Le difficile art de la critique

Je ne pensais pas qu’une ligne hier matin sur Facebook déclencherait un débat aussi nourri, argumenté et contre-argumenté sur un thème vieux comme le monde, en tout cas vieux comme le concert et le disque : la critique.

Point de départ : l’émission de nouveautés du disque animée par Rodolphe Bruneau-Boulmier et Emilie Munéra sur France Musique, que j’entends par hasard sur le chemin de l’aéroport. Rodolphe dit son embarras d’avoir à parler d’un double CD et son hésitation à en diffuser un extrait. Ce n’est pas n’importe quoi ni n’importe qui : les deux concertos pour piano de Brahms enregistrés en concert par Daniel Barenboim au clavier, Gustavo Duhamel dirigeant la Staatskapelle de Berlin, publiés par Deutsche Grammophon. Une belle affiche, un label prestigieux.

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Je prêtai d’autant plus l’oreille à RBB que j’avais déjà écouté un extrait sur Itunes et que j’avais été effondré par ce que j’avais entendu. Comment DG et les artistes avaient-ils donné leur accord à cette publication ?.

Impossible de résumer ici le débat qui s’en est suivi sur Facebook : « Pourquoi perdre du temps et de l’antenne à diffuser un mauvais disque ? » « Attitude démago-populiste, on se paye à bon compte un grand artiste », etc…

Rien de nouveau depuis l’équation : critique musical = musicien raté !

Résumons, on peut distinguer trois types de critiques :

  • les critiques auto-proclamés
  • les critiques automatiques
  • les critiques autocritiques

Dans la première catégorie, presque tous les internautes, adeptes des réseaux sociaux, animateurs de sites, blogs et autres forums. Comme les supporters de football, ils refont le match à la place des joueurs et les équipes à la place des sélectionneurs. Le problème c’est qu’ils finissent par croire qu’ils ont la science – de la critique – infuse et le font croire aux malheureux organisateurs de concerts qui n’arrivent plus à convaincre les rares critiques professionnels qui restent de faire un papier, un articulet, même une brève.

Les musiciens qui, pour certains, supportent déjà mal la critique tout court, supportent encore moins cette nouvelle race de critiques auto-proclamés (sauf lorsque, par exception, ils écrivent des gentillesses).

Je force le trait ? Pas sûr.

Dans la deuxième catégorie, les critiques automatiques, je range les fans, les fans de lyrique en premier. Leurs admirations, et leurs détestations, sont inconditionnelles, exclusives, pavloviennes. J’ai en mémoire deux discussions, lors de dîners entre amis qui faillirent se terminer en pugilats : l’une sur Callas – je n’avais fait qu’exprimer un ras-le-bol à propos d’une Xème réédition, d’un best of -, l’autre sur Joan Sutherland, dont le timbre caverneux et le français pâteux ne m’ont jamais séduit. Comme je ne suis pas un spécialiste de la chose lyrique, j’avais dit tout cela en passant, légèrement, et après tout si Callas et Sutherland ont leurs affidés, tant mieux pour eux. Mais on n’allait pas me laisser proférer pareils outrages, je devais rendre gorge…Et pour alimenter leur « argumentation » (?) mes contempteurs s’en prenaient violemment aux concurrentes supposées de leurs idoles, Tebaldi, Caballé, dont j’étais forcément le suppôt. Je me suis bien gardé depuis de glisser quelque nom de chanteuse dans une conversation…Tout au plus fait le test des écouteurs, que vous placez délicatement dans les oreilles de vos contradicteurs : faites entendre « Merce, dilette amiche« , le boléro d’Elena au 5e acte des Vêpres siciliennes de Verdi, d’abord par Callas – en général le torturé demande grâce dès les premières notes – puis, comme un baume, par Anita Cerquetti. Concluant non ?

Mais ce type de critiques automatiques vaut pour le piano, le violon, les chefs d’orchestre. Pour en revenir au point de départ de ce billet, Daniel Barenboim est le  type même de musicien qui les suscite. On en connaît qui, par principe, lui dénient toute qualité de chef d’orchestre ou l’exècrent comme pianiste.

Heureusement, il y a une troisième catégorie, les critiques autocritiques. Ceux qui n’ont pas d’avis définitif, qui font confiance à leur expérience et à leurs oreilles, plutôt qu’à l’air du temps, à la pression de la « com », qui aiment et respectent  suffisamment les artistes pour ne tomber ni dans la complaisance ni dans la condescendance.

