La musique classique en 100 CD

Je râle assez contre les majors quand elles prennent leurs clients pour des gogos, pour ne pas saluer haut et fort une initiative qui me paraît particulièrement heureuse à l’approche des fêtes de fin d’année.

Il paraît que naguère les gros coffrets d’intégrales Mozart (en 170 CD !), Beethoven, Bach se sont vendus comme des petits pains, à des milliers d’exemplaires. Je me demande bien qui, parmi tous ces acheteurs attirés par le prix et l’aubaine, a écouté ne serait-ce que le dixième de ces coffrets.

Deutsche Grammophon vient de faire beaucoup plus intelligent : L’histoire (j’aurais préféré « une histoire ») de la musique classique en 100 CD ( pour à peine plus d’un euro le CD) – pour le détail complet des oeuvres et des interprètes cliquer sur : http://bestofclassic.skynetblogs.be/archive/2013/11/13/100-cd-pour-la-musique-classique-7985357.html.

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Les puristes auront vite fait de repérer les noms manquants ou de critiquer les interprétations choisies, un peu fond de catalogue il est vrai. Mais le panorama est bien dessiné, de Guillaume de Machaut à Philip Glass. Et surtout pas de saucissonnage des oeuvres symphoniques ou concertantes, certes les grands oratorios ou opéras en extraits. Et la crème du catalogue de la célèbre marque jaune : Böhm, Karajan, Abbado, Kubelik, Kleiber, Kempff, Gilels, Milstein, Pinnock, Goebel, Boulez, Berlin et Vienne en écrasante majorité.

Le néophyte comme le mélomane confirmé n’y trouveront que de l’excellent. Highly recommended comme on dirait chez nos voisins !

Les sans-grade (IV) : Lovro von Matacic

Un de mes lecteurs m’a suggéré plusieurs noms à ne pas oublier dans cette galerie de « sans-grade » de la direction d’orchestre, par exemple celui de Lovro von Matacic (1899-1985), chef croate tout imprégné de culture viennoise. Une carrière curieusement conduite, jamais vraiment attachée à un orchestre ou un opéra (son plus long mandat, 7 ans, a été pour Monte-Carlo !).

J’ai le souvenir que, dans ses dernières années, l’Orchestre de Chambre de Lausanne en avait fait un invité privilégié et avait enregistré quelques beaux disques avec lui.

Une discographie essentiellement réalisée avec le Philharmonia (Matacic était dans « l’écurie » de Walter Legge, mais en second rang !) et l’orchestre philharmonique tchèque, et plutôt hérétoclite. Très belle version de… La Veuve Joyeuse, la seconde de Schwarzkopf en stéréo (1963).

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Les sans-grade (III) : Martin Turnovsky

Quand il faut citer de grands chefs tchèques, ce sont toujours les noms de Vaclav Talich, Karel Ancerl ou Vaclav Neumann qui reviennent. Quasiment jamais celui de Martin Turnovsky, né à Prague le 28 septembre 1928. Parcours classique pourtant pour le jeune assistant de Karel Ancerl à la Philharmonie tchèque : à 30 ans, il remporte le 1er Prix du Concours de jeunes chefs d’orchestre de Besançon, durant une décennie il fait ses armes dans la plupart des phalanges tchèques, à Brno, Plsen, à la radio de Prague, mais le prometteur « chef qui monte » imite son aîné Karel Ancerl et fuit Prague à l’arrivée des chars soviétiques en 1968. Il demande et obtient l’asile politique en Autriche, mais, allez savoir pourquoi, sa carrière ne prendra jamais l’envol international que son talent aurait mérité.

On en est donc réduit à quelques disques épars, et récemment à un double album Supraphon, pour mesurer la force d’une personnalité authentique.

