La photo que Patrick P. postait dimanche sur Facebook a réveillé d’anciens souvenirs.
La chanson mythique de Jacques Dutronc d’abord (« Le dauphin de la place Dauphine… »)
Pour le jeune provincial que j’étais, la place Dauphine fut un des premiers lieux de ma découverte de Paris et de la vie parisienne. Il y avait, à la toute fin des années 70, un restaurant – je n’ai pas vérifié s’il s’y trouve toujours ! – où l’été venu il faisait bon dîner en terrasse, en plein coeur de la capitale, à l’abri des bruits de la ville. Deux ou trois fois, j’y ai côtoyé, sans jamais oser l’approcher et lui dire mon admiration, Simone Signoret. Elle n’était plus Casque d’or, ni même la Mathilde inoubliable de L’Armée des ombres (1969) de Melville, mais je savais qu’avec elle la nostalgie ne serait plus jamais ce qu’elle avait été…
Paris, quelques années plus tôt, en décembre 1973, c’est une odeur et un disque. Un an après la mort de mon père, j’avais accompagné ma mère de Poitiers à Paris, elle allait rejoindre sa famille en Suisse pour prendre un peu de repos. J’avais quelques heures à passer dans la capitale, et je savais qu’il y avait au début du boulevard Sébastopol un magasin qui me verrait très souvent par la suite – jusqu’à sa fermeture – la FNAC. Et sur le large trottoir devant l’enseigne, de larges bouches de métro, et cette odeur si caractéristique du réseau parisien (qui tend un peu à disparaître avec les rames sur pneumatiques et l’usage de détergents parfumés). Ce jour-là, allez savoir pourquoi, j’ai acheté, contre les conseils du vendeur, deux disques Mozart dirigés par Klemperer.
Paris aujourd’hui, c’est le lancement de la candidature aux Jeux Olympiquesde 2024. On se rappelle que la Maire, Anne Hidalgo, n’y était pas favorable, elle privilégiait alors la perspective d’une Exposition universelle. Il faut croire que la puissance du lobby politico-sportif l’a emporté et qu’il y aurait plus de chances de notre côté ?
Paris vue du 22e étage de la tour de Radio France.
Une jeune formation fait revivre l’une des plus prestigieuses organisations musicales du Siècle des Lumières, le Concert de la Loge Olympique, et la voici taxée d’usurpation d’identité. Mais que disent les instances franc-maçonnes ? elles aussi sont mises en cause par l’utilisation du mot Loge… Comme l’écrit Jean-Christophe Pucek, il est vrai que les instances prétendument représentatives du sport donnent un tel exemple de désintéressement et de droiture, et j’ajouterai de culture… qu’on ne peut être étonné de l’intelligence de la réaction du CNOSF (Pierre de Coubertin réveille toi !)
S’ils écoutaient un peu de Haydn, de ces Symphonies parisiennes écrites par un compositeur en forme olympique :
Longue vie à Julien Chauvin et à ses musiciens de la Loge Olympique version 2016 !
Sony aura beau exploiter et surexploiter le filon, je ne suis pas près de succomber aux sirènes d’un marketing qui le présente comme « le plus grand génie du piano » : je ne nie pas que Glenn Gould soit un artiste singulier, et par bien des aspects, exceptionnel. Mais non, vraiment non à Glenn Gould dans Bach, Beethoven ou Mozart.
Ce n’est donc pas le pianiste canadien que j’évoque ici, ni la riche et controversée Florence Gould, qui tint l’un des salons les plus courus de Paris (https://fr.wikipedia.org/wiki/Florence_Gould)
Sonyressuscite un autre Gould, l’un de ces illustres inconnus, ou inconnus célèbres, dont tout le monde connaît au moins une oeuvre, mais dont la notoriété n’a jamais franchi l’Atlantique.
Même pour ceux qui n’ont pas l’âge d’avoir connu les Dossiers de l’écran, l’émission mythique de l’ORTF, ou qui n’en connaissent que la formidable parodie de la scène finale de Papy fait de la Résistance
la musique extraite des Spirituals de Morton Gould (1913-1996) est familière. Pour les cinéphiles, rappelons que le même extrait a été repris par Jean-Pierre Melville dans son chef-d’oeuvre L’armée des ombres.
En réalité Morton Gould est le prototype du musicien américain du XXème siècle, pour qui la distinction musique sérieuse / musique légère n’avait aucun sens, à l’instar d’un Bernstein, sans doute sans le génie de ce dernier. Arrangeur, compositeur, chef d’orchestre aux multiples talents, défenseur et promoteur de ses contemporains. C’est dans la banque de données de l’IRCAM qu’on trouve le résumé le plus complet et succinct à la fois de la carrière de Gould : http://brahms.ircam.fr/morton-gould
Patriote, c’est aussi à lui qu’on doit la musique de ce film de télévision qui fit prendre conscience au monde entier de l’horreur absolue de l’Holocauste
Morton Gould, c’est l’exaltation passionnée de l’Amérique dans toutes ses dimensions,
comme en témoigne une discographie en partie rééditée dans la collection Living Stereo par RCA. Broadway, Jerome Kern, Cole Porter, ses propres compositions dans des prises de son de référence.