La critique est une école de l’humilité. J’en ai fait l’expérience grâce à la première émission de critiques de disques qui a reposé sur le principe de l’écoute à l’aveugle, Disques en lice, lancée fin 1987 sur Espace 2, la chaîne culturelle de la Radio suisse romande, par François Hudry. Pendant six ans, jusqu’à mon départ pour France Musique, semaine après semaine, nous avons exploré tous les répertoires, entendu, comparé des centaines de versions et appris la modestie. Tel(le) pianiste présenté(e) comme une référence absolue ne passait jamais l’épreuve de la première écoute, tel orchestre au son typiquement américain s’avérait être plus français que français, tel(le) chanteur/euse  si reconnaissable était un(e) illustre inconnu(e).

La critique est nécessaire, n’en déplaise aux artistes. Elle est exigeante. Elle demande une juste distance, une grande culture, et l’amour de l’art de ceux que l’on critique.

Pourquoi sommes-nous si déçus par un nouvel enregistrement de Barenboim ? Parce que nous l’avons tant aimé dans des Mozart, des Beethoven d’exception, même des Chopin, récemment dans Schubert, et aussi dans les mêmes concertos de Brahms avec John Barbirolli dans ses jeunes années.

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Je sais aussi d’expérience, et la critique n’est pas mon métier, qu’on ne sert pas les musiciens, a fortiori quand on les aime, par l’hypocrisie ou le silence, on n’est pas obligé pour autant de les blesser inutilement. Le musicien, l’artiste sait mieux que quiconque si son récital, son concert, a été réussi ou… moins réussi. Il n’a que faire des compliments de complaisance.

Pour finir sur une note d’humour : j’assistais hier soir à l’ouverture de la 36ème édition de Piano Jacobins à Toulouse. Nicholas Angelich avait choisi de donner deux sonates de Beethoven (la 5ème et la 21ème « Waldstein ») et la Sonate de Liszt. Mon voisin, la cinquantaine bien mise, une allure de mélomane averti, se penche vers moi, tandis que résonnait encore la dernière note de la sonate de Liszt : « Vous savez ce qu’il a joué ? »…

P.S. Comme je ne veux pas me ranger dans la catégorie des critiques automatiques, je n’écrirai rien sur ce récital, parce que je serais forcément très subjectif. Ceux qui me connaissent savent la longue amitié, le profond respect, et la constante admiration que je nourris depuis bientôt vingt ans pour Nicholas.

Pour rire

Rire fait vivre, survivre parfois quand le monde pleure (https://jeanpierrerousseaublog.com/2015/09/03/chants-pour-les-enfants-morts/).

Cette semaine, Zouc est revenue, Sylvie Joly a disparu. Elles sont de ma famille, je vis avec elles depuis qu’elles ont eu la bonté de paraître sur scène. La petite fourmi, le téléphone, le bébé ou la petite vieille (Zouc), Catherine, la coiffeuse, le permis de conduire, l’avocate commise d’office, l’après-dîner (Sylvie Joly) peuplent mon univers.

Je me rappelle leurs premières scènes à Paris, à l’une comme à l’autre. Zouc a dû renoncer, recluse dans de terribles souffrances, Sylvie Joly, je n’ai manqué aucun de ses spectacles, pas comme un inconditionnel – elle fut inégale -, comme quelqu’un de la famille. Comme le rappelle Télérama (http://www.telerama.fr/scenes/l-humoriste-sylvie-joly-est-decedee-a-l-age-de-80-ans,130969.php) elle a inventé le one woman show, une galerie de personnages qui n’ont pas pris une ride – la preuve, ses sketches sont toujours actuels – Ce qui la distingue d’autres humoristes plus vachards, plus « tendance » ? Finalement sa bienveillance pour les personnages qu’elle incarne, et les situations qu’elle décrit et que nous avons tous, un jour ou l’autre, vécues comme celle-ci :

J’étais présent au Casino de Paris pour son dernier spectacle, en 2001.

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Elle avait gardé pour la fin Catherine, une bonne moitié de la salle disait le sketch avec elle, tant certaines répliques sont devenues culte (un peu le phénomène, même génération, « Le père Noël est une ordure« )

Atteinte par la maladie de Parkinson, Sylvie Joly a fini par confier ses souvenirs à Stéphane Foenkinos et Jacques Brinaire. Pas indispensable, mais pour compléter le portrait d’une belle personne.

