Fraternité

Christian Merlin dans Le Figaro d’hier évoquait une Folle journée qui dure dix-sept jours. Bien vu ! Ce soir s’achève un marathon de 220 concerts et manifestations entamé le 9 juillet à Mende et on a bien l’impression que ce trentième anniversaire du festival* a été fêté partout et par tous. Il se conclut par la plus forte des proclamations : Alle Menschen werden Brüder. 

J’ai relu le texte original du poème de Schiller An die Freude (dont Beethoven n’a utilisé qu’une partie pour le dernier mouvement de sa IXème Symphonie) : Bettler werden Fürstenbrüder (Les mendiants deviendront frères des princes). Révolutionnaire non ? L’idéal des Lumières exalté dans cette vaste Ode à la fraternité de 1785.

Instantanés de ces derniers jours :

IMG_0115(Helium Brass à Perpignan le 12 juillet)IMG_0150(Les breakdancers de Star Cross’d Lovers de David Chalmin le 14 juillet)IMG_0187(The Amazing Keystone Big Band le 17 juillet au Domaine d’O)IMG_0215(Avec Paul Daniel le 20 juillet)IMG_0221 (Lucilla Galeazzi chante Naples le 22 juillet)IMG_0224(Le Trio Karénine le 22 juillet à Aigues-Mortes, et dès le dernier accord du trio op.63 de Schumann un rideau de pluie)IMG_0228 IMG_0236(François-Frédéric Guy impérial dans Beethoven le 23 juillet)IMG_0246(Résurrection de La Jacquerie de Lalo et Coquard avec une troupe de choc : Michel Tranchant chef de choeur, Nora Gubisch, Véronique Gens, Patrick Davin, Charles Castronovo, Boris PInkhasovitch, Jean-Sébastien Bou, Patrick Bolleire et Enguerrand de Hys le 24 juillet)

*Festival de Radio France et Montpellier Languedoc Roussillon

La fête continue

S’ils le disent et l’écrivent tous, c’est que ça doit être vrai : les festivals cet été font le plein, selon les observateurs les plus critiques ! Celui qui nous occupe à Montpellier non seulement ne déroge pas à ce constat, mais fait exploser les prévisions les plus optimistes.

Tant mieux ! C’est la meilleure garantie pour l’avenir et sans trahir le secret de leurs délibérations, on est heureux des décisions prises ce lundi à l’unanimité par les parties prenantes et qui ouvrent de belles perspectives. Ce ne sont pas encore les lendemains qui chantent, mais on est conforté dans une stratégie gagnante.

Il faut dire qu’on a été gâtés en émotions fortes ce week-end. Un Fantasio au casting de rêve, une création par un Orchestre National de France en grande forme.

11219131_10153439694448194_6380105925159628429_n(Julie Depardieu en récitante, Marianne Crébassa, magnifique Fantasio, Omo Bello en Elsbeth virtuose, Friedemann Layer et l’Orchestre National de Montpellier à leur meilleur)

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(Le compositeur René Koering et les interprètes de son concerto pour piano, créé par Yuri Favorin, Alexander Vedernikov et l’Orchestre National de France)

Ce lundi défilé en direct sur France Musique de la « génération 1985 », à laquelle succédait dans un Corum comble le récital de Piotr Anderszewski, un pianiste décidément rare à tous les sens du terme. Ce soir invités pour la première fois au Festival les musiciens de l’Orchestre National de Bordeaux Aquitaine et mon ami Paul Daniel avec la mezzo Sarah Connolly : la 5e symphonie de Mahler, et – clin d’oeil à la Belgique en ce jour de fête nationale – les six Lieder de Zemlinsky sur des poèmes de Maeterlinck !