Et c’est pour rendre hommage au pionnier, à l’infatigable découvreur de partitions, que RCA réédite, vingt ans après sa mort, les enregistrements de Morton Gould et du ChicagoSymphony consacrés à Charles Ives, Nielsen, Copland. Avec en prime une version superlative de ses Spirituals(1941).
Il en faut peu pour enflammer les réseaux sociaux, un seul accent, mais circonflexe, une réforme (?) ressortie (par qui? pour quoi ? pourquoi maintenant ?) des cartons où elle dormait depuis 1990.
J’ai aussitôt repensé à une chanson qu’Hélène Delavault avait repris de Marie Dubas : « L’amour au passé défini »
C’est sur la place de la Madeleine Que nous nous connûmes un beau soir Vous aviez une allure hautaine Et moi, j’avais des souliers noirs
Vous traversâtes Vous vous retournâtes M’examinâtes Un soir, un soir Vous m’attendîtes Vous me sourîtes Et vous blêmîtes Un soir, un soir Comme je n’ vous parlais pas, vous n’ répondîtes rien Mais l’aveu de mon coeur, vous l’ devinâtes bien Et vous le crûtes Lorsque vous l’ sûtes Car vous vous tûtes Un soir, un soir
Nous prîmes le porto en silence Vous grignotâtes quelques anchois Puis ensuite sans trop d’ résistance Vous m’accompagnâtes chez moi
Vous vous assîtes Vous éteignîtes Vous m’étreignîtes Un soir, un soir Vous m’énervâtes Vous m’affolâtes Vous m’épatâtes Un soir, un soir Vous frôlâtes mes lèvres en m’appelant « Mon rat » Vous fermâtes les yeux et soudain dans vos bras Vous me reçûtes Et puis vous m’eûtes Tant que vous pûtes Un soir, un soir
Hélas, les amours sont fragiles Je le reconnais maintenant Bientôt je rompis notre idylle Et je vous trompai lâchement
Vous m’ soupçonnâtes Vous m’épiâtes Vous me pistâtes Un soir, un soir Puis vous surgîtes Vous me surprîtes Et vous m’haïtes Un soir, un soir Vous me traitâtes à tort de menteuse et d’indigne Et de votre gousset sortîtes un Browning Vous m’ajustâtes Mais vous m’ ratâtes Et vous caltâtes Un soir, un soir.
Impayable non ?
Honnêtement, si la langue française doit évoluer – je l’ai souvent évoqué sur ce blog – c’est en la débarrassant des inepties orthographiques qui n’ont aucune raison linguistique ou sémantique. On pourrait ainsi éviter à des imbéciles de prononcer des imbécillités et à des futiles de dire des futilités !
Je n’ai aucun commentaire à faire sur ce qui, au regard de l’actualité du monde, peut apparaître comme une tempête dans un verre d’eau. Quand on a occupé des fonctions de responsabilité, a fortiori dans le monde de la culture, on ne peut pas se livrer à la surenchère de critiques ou de louanges qui pullulent sur les réseaux sociaux. Personne parmi ces « commentateurs » d’occasion ne connaît jamais les tenants et les aboutissants des décisions d’un « patron » d’entreprise culturelle ou médiatique. On est d’ailleurs toujours prompt, surtout en France, à voir partout la trace de complots, de luttes de clans, de l’influence de réseaux, pour expliquer telle ou telle nomination. C’est souvent, très souvent, beaucoup plus simple – ce qui ne veut pas nécessairement dire logique ou transparent ! -.
Une évidence s’impose toutefois : la direction, la gestion, d’abord humaine, d’un groupe d’artistes, d’une entreprise culturelle, requièrent des qualités, une expérience, une vraie solidité personnelle, qui ne sont pas toujours celles de grands artistes.
Cet épisode a, du coup, largement effacé un anniversaire, fêté dans une relative discrétion, mais dans la chaleur de l’amitié : les 20 ans de Mezzo. La petite chaîne devenue indispensable dans le paysage musical et médiatique mondial.
C’était mercredi matin au Petit Palais, toute la profession était là, et des musiciens aussi : le quatuor Modigliani (sur la photo), Gautier Capuçon, et d’autres…
J’avoue que je n’imaginais pas un aussi beau développement lorsqu’en 1995 JacquesChancel, fraichement débarqué de la direction de France 3, toujours en avance d’une idée, était venu me voir dans mon bureau de France Musique pour me parler de la création d’une nouvelle chaîne de télévision qui serait vouée à la musique classique. Ce n’est pas directement lui qui avait lancé l’idée mais il voulait mettre sa notoriété (le succès de son Grand Echiquier !) au service de ce projet. Le plus extraordinaire dans l’aventure de Mezzo est que le projet initial n’ait jamais été dénaturé, même si les programmes se sont enrichis et ouverts par exemple au jazz, et n’ait jamais pâti des vicissitudes de l’organisation de l’audiovisuel français.