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Zouc, Isabelle von Allmen de son vrai nom, plus personne ne sait qui c’est. Rares sont ceux qui se rappellent l’avoir vue sur scène, il y a au moins trente ans. D’abord parce qu’elle y était rare, qu’elle ne fréquentait pas les plateaux de télévision. Et puis elle a disparu, victime d’abord de la rumeur qui la disait folle – comme certains personnages qu’elle incarnait – enfermée dans un asile psychiatrique. Victime surtout d’une terrible maladie invalidante, dont elle ne s’est jamais plainte, qui l’a isolée du monde. Jusqu’à ce que, il y a quelques jours, le canton du Jura, dont elle est originaire, l’honore de son Prix des Arts, des Lettres et des Sciences, et nous permette de retrouver comme nous l’avions laissée, « notre » Zouc, le souffle plus court, la timidité et l’humour intacts.

http://culturebox.francetvinfo.fr/scenes/humour/la-suisse-celebre-lhumoriste-zouc-apres-20-ans-dabsence-226891

Je me rappelle, comme si c’était hier, ce spectacle de 1977 et cet indémodable, universel sketch du téléphone :

http://www.ina.fr/video/I07120242

Dans un registre à peine différent, le volubile et versatile directeur du théâtre du Rond-Point à Paris, Jean-Michel Ribes, a, à son tour, cédé à la tentation de l’autobiographie. Une de plus ? En réalité, une petite merveille, d’écriture d’abord, et de vrais souvenirs de vraies rencontres, de vraies situations, cocasses ou désespérées, qui peut s’aborder en ordre dispersé :

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C’est Jean-Michel Ribes, qui, avec deux séries culte, à peine imaginables aujourd’hui sur une chaîne de télévision publique – Merci Bernard et Palace – est à l’origine de la découverte de plusieurs talents comiques, comme l’inénarrable Valérie Lemercier en Lady Palace…

Happy Birthday

Il a soixante-dix ans aujourd’hui et on a l’impression d’avoir toujours vécu avec lui. Comme l’écrit Renaud Capuçon dans les notes de présentation de l’un des deux considérables coffrets qui lui sont consacrés.

Happy birthday Mister Perlman !

Comme son contemporain Daniel Barenboim, Itzhak Perlman a beaucoup, énormément enregistré pour tous les grands labels, surtout EMI (devenu Warner) et Deutsche Grammophon.

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Je laisserai aux critiques patentés le soin de caractériser par les mots idoines l’art et le jeu de Perlman. 

Mes oreilles se sont habituées depuis l’adolescence à un son pur et chaleureux, à un très beau violon toujours sensuel, jamais vulgaire. Et dans les partitions très techniques (Paganini, Wieniawski) une virtuosité qui ne vise pas l’épate.

Se livrer au jeu des comparaisons serait aussi ridicule que fastidieux.

Cela étant, on n’est pas obligé de souscrire à la totalité de ces propositions, tout n’est pas de la même eau, en partie à cause des accompagnateurs. Quand Giulini sert Beethoven et Brahms aux mêmes hauteurs que son soliste, cela donne des versions de référence. Quand Previn, Foster ou Barenboim sont à la manoeuvre, on n’est pas toujours dans l’élan, la souplesse et la légèreté, parfois même on entend la rapidité de la mise en boîte.

Dans le coffret DG, peu de doublons avec la somme EMI – sauf les concertos de Mozart – plutôt des compléments, Berg, Stravinsky, Lalo, et un couplage inattendu du concerto de Tchaikovski et du 1er concerto de Chostakovitch où Perlman dirige le jeune Ilia Gringolts. Mais surtout deux intégrales que j’ai toujours beaucoup aimées des Sonates pour violon et piano de Beethoven avec Vladimir Ashkenazy, naguère parues chez Decca, et des Sonates pour violon et piano de Mozart avec Barenboim.

Bel hommage à un artiste rayonnant, de ceux qui donnent envie d’aimer la musique.

Des livres pour rentrer

D’habitude je me tiens à distance des critiques et conseils en matière de livres, même si j’aime le genre de la critique littéraire, à condition que la plume soit virtuose, acérée, brillante.

Comme celle de Jacques Drillon (dans L’Obs) : http://bibliobs.nouvelobs.com/romans/20150821.OBS4505/christine-angot-monumentale-platitude.html.

Il écrit mieux que je ne saurais le faire ce que je pense depuis longtemps. Je n’ai jamais compris l’engouement pour cette dame…

Mais on peut changer d’avis. La preuve, je vais sans doute lire le dernier-né d’Amélie Nothomb, Le Crime du comte Neville, pas pour les qualités littéraires, mais en raison du sujet : un faux roman policier mais une vraie étude de moeurs de la vieille aristocratie belge que j’ai parfois approchée – comme le propre père d’Amélie, l’ambassadeur Patrick Nothomb – durant mes années belges. Le roi Philippe ignorait certainement le sujet de ce livre lorsqu’il a fait – à l’occasion de la fête nationale du 21 juillet – d’Amélie Nothomb une nouvelle baronne !