11745930_1624265984479064_6537288773938186216_n(Il faut toujours une photo pour immortaliser un concert-anniversaire, merci à Marc Ginot ! De g.à dr. René Koering, JPR; Jean-Noël Jeanneney – co-fondateur du Festival en 1985 comme président de Radio France avec Georges Frêche, alors maire de Montpellier -, Damien Alary, président du conseil régional Languedoc Roussillon, Mathieu Gallet et Philippe Saurel, maire, président de Montpellier-Métropole)

Fièvre estivale

« S’il fallait définir la notion de festival, il faudrait prendre pour exemple Radio France Montpellier« . C’est ainsi que commence l’article de Philippe Venturini dans Les Echos du 13 juillet, il se termine par : « Mieux qu’un festival, un festin« .

On est évidemment heureux de tels « papiers », on risquerait le soupçon de flagornerie s’ils ne traduisaient le sentiment du public : http://www.lamarseillaise.fr/culture/festivals/40374-l-emotion-moteur-du-festivalier-radio-france.

Un 14 Juillet voué à l’amour, conclu par une prestation des soeurs Labèque, où l’attendu (une version de West Side Story décoiffante avec 2 pianos et percussions) s’est mêlé à la surprise avec Star Cross’d Lovers de David Chalmin. L’histoire de Roméo et Juliette revisitée par de fabuleux breakdancers comme en écho aux Jets et aux Sharks de la comédie musicale de Bernstein.

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Mercredi soir la première d’une série de trois représentations, à l’Opéra Comédie, de Don Quichotte chez la Duchesse de Bodin de Boismortierun spectacle déjà vu à Versailles et à Metz, mais jamais encore à Montpellier, où pourtant les maîtres d’oeuvre, Hervé Niquet et son Concert spirituel, Gilles et Corinne Bénizio (alias Shirley et Dino) n’en sont pas à leur coup d’essai. À entendre, dans et à la sortie de la salle, les réactions du public, et à lire les premières critiques, on se dit qu’on a encore touché juste !

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Ce soir on va enfin trouver le temps d’aller voir ce qui remplit l’amphithéâtre du Domaine d’O : le jazz, une « spécialité » Radio France depuis toujours. Demain la rumeur annonce une soirée mémorable avec la redécouverte de Fantasio d’Offenbach. 

Bref on ne sait plus où donner des yeux et des oreilles, la fièvre s’est emparée du festival !

Comble de bonheur, on reçoit en même temps le second volume des rééditions du legs Deutsche Grammophon du grand chef hongrois, Ferenc Fricsay, disparu prématurément d’un cancer à 49 ans en 1963. Après le symphonique et le concertant, c’est le lyrique et le  choral qui font tout le prix de ce coffret.

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Que de merveilles : des Mozart (Noces, Enlèvement, Don Giovanni, Flûte) où se retrouvent les Seefried, Fischer-Dieskau, Streich, Capecchi, Stader, bref la légende, deux Requiem de Verdi, un de Mozart (avec Grümmer), une Messe en ut du même Wolfgang, qui a mal vieilli – la faute aux dames solistes – une Carmen exotique en allemand, un Fidelio d’anthologie. Indispensable donc !

Ouverture

On eût souhaité que ces derniers jours ne fussent que bonheur. Celui de l’ouverture d’un festival auquel on est fidèle depuis 1987 et dont on a désormais la charge.

Mais les mauvaises nouvelles n’attendent pas. La disparition de l’acteur principal du film préféré de mon père, si souvent vu et revu, Docteur Jivago, Omar Sharif

La Grèce : à quoi a servi le référendum de dimanche dernier ? Qui a trompé qui ?

Et puis des changements, bien ou mal vus, c’est selon, dans le paysage radiophonique…

Mais avouera-t-on qu’on n’avait d’yeux et d’oreilles jeudi soir que pour les très jeunes musiciens du Bagad de Lann Bihoué qui ont ouvert l’édition 2015 du Festival de Radio France et Montpellier Languedoc Roussillon dans un théâtre de Mende plein à craquer :

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Conjugaison réussie des plus anciennes traditions populaires et d’un enthousiasme collectif contagieux. Un sénateur-maire et les personnalités locales qui n’étaient pas les dernières à vouloir aller jusqu’au bout de la nuit…

