Le grand art de Claudio A.

Il portait le même prénom et la même initiale que le grand chef disparu il y a quatre ans déjà : Claudio A comme Abbado ou comme Arrau ! Mais je ne sache pas qu’ils aient collaboré au moins au disque…

J’avais commandé ce qui s’annonçait comme une magnifique entreprise discographique il y a déjà quelques semaines. Enfin reçue ce matin : l’intégrale du legs du pianiste chilien pour le label Philips, presque trente ans d’une aventure extraordinaire, à l’instar de la relation qui unit, à peu près simultanément, l’éditeur hollandais à Alfred Brendel (lire Tout Brendel)

81ZxUyLH9lL._SL1200_

Travail somptueux de réédition, 80 CD (vendus à moins de 2 € le disque !), et en effet tout ce que Claudio Arrau a livré aux micros miraculeux de Philips (sans doute l’un des pianos les mieux enregistrés au disque !) de juin 1962 – les sonates 11 à 15 de Beethoven – à mars 1991 (deux mois avant la mort du pianiste) – Bach et Debussy. À quoi s’ajoutent 5 CD reprenant des Beethoven et des Chopin captés pour la branche américaine de Decca en 1952 et 1953 (et un incunable de 1928, Islamey de Balakirev !) Voir les détails du coffret  : Claudio Arrau les années de gloire

Je m’aperçois qu’étrangement je connais mal ce pianiste, alors qu’il a été l’un des premiers présents dans ma discothèque. Avec deux enregistrements que j’ai portés si haut que, paresse ou manque de temps, j’ai négligé les autres, au point, pour certains, de les avoir purement et simplement ignorés jusqu’à maintenant, malgré tout ce que j’en avais lu sous les plumes les plus autorisées…

D’abord le premier concerto de Brahms avec Giulini et le Philharmonia en 1960Une version que seul l’anglais tremendous me parait pouvoir qualifier, tout y est, la puissance, la poésie, la virtuosité insolente d’un piano majestueux, en osmose avec un chef en état de grâce.

On ne retrouve pas tout à fait ce feu d’artifice dans le remake de 1969 avec Bernard Haitink et le Concertgebouw (présent dans ce coffret).

Deuxième approche pour moi de l’art d’Arrau : les Nocturnes de ChopinAvais-je entendu une Tribune des critiques de disques ou lu un papier d’André Tubeuf ? J’ai tôt acheté le double album et longtemps aimé presque exclusivement ce Chopin là.

Ensuite, mais jamais en premier choix, j’ai écouté des Beethoven (les concertos avec Haitink, certaines des sonates gravées dans les années 60), les sonates de Mozart, les autres Chopin. Mais – comme cela m’est parfois arrivé devant un monument intimidant – j’ai quasiment ignoré les Brahms en solo, les Schumann, les Schubert. Pourquoi ? Je n’ai pas la réponse, mais je rattrape le temps perdu depuis que j’ai reçu le coffret.

Comment ai-je pu ignorer les abîmes, la violence, les écorchures vives que dessine Arrau dans Schubert, alors que ses tempi, son art de muser, et de phraser, sont exactement ce que j’attends, ce que j’entends dans les dernières sonates…

Je vais aussi découvrir des Debussy et des Bach, enregistrés lors de ces fameuses « final sessions ». Il était temps…