En revanche, je n’ai pas attendu l’avalanche d’articles qui lui a été consacrée pour me jeter sur le dernier Binet. Je ne sais pas si c’est de la vraie littérature, si c’est un authentique écrivain, si on doit le classer dans telle ou telle catégorie, mais Laurent Binet me plaît et j’ai littéralement dévoré son dernier roman : La septième fonction du langage

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Présentation de l’éditeur : Le point de départ de ce roman est la mort de Roland Barthes, renversé par une camionnette de blanchisserie le 25 février 1980. L’hypothèse est qu’il s’agit d’un assassinat. Dans les milieux intellectuels et politiques de l’époque, tout le monde est suspect…

Extraits des commentaire de deux lecteurs :

« L’idée de supposer que l’accident de voiture dont Roland Barthes fut victime était un assassinat est loufoque mais amusante, et elle offre à l’auteur l’occasion de rappeler la vigueur de la vie intellectuelle parisienne en 1980. On rit souvent devant ce scenario qui arrive à relier plusieurs faits-divers de l’époque et qui met en scène un petit monde politique et germanopratin caricaturé à l’extrême… »

« Michel Foucault, Björn Borg, Valéry Giscard d’Estaing ont en commun de figurer dans La septième fonction du langage. Mais ce ne sont pas les seules vedettes de ce roman aussi rocambolesque qu’hilarant qui prend pour point de départ la mort « accidentelle » de Roland Barthes au sortir d’un déjeuner avec le candidat à la présidence de la République, François Mitterrand. Et si c’était un meurtre ? A partir de là, la machine romanesque de Laurent Binet se met en marche et tout s’emballe. L’auteur passe au tamis burlesque toute la fine fleur des intellectuels de l’époque, de Derrida à BHL en passant par Sollers, Kristeva et Althusser, sans oublier d’inviter Umberto Eco à la fête ainsi que les figures politiques de l’époque. C’est un bouquin d’aventures abracadabrantes dont la matière première est le langage dont Binet explique les théories absconses façon La sémiologie pour les nuls, avec une virtuosité imparable……Tout cela sans transition dans un exercice périlleux mais jubilatoire de grand foutoir narratif où des tueurs bulgares à parapluie et des membres des Brigades rouges viennent semer la pagaille…. »(Source : http://www.amazon.fr/La-septième-fonction-langage-roman/dp/2246776015/ref=cm_cr_pr_pdt_img_top?ie=UTF8)

C’est en tous points le sentiment que j’éprouve après cette lecture palpitante et épuisante : digressions permanentes, embardées historiques, satire délirante d’un milieu intellectuel à son apogée. Jouissif ! Et accessoirement la remise en perspective de mes années de jeunesse, ma première période parisienne, je fréquentais alors quelques amis de Roland Barthes. Nostalgie aussi d’un foisonnement intellectuel qui s’est éteint à petit feu avec la disparition ou le retrait de tous les personnages convoqués par Laurent Binet dans ce vrai-faux roman des années 80.

Rappel enfin de trois livres qui ont parcouru mon été et qui, pour le dernier, a pour cadre les lieux mêmes où Barthes officiait et a trouvé la mort, la rue des Ecoles, le Collège de France, la brasserie Balzar, la Sorbonne… Qualité d’écriture, finesse du récit, évocation tendre et aimante du mitan des années 60 et des figures de Robert Bresson, Jean-Luc Godard, du grand-père François Mauriac, Mai 68. Anne Wiazemsky sait écrire !

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Disques d’été (VIII) : Mauvais goût

J’ai toujours rêvé d’entendre, voire d’animer, une émission de radio qui serait consacrée aux musiques un peu honteuses, de mauvais goût, comme les gens qui disent regarder Arte et se repaissent en cachette de Dallas ou d’Amour, gloire et beauté (ça me rappelle un épisode authentique : Armin Jordan n’acceptait jamais de répétition qui commence trop tôt le matin pour pouvoir regarder tranquillement dans sa chambre d’hôtel  les épisodes du très mauvais feuilleton du moment !)

France Culture fait un tabac avec une émission qui s’intitule Mauvais genres. Je doute que le nouveau directeur de France Musique qui a pourtant été à bonne école et qui ne passe pas pour être orthodoxe, lance ou accepte un projet aussi « déviant ». Quoique…

De quoi s’agit-il ?