Voir le reportage de France 3http://france3-regions.francetvinfo.fr/languedoc-roussillon/ouverture-celtique-du-festival-de-radio-france-avec-le-bagad-de-lann-bihoue-768343.html

Ce vendredi c’est à Montpellier qu’on allait sentir si cette nouvelle édition prenait (ou non) un bon départ. Même si les chiffres de pré-vente étaient très rassurants, on sait d’expérience que rien ne remplace la fébrilité qui gagne organisateurs, artistes et publics le jour même, et de voir la foule affluer vers la grande salle Berlioz du Corum sous le soleil de midi, des files se former au guichet, on savait le pari gagné de remplir cet immense vaisseau un jour de semaine à l’heure du déjeuner… avec un artiste qui avait commencé le 12 juillet 1995, dans une salle beaucoup plus modeste, un parcours d’amitié ininterrompu avec le festival : Fazil Say

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Un peu moins surpris par une salle archi-comble le soir : certes le Concerto d’Aranjuez – et le fantastique Juan Manuel Canizares, le Boléro de Ravel, les danses du Tricorne de Falla, Espana de Chabrier, mais les moins courues Dansas Fantasticas de Turina ou Catalonia d’Albeniz, il y en avait pour toute l’Espagne et la baguette fringante de Domingo Hindoyan à la tête d’un Orchestre national de Montpellier en très grande forme.

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Ce samedi marathon pianistique, encore une de ces folies que seul le Festival peut se permettre…Cédric Pescia ouvre ces 205 nuances de blanc et noir à 9h30 avec ceci :

Feuilles mortes et renaissance

Dans les médias, le début de l’été est plutôt la saison des feuilles mortes, on remanie les grilles, on « remercie » – fâcheuse expression pour désigner exactement le contraire ! – animateurs, producteurs, très connus ou anonymes. C’est la loi du genre, tout est dans la manière (ou pas), et avec les réseaux sociaux, impossible de garder longtemps le secret. Parfois une rumeur habilement instrumentée – la disparition programmée des « Guignols de l’info » – empêche un funeste projet de se réaliser.

Et puis il y a les vraies disparitions, celle de Dominique Jameux, l’une des voix historiques de France Musique, est une triste coïncidence.

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J’avais évoqué Dominique et son dernier ouvrage dans ce billet : https://jeanpierrerousseaublog.com/2014/10/18/des-livres-de-musique/

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Mais comme il n’eût pas supporté un hommage univoque (c’est la mode aujourd’hui, les morts sont soudain parés de toutes les vertus, cf. Charles Pasqua !), je lui dois, et je dois à la vérité, de rappeler quelques épisodes de notre vie partagée à France Musique (entre l’été 1993 et le début 1999). J’étais évidemment très impressionné par Jameux et tous ces producteurs qui avaient nourri mon adolescence et ma jeunesse, devenir d’un coup leur directeur ne m’était pas si aisé. Et pourtant il me fallut faire acte d’autorité et c’est Dominique Jameux qui en fit les frais : l’un des sports très répandus, à l’époque (encore maintenant ?) consistait pour les producteurs et animateurs dûment rémunérés par la chaîne de service public à se répandre « en ville » et de préférence dans les cercles proches du ministère de la Culture, en critiques de tous acabits sur la présidence, la direction, l’entreprise – Radio France – qui les employait. Critiques ad hominem le plus souvent.

J’ai toujours pensé (mais je suis resté un grand naïf) que la critique est nécessaire et utile en interne, au sein d’une équipe, mais qu’elle est non seulement déontologiquement discutable mais surtout contre-productive à l’extérieur de l’entreprise.

On m’avait rapporté que Dominique Jameux n’était pas le moins bavard ni le moins percutant pour critiquer France Musique. Je l’invitai donc un jour pour lui dire ma façon de penser et lui demander, à lui et ses collègues, de cesser ce « sport ». Il en convint, et de ce jour-là, nos rapports furent empreints d’une cordialité, d’un respect et d’une admiration réciproques, qui nous permirent, à lui comme à moi, de faire évoluer en douceur le contenu, la nature, les horaires des émissions qui lui étaient confiées.