Le père, Julius, avait prénommé son premier fils Robert, en hommage à Schumann, pour le second il n’avait pas osé ajouter Amadeus (ou Amadé) à Wolfgang. Pourtant l’enfant né à Brno le 29 mai 1897, prénommé Erich Wolfgang, sera lui aussi un Wunderkind comme son illustre aîné né le 27 janvier 1756 à Salzbourg, un certain Mozart.
Erich Wolfgang Korngold est un cas (https://jeanpierrerousseaublog.com/2016/01/31/la-mort-en-majeur/). Enfant prodige, mondialement célèbre à 20 ans, rejeté par sa patrie et l’histoire à 50 ans. Méprisé, voire ignoré aussi par une grande partie de la critique et du milieu musical « sérieux »qui n’avaient d’yeux et d’oreilles que pour Berg, Webern ou Schoenberg, Lulu, Moses und Aaron ou Wozzeck pour en rester à l’opéra. Zemlinsky, Krenek, Schreker n’ont pas été mieux traités par la postérité, au moins jusqu’à ce que, dans les années 1990, le formidable projet mené par Decca, Entartete Musik, ne réhabilite ces compositeurs de première importance qui n’avaient pas assez épousé les canons de la modernité radicale…
Mais pour Korngold, c’est pire. Au tribunal de l’histoire, il est doublement coupable : d’avoir eu tous les succès à l’âge où d’autres balbutient encore – il a 23 ans quand est créée La Ville morte ! et d’avoir perverti son talent dans et pour les studios hollywoodiens ! Le retour à Vienne après la Deuxième guerre mondiale sera catastrophique, on y reviendra.
Richard Strauss, écrivant à Julius Korngold, avait vu juste : « Le premier sentiment qui vous envahit est la peur et la crainte qu’un génie si précoce ne puisse se développer d’une manière aussi normale qu’on le souhaiterait sincèrement pour lui. Cette sûreté du style, cette maîtrise de la forme, cette individualité de l’expression (particulièrement dans sa sonate), ces harmonies – tout cela a de quoi nous étonner… ».
En 1936, Korngold s’installe à Hollywood avec sa famille, retrouvant le dramaturge MaxReinhardt qui a fui l’Europe dès l’arrivée de Hitler au pouvoir, après une première collaboration sur le film Le Songe d’une nuit d’été (1934).
Vont suivre des années fécondes.. pour la musique de film. On retrouve dans ces partitions les orchestrations luxuriantes et transparentes à la fois qui ont fait l’originalité de Korngold compositeur d’opéra.
La création en 1947 par Heifetz de son concerto pour violon (même tonalité – ré majeur – même numéro d’opus – 35 – que celui de Tchaikovski !) ne lui attire pas les bonnes grâces de la critique, c’est le moins qu’on puisse dire : « more corn than gold » (plus de maïs que d’or), le très mauvais jeu de mot d’Irvin Kolodin dans le Sun de New York témoigne de l’aigreur du milieu musical à rebours de l’accueil triomphal du public.
Mais c’est à Vienne, dans son Europe natale, que Korngold veut revenir à ses premières amours. Il se remet à des compositions symphoniques de grande envergure (sa Sérénadesymphonique, sa Symphonie en fa dièse majeur). Le retour prévu en 1947 est reporté en raison d’une crise cardiaque qui l’oblige à un long repos. En 1949 il franchit de nouveau l’Atlantique, avec l’espoir de se réinstaller dans sa chère Mitteleuropa. La création de la Sérénade symphonique en janvier 1950 par Furtwängler lui-même et les Wiener Philharmoniker, puis celle – calamiteuse – de la Symphonie en fa dans les studios de la radio autrichienne en 1954, laissent le monde musical et la critique indifférents, malgré quelques soutiens de poids (Walter, Mitropoulos). Le monde a changé, a oublié le jeune homme prodigieux qui avait mis l’Europe lyrique à ses pieds trente ans plus tôt. En 1955, Erich Wolfgang revient à Hollywood, vite rattrapé par la maladie, une embolie cérébrale, qui l’emportera quelques semaines après son soixantième anniversaire.
Tout Korngold mérite d’être (re)découvert. Sa personnalité est singulière dans un XXème siècle qui n’a pas été pauvre en grandes figures musicales et qui a vu se confronter, parfois s’affronter des esthétiques, des courants, des écoles qui ont tous droit de cité dans le grand livre de notre Histoire.
C’est peut-être dans ses mélodies et sa musique de chambre que se révèle le mieux le chantre de l’inépuisable nostalgie viennoise
Enfin ce document rappelle que Korngold était un fabuleux pianiste, mais quels dons n’avait-il pas ?