D’abord de ces musiques dites « légères », pas très sérieuses, un peu crapuleuses, qui sont juste très agréables à écouter… et très difficiles à bien jouer. Les Anglo-Saxons sont beaucoup moins coincés que nous dans ce domaine, les Anglais ont toute une ribambelle de compositeurs qui restent quasiment inconnus sur le Continent (voir quelques références à la fin de ce billet)

Quant aux Américains, à Boston, à Cincinnati, à Los Angeles, les soirées « Pops » ou du fameux « Hollywood Bowl » sont les plus courues (avec des chiffres de fréquentation à faire frémir tous les Cassandre de la musique classique). Depuis mon premier voyage aux Etats-Unis en 1987, j’ai collectionné à peu près tous les disques, souvent des « live », des mythiques Boston Pops et de leur non moins mythique chef de 1930 à 1979, Arthur Fiedler (références à la fin de ce billet)

Une fois – en 1999 ou 2000 – j’ai eu la chance d’assister à une soirée du célèbre Hollywood Bowl. Musicalement décevant, un chef mollasson qui avait réussi l’exploit de nous endormir avec un Boléro de Ravel avachi, mais une première étonnante, la présence du mime Marcel Marceau ! Mais ce n’est pas la qualité musicale qu’on vient chercher, plutôt une ambiance unique de fête.

Les Berlinois ont leur célèbre Waldbühne, qui se termine immanquablement par le tube de Paul Lincke – une sorte d’épigone berlinois de Johann Strauss – Berliner Luft :

On continuera une autre fois ce petit tour du monde, qui ne passe malheureusement pas par Paris

Encore ceci sur un chef qu’on peut autant admirer que détester – Herbert von Karajan. Qui n’a jamais eu honte de diriger, et même d’enregistrer, Suppé, Lehar, Strauss, la Gaîté Parisienne d’Offenbach/Rosenthal : il aimait cette musique et la servait avec les mêmes soins que le grand répertoire classique, avec ce surcroît de chic, d’élégance, de raffinement, dont très peu de ses confrères étaient capables. Il avait même enregistré -son choix? ou à la demande d’un producteur ?- toute une série de marches allemandes et autrichiennes, un double album LP qui ne fut jamais disponible en France, partiellement édité en CD. Puis-je faire l’aveu ici que je n’ai pas écouté qu’une seule fois ces « tubes » de la musique de « divertissement » et puis les Berliner Philharmoniker là-dedans…!!

En revanche, le même Karajan pouvait se vautrer dans le vrai mauvais goût, par exemple dans un célèbre Adagio qui n’est pas d’Albinoni, ou dans d’impossibles menuets lentissimes de Bach, Haendel, Haydn ou Mozart (les plus mauvais Concertos brandebourgeois de Bach ou Concerti grossi de Haendel de la discographie, c’est lui !).

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Thalys, Palmyre : com’ de crise ou crise de com’ ?

Deux événements occupent depuis hier le devant de l’actualité : l’attentat manqué du Thalys et la destruction de l’un des édifices majeurs du site antique de Palmyre en Syrie.

Sur le Thalys, je ne vais pas répéter ce que j’écrivais dans un précédent billet (https://jeanpierrerousseaublog.com/2015/08/05/vox-facebooki/). J’ai relayé ce matin sur ma page Facebook et mon compte Twitter ce que le président de la République a écrit :

Cette Légion d’Honneur récompense le courage et le formidable acte d’humanité de Christopher Norman, Anthony Sadler, Aleksander Skarlatos et Spencer Stone ‪#‎Thalys‬« 

Je l’ai entendu en direct citer les autres « héros » de l’événement (l’un voulant demeurer anonyme, l’autre étant encore hospitalisé) mais il n’a pas fallu deux secondes pour que, sur les réseaux sociaux, une fois de plus, la meute se déchaîne contre ce président si nul, si mal informé, parce qu’on n’avait vu que les quatre décorés du jour !

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On a parfois honte de considérer certains comme des « compatriotes ».

En revanche, ayant longtemps été un usager régulier du Thalys, je n’avais pas été surpris du témoignage de l’acteur Jean-Hugues Anglade. Combien de fois n’avais-je pas constaté, dans des circonstances évidemment beaucoup moins dramatiques, l’absence, l’évanescence des contrôleurs (laissant souvent les stewards faire le boulot à leur place), leur attention très relative aux passagers !

Mais qu’une personnalité connue s’avise de dénoncer un comportement problématique, ça la fiche mal, et c’est là que les « pros » de la com’ de crise interviennent : http://www.challenges.fr/politique/20150824.CHA8645/thalys-comment-la-sncf-essaie-d-eteindre-la-polemique-anglade.html.

Extraordinaire dialectique ! On n’imaginait pas pareille résurgence des principes léninistes : le Parti (la SNCF ici) a toujours raison.

L’autre événement qui a évidemment une dimension historique, politique et morale sans commune mesure avec l’attentat manqué du Thalys, c’est Palmyre. Après l’assassinat de l’ancien directeur du site antique, c’est maintenant la destruction du temple de Baalshamin. Evidemment, la colère, l’indignation sont générales. J’évite à dessein de surenchérir dans le vocabulaire qui décrit les faits et mon sentiment.