Dans une autre vie, j’aurais bien vu Dominique en frère supérieur d’un couvent normand, la rondeur parfois jésuitique, la gourmandise de la lèvre et du regard, la dévotion jalouse à quelques dieux qui avaient noms Bach, Berg ou Boulez

En même temps que j’apprenais le décès de Dominique Jameux, j’ouvrais un coffret – un de plus pensais-je à tort – qui est tout simplement une renaissance, une redécouverte, grâce à un remarquable travail éditorial, du légendaire Arturo Benedetti Michelangeli

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Le legs EMI déjà réédité dans la collection Icon

71K0+Ar993L._SL1417_mais surtout dans un son considérablement amélioré, même si la technique ne réussit pas tous les miracles sur des enregistrements précaires, des bandes naguère disséminées, et surtout un récital de mars 1957 au Royal Festival Hall de Londres, tout simplement prodigieux, hallucinant de prises de risques parfaitement assumées. Où l’on constate, une fois de plus, que les légendes ne naissent pas d’un coup de marketing…

Du rire aux larmes

On a commencé la semaine tout sourire, on la termine dans les larmes de sang de la Tunisie et de l’Isère

http://www.lesechos.fr/monde/afrique-moyen-orient/021167297081-tunisie-attentat-terroriste-a-sousse-1132119.php

Pourtant on a bien aimé la dernière des Mousquetaires au Couvent à l’Opéra-Comique, la dernière pour l’insubmersible Jérôme Deschamps, formidable rénovateur de la Salle Favart, dernière pour l’établissement lui-même avant travaux (et une réouverture prévue au printemps 2017). Dans le public, la bande reconstituée des Deschiens, on a reconnu François Morel, Yolande Moreau, une ribambelle d’anciens ministres et même le Président de la République qui s’est invité discrètement au dernier acte.

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Mercredi fin de saison pour l’Orchestre de Paris à la Philharmonie, dans un programme d’apparence facile, qui a désarçonné une partie du très nombreux public présent. On the waterfront de Bernstein n’a pas la célébrité de West Side Story et les facéties de Heinz-Karl (dit HK) Gruber, même défendues avec talent par Hakan Hardenberger, semblent curieusement datées (https://en.wikipedia.org/wiki/Heinz_Karl_Gruber).

Deuxième partie beaucoup plus dans la tonalité des Prom’s : Fazil Say dans Rhapsody in Blue et une compilation des suites dites « de jazz » de Chostakovitch. Succès garanti.

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(Le parterre de la Philharmonie transformé en « promenade » comme au Royal Albert Hall de Londres)

Hier soir, nettement moins de monde pour un programme a priori plus austère, dans le cadre toujours aussi impressionnant de Saint-Louis des Invalides.

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Dans le cadre de l’exposition du musée de l’Armée De Gaulle-Churchill, l’orchestre symphonique de la Garde républicaine proposait la 2e symphonie (1941) d’Arthur Honegger et l’interminable « saucisson » qu’est le Concerto pour violon (1910) d’Edward Elgar, que l’archet inspiré et virtuose de Daniel Hope a brillamment sauvé de ses longueurs pas vraiment divines.

Pur hasard, trois concertos pour violon, et pas des moindres, Beethoven, Saint-Saëns (le 3ème) et Elgar portent le même numéro d’opus : 61.

Un conseil : réécouter le chef-d’oeuvre d’Honegger dans les versions de référence de Karajan et Munch.

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Triste semaine aussi pour nos amours de jeunesse, Laura Antonelli, Magali Noël et Patrick McNee

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Mais c’est sans doute la mort accidentelle de James Horner, le compositeur de Titanic, qui aura le plus marqué le grand public…

L’ange, la belle et l’académicien

Semaine riche, marquée du sceau de l’amitié.

