Un Premier Mai en musique

Il est entendu que le jour de la Fête du travail… on ne travaille pas ! Cette chanson du groupe Pink Martini me paraît donc tout à fait de circonstance :

C’est assez logiquement en Russie que le 1er Mai a inspiré plusieurs oeuvres, plusieurs compositeurs, pour donner en général des ouvrages… de circonstance ! Ainsi la 3e symphonie de Chostakovitch, aussi peu jouée que sa deuxième, l’une et l’autre devant célébrer des événements révolutionnaires, et portant des sous-titres évocateurs : la Deuxième – « Octobre » – est écrite en 1927 pour fêter la Révolution d’octobre de 1917, la Troisième, composée en 1929, créée en 1931, est titrée « 1er Mai » pour célébrer ce qui, jusqu’à la disparition de l’Union Soviétique, sera l’autre date incontournable de la liturgie soviétique – parades, défilés militaires sur la Place Rouge. Voir ce document exceptionnel restitué par l’INA, du défilé militaire du 1er mai 1937 sous la présidence de Staline :

http://fresques.ina.fr/jalons/fiche-media/InaEdu02029/staline-assiste-a-une-grande-parade-militaire-a-moscou-a-l-occasion-du-1er-mai-1937.html

Lire : http://lemondenimages.me/2014/05/01/trois-ans-apres-i-premier-mai-a-moscou/.

Etrangement, la tonalité générale de cette 3e symphonie est plutôt sombre, jusqu’au choeur final qui exalte les vertus révolutionnaires du Premier Mai (écouter à partir de 28’35 »)

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Quand on évoque le 1er mai, on fredonne immédiatement une chanson qui, au départ, n’a pourtant absolument rien à voir avec cette fête. Une chanson populaire traditionnelle ? Même pas. Les Nuits de Moscou / Подмосковные Вечера n’appartient pas au folklore russe, c’est l’oeuvre, écrite en 1955, de Vassili Soloviov-Sedoï pour la musique et de Mikhaïl Matoussovski pour les paroles.

Version « Armée rouge » :

Version glamour avec Dmitri Hvorostovsky et Anna Netrebko… sur la Place rouge !

Le grand vainqueur du Concours Tchaikovski de Moscou en 1958, l’Américain Van Cliburn, va assurer une célébrité mondiale à cette chanson en l’adaptant au piano :

Son jeune collègue, le bien vivant Stephen Hough, en a réalisé sa propre adaptation :

Mais c’est évidemment, pour nous francophones, sous le titre « Le temps du muguet » que cette chanson nous est devenue familière et synonyme de 1er Mai. Grâce au chanteur Francis Lemarque, compagnon de route du Parti communiste français, qui dès 1959 adapte très librement – avec ses propres paroles – la chanson de Soloviov-Sedoi :

Et pour tous les admirateurs – qui sont nombreux, je le sais, parmi les lecteurs de ce blog ! – de notre Mireille nationale :

 

Millénaire

En contrepoint d’une actualité tragique, quelques images prises il y a trois ans au coeur de la Russie millénaire, dans les hauts lieux de la liturgie orthodoxe :

Il y a trois ans exactement, je découvrais – enfin – les villes historiques de l’Anneau d’Or et Moscou  – lire : http://lemondenimages.me/2013/12/14/bulbes-bell-towers/.

Petit retour  sur ce fabuleux voyage en Russie profonde.

À une vingtaine de kilomètres de Rostov Veliky, à 80 km de la capitale régionale Iaroslavl, à l’écart des circuits touristiques, comme hors du temps, on découvre le petit village et le monastère de Borisoglebski… dans un état qui est celui de tout le patrimoine de ce type quand il n’est pas sous le regard des visiteurs étrangers ! Pour l’anecdote – émouvante – des moines nous apercevant dans l’enceinte du monastère firent sonner les cloches, un jour de semaine à 16 heures, juste pour nous. Le visiteur est si rare…

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J’ai demandé par la suite au jeune violoniste, plusieurs fois invité à LiègeNikita Boriso-Glebski, si sa famille avait un lien avec ce village et ce monastère. Il n’en sait rien, mais l’homonymie l’a interpellé !