Parce que, précisément, les auteurs de cette barbarie utilisent remarquablement toutes les ressources de la communication moderne. Et à leur profit.

Hitler, Staline, Pol Pot, et d’autres encore en Arménie ou au Rwanda pouvaient commettre génocides et meurtres de masse à l’abri des regards indiscrets, et dans l’indifférence (ou la neutralité) à peu près générale.

Les groupes qui, au Proche Orient, en Afrique (ne pas oublier Boko Haram et AQMI), font de la terreur et de l’horreur leur seule arme politique, font en sorte que leurs forfaits connaissent le retentissement maximal, suscitent la réprobation générale, mais surtout – et c’est là le piège tendu à nos démocraties, à nos libertés – ils provoquent la révolte des citoyens de bonne foi contre leurs propres dirigeants incapables – c’est ce qui s’écrit à longueur de « commentaires » – d’agir et de réagir face à ces terroristes. On est surpris d’ailleurs qu’Obama, Hollande, les dirigeants européens, ne prennent pas des cours de stratégie en lisant Facebook…. Le club des « Y a qu’à » et des ‘Faut qu’on‘ n’a jamais connu autant d’adeptes !

On parle bien d’un piège : donner un large écho, s’indigner avec vigueur de leur barbarie ne fait que renforcer ces terroristes, ne pas rendre compte de leurs forfaits nous en rendrait complices.

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Il me semble cependant qu’on peut, en tant que citoyens libres dans un pays libre, éviter de se tromper de cible, et face à une menace d’une ampleur inédite, garder le sens de la mesure dans notre expression et manifester une solidarité élémentaire à l’égard de ceux qui nous gouvernent, quelles que soient nos opinions.

Disques d’été (VII) : Nuits dans les jardins d’Espagne

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L’oeuvre est centenaire, pas vraiment un concerto, ni un poème symphonique, une suite de trois tableaux, de trois évocations plutôt. C’est en 1915 que Manuel de Falla écrit ses Nuits dans les jardins d’Espagne, qu’il dédie à son compatriote, le pianiste Ricardo Viñes. Ce n’est pourtant pas lui qui crée l’oeuvre le 9 avril 1916 au Teatro Real de Madrid mais José Cubiles avec l’orchestre symphonique de Madrid dirigé par Enrique Fernandez Arbos.

Le premier volet a un rapport direct avec Grenade et les photos ci-dessus : En el Generalife / Dans les jardins du Generalife, le palais d’été des princes Nasrides, leurs jardins fleuris de jasmins et de roses, leurs fontaines (https://fr.wikipedia.org/wiki/Généralife)

Les deux autres volets ou mouvements sont intitulés : Danza lejana et En los jardines de la sierra de Cordoba.

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J’ai découvert l’oeuvre par la version mythique de Clara Haskil et Igor Markevitch, à la grande époque de l’orchestre des Concerts Lamoureux. La discographie n’est pas surabondante, mais on trouvera son bonheur dans ces six versions qui savent jouer des ombres et des lumières de l’oeuvre de Falla. Liste non exhaustive, classée par ordre de mes préférences ! Orozco/Colomer (Valois), Larrocha/Commisiona (Decca), Haskil/Markevitch (Philips/Decca), Soriano/Frühbeck de Burgos (EMI/Warner), Rubinstein/Jorda (RCA), Weber/Fricsay (DGG).

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Une version sans doute pas idiomatique, mais attachante : Barenboim au piano, Placido Domingo à la direction :

Pour suivre mes voyages, et beaucoup plus de photos abonnez-vous à :

http://lemondenimages.me/2015/08/23/les-jardins-de-lalhambra/

La porte du vin

Les souvenirs sont traîtres. Enfant, on voit tout plus grand, plus vaste – maisons, paysages, personnages – qu’ils ne sont en réalité. Adulte, on fait l’inverse, la mémoire sélectionne, réduit. À tort !

Je n’étais pas revenu à Grenade depuis 1999, et si je n’y avais pas été convaincu de le faire, je n’aurais probablement pas revisité l’Alhambra. Ces vacances andalouses devaient rester à l’écart des attractions touristiques. J’ai parfois d’étranges réflexes – besoin de solitude, d’anonymat – j’aurais longtemps regretté de ne pas céder à une aussi bénéfique invitation. Parce que, précisément, le souvenir gardé de mes précédentes visites était très en deçà de la réalité de cette journée dans Grenade et plus précisément à l’Alhambra.

La première fois, c’était, il faut bien le dire, une folie qu’on aurait du mal à imaginer aujourd’hui : tout un week-end de France Musique à Grenade. Claude Samuel* m’en a rappelé les dates précises : 22,23,24 juin 1996. Une folie, mais en même temps une fierté pour Radio France et sa chaîne musicale !