Janvier 2003, concert de Nouvel An à Liège, un jeune chef belge que j’ai repéré dans la fosse de l’Opéra royal de Wallonie, et une jeune chanteuse qui a fait ses classes à Lyon : Jean-Pierre Haeck et Karine Deshayes dans Mozart et Rossini. Triomphe. Et avec l’une et l’autre une amitié qui s’est nourrie d’années de complicité, de rencontres, de concerts. Karine était le merveilleux Ange du Paradis et la Péri de Schumann (https://jeanpierrerousseaublog.com/2015/06/05/un-petit-coin-de-paradis/), et mardi dernier l’invitée, à la salle Gaveau, du tout nouveau Festival Mezzo, avec deux compères de choix, le pianiste Jeff Cohen et le baryton français Jean-Sébastien Bou. IMG_2818 Pyrotechnies rossiniennes – ce souvenir de LIège ! – pour conclure un programme exigeant, duos et solos, de Mendelssohn à Mozart, de Fauré à Rossini. Une artiste admirable qui a tracé sa route, et pas des moindres, sans jamais cesser d’être musique, simplicité et amitié.

Lundi soir pur plaisir aussi avec la nouvelle Belle Hélène du Châtelet. IMG_2817   Evidemment les critiques professionnels n’ont pas manqué de jouer au jeu des comparaisons avec une autre production mythique du plus populaire sans doute des ouvrages d’Offenbach, donnée sur la même scène en 2000, avec l’impayable Felicity Lott en blonde Hélène, et une distribution d’enfer (Michel Sénéchal !), Marc Minkowski dans la fosse, Laurent Pelly à la manoeuvre. Spectacle repris, enregistré, multi-diffusé.

On est très heureux que Jean-Luc Choplin ait confié à une nouvelle équipe cette éternelle source de jouvence qu’est cette Belle Hélène, dans une version d’ailleurs complétée, révisée par le spécialiste ès-Offenbach, Jean-Christophe Keck.

Bien sûr les procédés de superposition vidéos du duo Corsetti-Sorin ont un air de déjà vu, et pallient parfois une absence de véritable direction d’acteurs. Bien sûr le berger Pâris n’est pas vraiment à son aise ni vocalement ni physiquement (et les dialogues parlés d’Offenbach appris phonétiquement… ça ne le fait pas trop !). Mais Gaëlle Arquez a l’âge, la voix, la beauté du rôle de la blonde Hélène, Jean-Philippe Lafont nous fait un Calchas qualité France, et Kangmin Justin Kim un Oreste qu’on s’attend à tout moment à voir imiter la Bartoli (comme il le faisait dans La Chauve-Souris en décembre dernier à l’Opéra-Comique)

Emotion surtout de découvrir un tout jeune chef dans la fosse, Lorenzo Viotti – émotion parce qu’il y a presque trente ans, j’invitais son père, Marcello, à diriger des concerts de l’Orchestre de la Suisse romande, à l’orée d’une carrière qui allait tragiquement s’interrompre il y a dix ans déjà (http://fr.wikipedia.org/wiki/Marcello_Viotti). Comme pour une autre lignée suisse (Jordan père – Armin – et fils – Philippe) bon sang ne saurait mentir !

Mercredi c’était un autre genre de réjouissances, que j’aurais à vrai dire évitées s’il ne s’était agi là encore d’un ami et surtout d’un compositeur génial : Thierry Escaich, à tout juste 50 ans, était reçu sous la Coupole à l’Académie des Beaux Arts. Impressionnante cette assemblée chenue, très chenue, d’hommes (et de deux ou trois femmes seulement) en habit vert – peu de personnalités (sauf une vieille dame qui s’est fait semble-t-il une spécialité de l’impolitesse de ses arrivées tardives ). Humour dans le discours d’accueil de Laurent Petitgirard, habileté du nouvel académicien pour honorer son prédécesseur et dresser en filigrane une sorte d’autoportrait modeste. Et surtout une présence musicale peu classique, celle du Quatuor Ellipsos

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Thierry Escaich, c’est évidemment le souvenir du début d’une aventure musicale et amicale ininterrompue depuis ce premier disque : 41WFW9NJ2NL

Jeudi, cap sur Perpignan pour une journée de rencontres, interviews, présentations de l’édition 2015 du Festival de Radio France Montpellier Languedoc Rousslllon. Tout ce que j’aime finalement et l’impatience, comme toute l’équipe, de commencer cette aventure de près de 200 concerts… IMG_2834 IMG_2824 IMG_2826 S’agit-il du même Grétry ? http://fr.wikipedia.org/wiki/André_Grétry IMG_2827 IMG_2828

Boulez vintage

France Musique consacrait ce lundi à fêter les 90 ans de Pierre Boulez, dix jours avant la date précise de son anniversaire, mais malheureusement en son absence.