Sur la route, des paysages comme ceux-ci :

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En revenant vers Moscou, on ne peut que faire halte à Sergiev Possad /Сергиев Посад, connue sous le nom de Zagorsk (de 1918 à 1991), haut lieu, épicentre de la Russie orthodoxe dès le XVIème siècle : http://fr.wikipedia.org/wiki/Serguiev_PossadImageImageImage

 

La victoire en chantant

Depuis la nuit des temps, le résultat d’une guerre ou d’une bataille se traduit par la victoire pour les uns, la défaite pour les autres. C’est ce que m’a opportunément rappelé ma visite de l’Ermitage à Saint-Petersbourg il y a une semaine, quand j’ai découvert cette impressionnante galerie :

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Dans cette Galerie 1812 ou Galerie Militaire – c’est son nom – sont accrochés 329 portraits, réalisés par le peintre anglais George Dawe, de généraux, maréchaux, soldats russes, héros de la Guerre patriotique de 1812.

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1812 ça ne vous rappelle rien ? Cet autre tableau, toujours accroché à l’Ermitage de Saint-Petersbourg, vous rafraîchira la mémoire

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(Peter von Hess, La traversée de la Berezina le 17 novembre 1812)

C’est évidemment l’un des épisodes les plus marquants des guerres napoléoniennes, et selon certains, le début de la fin des rêves de grandeur de l’Empereur. Pour les Russes, c’est une des grandes victoires de leur Histoire, pour les Français, ce n’est pas exactement le souvenir qu’ils en ont gardé !

Cette année est aussi synonyme d’une oeuvre musicale célèbre : l’Ouverture solennelle « L’année 1812 » op.49 – pour reprendre son titre exact et complet – de Tchaikovski. C’est en prévision de l’inauguration de la Cathédrale du Saint-Sauveur de Moscou, en 1882, pour célébrer la victoire de la Russie sur la Grande armée de Napoléon soixante-dix ans plus tôt, que cette oeuvre de circonstance a été commandée à Tchaikovski.

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Le compositeur qui n’imagine pas la célébrité posthume, et universelle, de l’œuvre, se montre assez lucide : « L’ouverture sera très explosive et tapageuse. Je l’ai écrite sans beaucoup d’amour, de sorte qu’elle n’aura probablement pas grande valeur artistique. »

De fait, on a connu Tchaikovski plus raffiné et surtout plus inspiré. De quoi se compose cette Ouverture 1812 comme on l’appelle maintenant ?

L’Ouverture solennelle 1812 commence par le chant militaire russe Dieu, sauve ton peuple, annonçant l’entrée en guerre de la Russie contre la France. Celui-ci est suivi de chants solennels évoquant la victoire pour la Russie. Ensuite vient le thème des armées en marche annoncé par les cors. La victoire française à la bataille de la Moskova et la prise de Moscou sont représentées par l’hymne national français : La Marseillaise. Ensuite, deux thèmes issus de chants populaires russes annoncent les futurs revers de Napoléon. Un diminuendo représente la retraite de Napoléon hors de Moscou (octobre 1812). Arrivent enfin les coups de canon représentant l’avancée russe à travers les lignes françaises. Puis, les cloches et les salves de canon célèbrent la victoire de la Russie et la défaite française. Dieu sauve le tsar, l’hymne impérial russe, retentit alors, en opposition avec La Marseillaise entendue précédemment. Durant la période soviétique, le thème de l’hymne Dieu sauve le tsar fut souvent remplacé par celui du chœur final de l’opéra Une vie pour le tsar de Mikhaïl Glinka.

Deux versions incontestables au disque, toutes deux avec choeurs (même si la version purement orchestrale est la plus fréquemment jouée) :

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