Le grand intérêt de ce week-end dédié à Manuel de Falla (https://fr.wikipedia.org/wiki/Manuel_de_Falla) était la reconstitution sonore et visuelle d’une partition inachevée (elle le sera par Ernesto Halffter), une « cantate scénique », L’Atlantide. Sur le parvis de la cathédrale de Grenade. Et comme c’était un dimanche soir, impossible de recourir au soutien technique de la Radio nationale d’Espagne… qui ne travaillait pas le dimanche. Ce fut donc toute une équipe de Radio France qui assura non seulement le direct pour les auditeurs de France Musique, mais aussi la sonorisation du concert ! De l’oeuvre elle-même et de la prestation des artistes ce soir-là, je n’ai pas gardé un souvenir marquant…

En revanche, si nous avions eu peu de temps pour parcourir l’Alhambra au pas de course, nous avions pu bénéficier d’une visite émouvante de la maison où Falla s’était installé à partir de 1921 sur le flanc de la colline de l’Alhambra, aujourd’hui transformée en musée (Attention aux heures d’ouverture ! j’ai voulu y retourner avant-hier, j’ai trouvé porte close !)

J’étais revenu en Andalousie à Grenade, Malaga, Cordoue et Séville à l’occasion de la Semaine Sainte en 1999. Mais j’avais gardé une mémoire imprécise ce que j’avais vu à Grenade. Mémoire abondamment rafraîchie et enrichie ce 18 août. IMG_0717 IMG_0730 IMG_0813C’est cette fameuse Puerta del Vino qui inspira à Debussy le 3eme de son second livre de Préludes, Debussy qui écrivit La soirée dans Grenade – deuxième de ses Estampes – sans parler de la deuxième de ses Images pour orchestre, Iberia, sans jamais avoir mis les pieds en Espagne…

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On reviendra bientôt sur une oeuvre centenaire, ces fameuses Nuits dans les jardins d’Espagne de Falla, écrites en 1915 (alors que le compositeur n’habitait pas encore Grenade), dont le premier volet est une évocation des jardins du Generalife de l’Alhambra.

*Claude Samuel, directeur de la Musique de Radio France de 1989 à 1996.

P.S. Perdu dans la sierra proche de Malaga, je dois me  contenter d’une liaison internet très lente et aléatoire. Pour plus de photos et de documents, il faudra attendre le retour à Paris !

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Disques d’été (VI) : les jeunes années

Le 13 juillet 2014 disparaissait l’un des plus célèbres chefs d’orchestre : Lorin Maazel. Le lendemain, l’Orchestre National de France dont il avait été, de 1977 à 1991, le premier chef invité puis le directeur musical, dédiait à sa mémoire son spectaculaire concert du 14 Juillet sous la Tour Eiffel. Nul doute qu’en d’autres temps, le chef américain né à Neuilly en 1930, eût lui-même aimé diriger pareil événement.

Je me suis toujours demandé ce qui avait pu motiver un artiste aussi doué que Maazel à accumuler presque jusqu’à son dernier souffle concerts, disques, positions et cachets mirobolants (il faudra un jour se demander pourquoi et comment on peut payer de telles fortunes, en général sur les deniers publics, à des chefs d’orchestre !), la gloire ultime ? l’appât du toujours plus ?

D’autant qu’à de rares exceptions près Lorin Maazel n’a jamais retrouvé ou cultivé ce qui avait fait l’exceptionnelle originalité de ses jeunes années. Tout ce qu’il a gravé jusqu’à la fin des années 60 peut, encore aujourd’hui, être considéré et écouté comme des références. Tous ses remakes ultérieurs sont le plus souvent plombés par la routine, parfois par le mauvais goût (le pire de tout étant un Boléro de Ravel avec l’orchestre philharmonique de VienneMaazel se permet un ralentissement d’une vulgarité confondante avant la modulation finale).

Dans le beau coffret Deutsche Grammophon récemment réédité, il y a quelques perles inattendues en plus de références incontestées :

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Les références sont par exemple L’Enfant et les sortilèges de Ravel, un petit miracle jamais détrôné depuis 50 ans, la poésie des timbres de l’Orchestre National, une distribution parfaite, une sorte d’état de grâce permanent. Mais, bien moins cités, une 3e symphonie de Brahms emportée, vive, presque violente, la plus rapide de toute la discographie, comme une Ouverture tragique de la même eau. Toutes les « espagnolades » d’une puissance, d’une acuité rythmique, en même temps d’un raffinement, d’une transparence, inouïs : Capriccio espagnol de Rimski-Korsakov, Tricorne et Amour sorcier de Falla, époustoulfants. Une 5eme et une 6ème symphonies de Beethoven (1960) parmi les plus belles et les mieux captées de toute la discographie. De moindres réussites avec les symphonies de Schubert, mais le mérite à l’époque d’avoir été la première intégrale, et quand même une ardeur juvénile, qui s’est transformée en course de vitesse et en vaine virtuosité dans la dernière intégrale « live » réalisée avec la Radio bavaroise. Et puis d’étonnantes symphonies de Mozart (1, 28 et 41) hyper virtuoses réalisées en 1958 avec un Orchestre National nettement plus à la peine que dans Ravel.