Je me rappelle, comme si c’était hier, une autre grande journée sur la même antenne, le 19 février 1995. Pour les 70 ans du maître !

Tout avait commencé quelques semaines plus tôt par un déjeuner, dans un restaurant des Halles, non loin de l’IRCAM, où Pierre Boulez avait ses habitudes. Hommage, anniversaire, journée spéciale, difficile de renouveler le genre à la radio. Je souhaitais quelque chose de plus original, une sorte de carte blanche, mais raisonnée à la manière du compositeur.

Les archives du Centre Pompidou gardent la trace du déroulement d’une journée qui allait  dresser un portrait à multiples facettes d’un personnage clé du XXème siècle. Pierre Boulez décida très vite d’un ordonnancement qui n’avait rien de complaisant, et le confia à Laurent Bayle alors son bras droit à l’IRCAM : Boulez, années de jeunesse, Boulez chef d’orchestre, Boulez créateur et animateur d’institutions, Boulez entre théâtre et opéra, Boulez dans l’atelier du musicien, ses affinités littéraires, etc. Il souhaitait inviter des amis, des complices, des partenaires d’idées et de travail. C’est ainsi qu’on convia, entre autres, Patrice Chéreau, Gérard Mortier, Michel Tabachnik, et qu’un cocktail réunit en fin de journée autour de Jean Maheu, le PDG de Radio France et de Claude Samuel, le directeur de la musique, le Tout-Paris culturel et musical, Claude Pompidou en tête.

Deux souvenirs plus personnels d’une journée incroyablement intense, qui épuisa tout le monde.. sauf le principal intéressé !

A midi d’abord ce 19 février, on avait réservé une petite heure pour permettre à Pierre Boulez de se restaurer, je l’accompagnai à ce qui était alors la brasserie de l’hôtel Nikko en face de la Maison de la Radio. N’ayant jamais été d’aucun clan, je n’en étais que plus à l’aise pour interroger mon interlocuteur sur ces musiques et ces compositeurs qu’il était censé détester (Sibelius, Chostakovitch, Bruckner…). J’eus des réponses qui sortaient absolument des clichés et des a priori. Et preuve en fut donnée quelques années plus tard

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Je crois savoir qu’une Neuvième de Bruckner a été captée… mais jamais publiée !

Autre souvenir de ce 19 février : Pierre Boulez a tenu à être présent jusqu’au bout. Il est donc minuit lorsqu’il prend congé. Je lui propose une voiture pour le raccompagner. C’est mal le connaître, vif et alerte malgré l’heure avancée, il quitte à grandes foulées la Maison ronde, traversant le pont sur la Seine pour rejoindre son port d’attache dans les hautes tours du quai André Citroën.

 

Quelques extraits sonores de cette journée :

http://ressources.ircam.fr/27.html?&rebond1=MODSUNI_MOTAUT&rebond2=%22Derrien%20%2C%20Jean-Pierre%22&p=1&param1=default:UNIMARC:39746&notice=

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Pluie d’hommages discographiques pour ce 90ème anniversaire :

http://bestofclassic.skynetblogs.be/archive/2015/02/08/pierre-boulez-la-marque-jaune-8380757.html

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Musique vivante

Guillaume Connesson rappelait lundi soir, pendant la soirée des Victoires de la Musique classique à Lille, que « la musique n’est pas le musée, la musique est vivante, écrite par des compositeurs vivants pour des auditeurs vivants« . Il me semble que je ne dis pas autre chose depuis longtemps…Mais il reste surprenant qu’on doive encore faire ce genre de proclamation.

