Obituaire

Derniers jours chargés en tristes nouvelles.

Peter Serkin

Le pianiste américain Peter Serkin est mort le 1er février, à l’âge de 72 ans. Fils de Rudolf Serkin, petit-fils d’Adolf Busch, c’est un artiste nourri aux meilleures sources classiques en même temps qu’un aventurier curieux des musiques de son temps qui disparaît.

Tom Deacon : « Ses concertos de Mozart sont parmi mes préférés de tous les enregistrements des concertos de Mozart. Le nec plus ultra. »

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Superbe bouquet de concertos de Mozart, où le piano vif-argent de Peter Serkin est en osmose avec la direction de feu d’Alexander Schneider.

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Un coffret reprenant tous les enregistrements de Peter Serkin pour RCA devrait être publié imminemment.

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Philippe Andriot

Il est parti, le 27 janvier, aussi discrètement qu’il l’avait toujours été dans la vie. Philippe Andriot, j’avais eu le bonheur de faire sa connaissance il y a plus de trente ans, et je l’avais quelque peu perdu de vue ces derniers mois, alors que je le voyais jadis régulièrement au concert ou à l’opéra avec sa compagne, la merveilleuse pianiste Teresa LlacunaInstallés près de Lyon, leur curiosité était insatiable. Nombre d’entre nous se rappellent les parfaites notices de bon nombre de disques EMI, les interventions au micro lyonnais des antennes de Radio France de Philippe Andriot. La chaleur de sa voix, son érudition, sa vraie gentillesse transparaissent dans ce sourire qu’on n’est pas près d’oublier…

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David Kessler

J’ai rarement lu pareille pluie d’hommages sur un homme de l’ombre. David Kessler  est mort ce 3 février à 60 ans. « Fin, cultivé, exquis, grand esprit, grand commis de l’Etat, David Kessler est parti trop tôt… On pleure un ami délicieux, amoureux du cinéma, un type bien », a notamment déclaré Gilles Jacob, ancien président du Festival de Cannes (Le Monde).

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J’ai parfois croisé David Kessler, mais n’ai jamais eu à faire à lui dans le cadre professionnel. Un parcours impressionnant, des vies multiples, publiques, exposées et pourtant, sans doute, des fêlures intimes que la mort emporte.

Nello Santi

Le vieux chef italien est mort hier à Zurich, à 88 ans.

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Que dire de ce chef qu’un de ses proches collègues (côtoyé à Bâle et à Zurich), Armin Jordan, citait souvent comme « le » musicien par excellence, celui qui pouvait tout diriger d’expérience et d’instinct, en premier lieu le répertoire lyrique italien qui n’avait guère de secrets pour lui ?

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La collection Eloquence de Decca ressortait il y a quelques mois des extraits d’ouvrages d’Ermanno Wolf-Ferrari dirigés par Nello Santi.

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Des nuances de noir et blanc

D’abord ce beau coffret commandé avant les vacances, arrivé le jour de mon retour, et depuis dégusté à petites doses, comme des retrouvailles avec quelqu’un qu’on avait un peu perdu de vue ou d’oreille.

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Faut-il rappeler qui est Rudolf Serkin ? Peut-être pas le plus grand pianiste, si l’on s’en tient à des critères techniques, mais l’un des musiciens les plus emblématiques du XXème siècle. Sa vie, ses origines, sa destinée épousent tous les cahots, les horreurs comme les lumières d’un siècle qui ne fut pas avare de fortes personnalités.

On redécouvre, dans ce coffret, dans un son largement amélioré, d’immortelles gravures de Mozart, Beethoven, Schubert, Brahms, et, plus rares, Bartok (1er concerto), Prokofiev (4ème concerto), Reger, Chopin (Préludes), et ces trésors de musique partagés à Marlboro avec les BuschCasals, Schneider, Fleisher et tant d’autres.

Voir détails de ce coffret ici : Rudolf Serkin complete Columbia recordings

Decca honore, pour son 80ème anniversaire, l’un de ses artistes maison, stakhanoviste de l’enregistrement tant comme pianiste que comme chef : Vladimir Ashkenazy

 

71KYkoPzRUL._SL1200_Dans le dernier numéro de Gramophone le pianiste est évoqué, par euphémisme, comme « peu soucieux de couleurs ». Qu’en termes élégants ces choses-là sont dites..  Virtuose certes, chez lui dans Rachmaninov ou Prokofiev, avare de poésie et de fantaisie dans le répertoire romantique (Beethoven, Brahms, Schumann, Chopin), je n’ai jamais accroché à Ashkenazy pianiste, surtout lorsqu’il est enregistré dans des acoustiques de salle de bain ou sur des pianos ferraillants qui durcissent un jeu qui n’est déjà pas très varié. J’ai toujours trouvé mieux, plus intéressant, plus idiomatique ailleurs.

Ashkenazy chef d’orchestre est souvent beaucoup plus pertinent que le pianiste. Decca serait bien inspiré (c’est peut-être prévu ?) de regrouper ses gravures comme chef, dans son répertoire natif (somptueux Rachmaninov avec le Concertgebouw) mais aussi dans des registres plus surprenants (Sibelius, Richard Strauss, Mahler…)