Autre réalisation majeure des années de jeunesse de Lorin Maazel, il est tout juste dans la trentaine, les premières intégrales des symphonies de Sibelius et de Tchaikovski réalisées avec l’orchestre philharmonique de Vienne, dans des prises de son Decca des grandes années. C’est, à mes oreilles, le meilleur de ce que Maazel a légué au disque.  Jamais il n’a retrouvé, même à Cleveland – où il a laissé un Roméo et Juliette de Prokofiev formidable – avec une discographie surabondante et en très grande partie inutile et redondante, le concentré d’énergie et de poésie qui était sa marque première. Et pourtant il a tout enregistré, parfois plusieurs fois, sans jamais laisser une trace durable dans la mémoire des discophiles.

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A l’opéra, ne restent pour moi que de très beaux Puccini, sensuels et coloristes, naguère parus chez RCA, puis quasiment tous réédités par Brilliant Classics dans un gros coffret à petit prix

La cité des mystères

Les affiches et les dépliants touristiques l’affirment : cela fait 750 ans que la semaine précédant le 15 août est l’occasion de fiestas, de fêtes spectaculaires, et de fameux Mystères dans et autour de la Basilique Sainte-Marie de la ville d’Elche ou Elx en valencien (https://fr.wikipedia.org/wiki/Valencien)

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Dans le parc municipal ( qui n’est qu’une infime partie de la gigantesque palmeraie qui fait la fierté de la cité et qui est inscrite au Patrimoine mondial de l’UNESCO), c’est plutôt ambiance païenne, concours de paellas, bière et soirées dansantes. C’était hier soir le point de rassemblement des reines et dames de compagnie d’un jour, qui allaient fièrement défiler sur des chars de fortune avant de se jeter littéralement des fleurs. Honnêtement on s’attendait à mieux, mais toutes ces jeunes filles en robes et parures traditionnelles s’ingéniant à imiter les vraies reines – ah qu’il est délicat ce geste de la main droite façon Elizabeth II ou Mathilde de Belgique ! – prenaient par avance leur revanche sur les hommes et les garçons qui auraient seuls le droit de prendre part au Mystère nocturne.

IMG_0582 IMG_0583 IMG_0584 IMG_0585 IMG_0586Dès 22 h 30 on se pressait dans la Basilica Santa Maria pour ce qui est vendu comme la générale des deux parties du Mystère pour l’Assomption de la Vierge données les 14 et 15 août (https://fr.wikipedia.org/wiki/Mystère_d%27Elche)

IMG_0588 Les « acteurs » de ce Mystère qui sont aussi – et surtout – tous des chanteurs, sont sévèrement sélectionnés par les autorités locales. On doit reconnaître qu’on a été bouleversé plus d’une fois par les mélopées lancinantes des voix d’enfants solistes, les interventions implorantes des adultes (Saint-Jean, les autres apôtres), le choeur de la foule des Juifs. Les ponctuations tonitruantes du grand orgue, des cloches et des canons étaient plus attendues.

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Pas de spectacle au sens où on l’entend de nos jours, une suite de scènes évoquant les derniers moments de la vie de la Vierge, jusqu’à la Dormition, l’Assomption puis le Couronnement, mais lorsque, à trois reprises, le dôme de la basilique s’ouvre pour laisser descendre d’abord l’ange seul, puis tout un équipage, anges et instruments, venus chercher la Vierge pour la conduire aux cieux, Dieu le père enfin, on est d’abord saisi… de vertige à la place de ces apprentis comédiens suspendus dans les airs, puis d’admiration pour la performance technique et musicale. La foule qui emplit l’église applaudit longuement, crie sa joie et se lève lorsque les acteurs d’un soir quittent la scène centrale.

Je ne sais pas ce que vaut l’écoute de la musique seule, mais sur les conseils de J.C.P. j’ai déjà jeté une oreille à deux enregistrements de très belle venue, avec une préférence pour celui qui me semble plus proche de ce que j’ai entendu hier soir, dans la simplicité et l’authenticité (Gilles Binchois) mais beaucoup de respect pour le travail de Jordi Savall

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