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Les sans-grade (II) : Constantin Silvestri

Voilà une figure bien oubliée de la direction d’orchestre. N’était un beau coffret publié par EMI dans la collection Icon, le centenaire de la naissance de Constantin Silvestri, le 31 mai 1913 à Bucarest, serait passé complètement inaperçu. Emporté à 55 ans par un cancer – il meurt à Londres en 1969 – ce personnage n’avait pourtant rien qui puisse laisser indifférent (http://en.wikipedia.org/wiki/Constantin_Silvestri). Malgré la brièveté, à peine dix ans, de sa carrière occidentale, essentiellement en Grande-Bretagne, il a laissé un legs discographique qui nous laisse frustré de tous les disques qu’il n’a pas faits !

Toujours dans la prise de risque, dans l’audace, le mouvement, comme s’il réinventait l’oeuvre qu’il dirige, Silvestri est à mille lieues de tous ses collègues formatés, propres et sages. Inutile de dire que j’adore…

Un coffret à acquérir d’urgence et à déguster sans modération (entre autres une bouleversante « Pathétique » de Tchaikovski où il fait sortir de leurs gonds les Wiener Philharmoniker !)

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Les sans-grade (I) : Otmar Suitner

Pendant cette semaine loin de l’actualité européenne, je veux consacrer quelques billets/portraits à tous ces chefs d’orchestre qui ont fait les beaux jours de l’industrie phonographique triomphante, qui ont bien servi la musique, et qui ne sont jamais ou si peu cités dans les dictionnaires des interprètes. Bref, des musiciens qui n’ont jamais recherché (ou à qui on n’a jamais autorisé) la notoriété internationale, mais qui n’en sont pas moins talentueux, voire exceptionnels.

Ainsi, premier de notre liste, le chef autrichien Otmar Suitner, né en 1922 à Innsbruck, mort en 2010 à Berlin. Dès 1990, Suitner, atteint de la maladie de Parkinson, avait dû renoncer à sa carrière.

Etrange destinée musicale et personnelle : sans jamais avoir épousé les idées du régime, Otmar Suitner fait l’essentiel de sa carrière en RDA, dirigeant à peu près toutes les phalanges de renom de l’ex-Allemagne de l’Est. Mais son passeport autrichien lui permet de diriger régulièrement à l’Ouest…et de fonder et entretenir deux familles, l’une à l’Est, l’autre à l’Ouest de Berlin (lire http://de.wikipedia.org/wiki/Otmar_Suitner) !

J’ai un seul souvenir « live » de ce chef. Il avait été invité à la fin des années 80 à diriger l’Orchestre de la Suisse Romande à Genève. Une symphonie de Schubert je crois et surtout la très rare – au concert – 1ere symphonie de Bruckner. Je m’étais glissé dans le studio Ansermet de la maison de la Radio à Genève, où avaient lieu les répétitions. Et ce que je vis me stupéfia : un chef muet à son pupitre, pas un mot, rien, le silence. Lorsqu’il avait une remarque à faire, il se déplaçait jusqu’au musicien ou au pupitre concerné et chuchotait en des termes inaudibles pour le reste de l’orchestre. Inutile de dire que le procédé s’avéra diablement efficace et que le résultat au concert fut grandiose !

Otmar Suitner a heureusement beaucoup enregistré, trop peut-être, car tout n’est pas de la même eau. Je trouve ses Mozart et Beethoven très bien joués, superbement enregistrés (les studios et les ingénieurs du son de l’ex-VEB ont toujours eu le chic pour des prises de son exceptionnellement « naturelles », aérées), mais avec trop peu d’aspérités à mon goût. En revanche, ses intégrales des symphonies de Brahms et de Dvorak sont dans le peloton de tête de mes références pour ces oeuvres. Ardent promoteur de Reger, Hindemith, Paul Dessau, cultivant aussi brillamment la muse plus légère de ses origines, Strauss et Suppé, on trouve aisément les enregistrements d’Otmar Suitner, souvent à tout petit prix, sur ITunes.

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