plus heureux de saluer la parution d’un coffret de 10 CD, à petit prix, qui porte le titre que Darius Milhaud avait donné lui-même à son autobiographie : Une Vie heureuse. On doit reconnaître, puisqu’on l’avait déploré en son temps, que la fusion Warner/Erato/EMI a, en l’espèce, produit une des meilleures compilations qui se puisse imaginer, piochant avec beaucoup de pertinence dans les catalogues EMI et Erato, et permettant à l’amateur de vraiment rencontrer l’homme à facettes multiples qu’était ce cher Darius. Je ne sais qui est à l’initiative et à la réalisation de ce coffret, mais je le félicite chaleureusement.

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On retrouve certes du bien connu comme cet inimitable et inimité Boeuf sur le Toit dirigé par Bernstein avec un Orchestre National en transe

mais surtout un panorama passionnant de la musique d’orchestre (les 4e et 8e symphonies dirigées par Milhaud lui-même), des quatuors, de la musique pour piano, des mélodies, de la musique de chambre (notamment pour les vents, une extraordinaire sonate pour flûte, clarinette, hautbois et piano réunissant Emmanuel Pahud, Paul et François Meyer et Eric Le Sage), plusieurs enregistrements « historiques » avec Milhaud lui-même aux côtés de Jane Bathori, Janine Micheau ou Marcelle Meyer….

Assurément le coffret le plus intelligent et le plus utile de ce printemps !

Détails à lire sur : http://bestofclassic.skynetblogs.be/archive/2014/04/24/darius-le-prolifique-8170945.html