On va encore en avoir la preuve pendant une quinzaine avec le festival Présences qui en est à sa 25e édition.

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On en a eu aussi le témoignage, quoi qu’on pense d’une manifestation comme les Victoires de la Musique – elle a au moins le mérite d’exister et d’être une des rares occasions de présenter la musique classique à la télévision en prime time – avec un palmarès qui faisait résolument la part belle non pas à des vedettes consacrées, mais à une génération montante déjà très talentueuse (Sabine Devieilhe, Cyrille Dubois, Raphaël Pichon, Jean Rondeau, Edgar Moreau, etc.). Quelque chose me dit que ces jeunes musiciens ne se laisseront pas griser par les séductions d’une gloire éphémère, mais traceront leur route – ils ont déjà commencé à le faire – avec une prudente assurance.

La disparition à presque 90 ans d’Aldo Ciccolini nous a rappelé que la musique survit à ceux qui la servent et vit encore longtemps après que ces poètes ont disparu, grâce au disque, à la radio. Dans le cas d’Aldo Ciccolini, on est un peu dans l’embarras de choisir ce qu’il faut retenir (faut-il d’ailleurs choisir ?). ll y a le considérable coffret jadis publié par EMI, on a envie de faire un clin d’oeil à un compositeur et un orchestre avec qui le pianiste napolitain réalisait il y a 40 ans une version restée de référence :

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Et puis au hasard d’une écoute en voiture, je ne cesse de redécouvrir l’art d’un extraordinaire pianiste, de la même génération qu’Aldo Ciccolini, mais disparu des suites d’un cancer il y a 35 ans, le 29 avril 1969, l’immense Julius Katchen. Decca serait bien inspiré, comme ce fut fait pour Richter, de rééditer un fabuleux legs discographique.

Phénoménale virtuosité jamais gratuite…

L’homme qui aimait les autres

J’avais à peine terminé mon billet hier (https://jeanpierrerousseaublog.com/2015/01/24/la-culture-joyeuse/) qu’on apprenait une nouvelle disparition, celle de José Artur. Même sentiment que Guy Bedos interrogé sur France Inter : ces dernières semaines ressemblent à une hécatombe. Les amis de sa génération tombent les uns après les autres, Chancel, Wolinski, Cabu, maintenant José Artur (« sans h » se plaisait-il à rappeler).

Et pourtant, il y a deux mois, pour l’ouverture de la Maison de la radio, José était en direct au micro de Charline Vanhoenacker et Alex Vizorek, l’humeur et la voix toujours aussi alertes : http://www.franceinter.fr/emission-si-tu-ecoutes-jannule-tout-jose-artur-en-direct-de-lagora)

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C’est peut-être Armelle Héliot dans Le Figaro qui dit le mieux la personnalité du José Artur que nous avons connu, écouté, aimé : http://www.lefigaro.fr/culture/2015/01/24/03004-20150124ARTFIG00140-jose-artur-l-homme-qui-aimait-les-autres.php)

J’ai parfois croisé José à Radio France il y a une vingtaine d’années, il m’avait invité un soir pour évoquer, je crois, une grille de rentrée de France Musique. Son émission ne se déroulait plus, depuis longtemps, à la Maison de la radio, mais dans un salon du 1er étage du Fouquet’s. On m’avait prévenu que l’interview serait courte, vu le nombre d’invités et le rythme de l’émission. Je ne me rappelle plus la durée de la séquence, mais sa densité et sa pertinence. Il y a des sujets plus « fun » qu’une grille de programmes qu’il faut promouvoir, mais José avait non seulement intégré le dossier qu’on lui avait remis, mais il avait touché juste, en posant les bonnes questions, avec ce qu’il faut d’irrévérence, de curiosité, et il savait de quoi il parlait…

José Artur, comme Jacques Chancel, avait la culture joyeuse. Pourquoi sont-ils partis?*

*https://jeanpierrerousseaublog.com/2014/12/23/il-est-parti/