L’inconnu d’Istanbul

Qui lit encore Pierre Loti ? Son nom même ne doit plus dire grand chose…Les enfants ont-ils encore dans leurs manuels scolaires des extraits de Pêcheur d’Islande ?

Je me souviens d’avoir  visité sa maison natale à Rochefort (le Rochefort des Demoiselles !)

Exotique, suranné, désuet, l’académicien Loti ? Oui sans doute, mais pour ce qui est de l’atmosphère si particulière, prenante, sensuelle et chaleureuse de Constantinople/Istanbul, un remarquable témoin, et bon écrivain de sucroît !

Il faut aller visiter sa maison perchée tout en haut du gigantesque cimetière qui surplombe la mosquée d’Eyüpau centre de la Corne d’Or.

On prend le bateau de bon matin à l’embarcadère d’Eminönü pour un trajet d’une vingtaine de minutes dans la Corne d’Or.

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Sitôt débarqué à la station Eyüp, on se dirige vers le vaste complexe de la mosquée Sultan Eyüp. Pas un touriste, peu de locaux. L’activité ne reprend que vers 11 h du matin.

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On emprunte un téléphérique qui passe au ras de centaines de sépultures musulmanes.

14900552_10154072917452602_949219708023908535_nEt on finit par accéder à une modeste demeure en bois, et une terrasse ombragée d’où l’on balaie tout l’horizon d’une ville géante, qui paraît si paisible, presque languide.

14910582_10154072523202602_8683786014044117593_n14937308_10154072523662602_7228694663825529542_n

La demeure de Loti est modeste, dans le ton des habitations de la Constantinople fin de siècle qu’il a tant aimée.

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C’est dans ce refuge que Loti écrit deux de ses romans, l’un succédant à l’autre :8169cpl4qrl

Qui sait ? Même moi, je vais peut-être succomber aux sirènes stambouliotes d’un auteur que je n’ai jamais vraiment chéri…

L’héritage Abbado

Le 26 juin 2013, Claudio Abbado, décédé ce lundi 20 janvier, fêtait ses 80 ans. J’avais écrit tout un billet sur sa riche discographie (Claudio Abbado 80)

« Le grand chef italien Claudio Abbado fête aujourd’hui ses 80 ans. C’est en soi un exploit, puisque nul ne peut ignorer qu’il est gravement malade depuis plus de dix ans, et que peu lui prédisaient une telle longévité. Qui ne ne souvient des images d’Abbado dirigeant le Requiem de Verdi le visage ravagé, diaphane, au sortir d’une première opération ?

On est d’autant plus heureux de souhaiter à ce musicien qui a longtemps conservé (ou entretenu) une allure juvénile et séduisante, le meilleur des anniversaires !

Pour la circonstance, son éditeur de longue date a plutôt bien fait les choses, avec un beau coffret de rééditions de l’imposant corpus symphonique que Claudio Abbado a enregistré en quarante ans de collaboration avec le label jaune.

Ce n’est pas le lieu ni le moment de se livrer à une critique détaillée de ce coffret. Disons, pour faire bref, qu’on n’est pas très convaincu par les Mozart (tout récents, ceux qu’Abbado a gravés en Italie avec “son” orchestre Mozart), ou les Haydn (les 12 symphonies londoniennes) enregistrés “live” avec l’Orchestre de chambre d’Europe. Les Symphonies de Beethoven sont aussi les plus récentes – avec Berlin et en “live” – tout comme les Brahms, l’intégrale des symphonies de Mahler, souvent sous-estimée, me paraît le lot le plus abouti de ce coffret symphonique, avec les phalanges prestigieuses de Chicago et Vienne. De belles symphonies de Bruckner aussi avec les Viennois. Les symphonies de Mendelssohn avec le Symphonique de Londres ont toujours figuré en tête de la discographie de ces 5 bijoux du romantisme. Les symphonies de Schubert aussi avec l’orchestre de chambre d’Europe – à la réécoute je les trouve vraiment trop sages et impersonnelles.

Mais pourquoi a-t-on omis 4 magnifiques symphonies deTchaikovski, la 2eme enregistrée à Boston en 1967, les 4, 5, 6 avec un Philharmonique de Vienne somptueux ?

Autre réédition bienvenue, les quelques disques qu’Abbado avait faits pour Decca dans ses jeunes années, déjà avec Vienne ou Londres (une étonnante 1ere symphonie de Bruckner, déjà les 3e et 4e symphonies de Mendelssohn, les 7e et 8e de Beethoven, Prokofiev, Hindemith, et plus inattendu un récital d’airs de Verdi par Nicolai Ghiaurov.

En pleine année VerdiDeutsche Grammophon a aussi eu la bonne idée de ressortir les opéras qu’Abbado avait gravés notamment pendant la période où il dirigeait la Scala de Milan. Je préfère souvent la fougue, l’élan de Muti dans les mêmes ouvrages, mais Abbado creuse les partitions et les caractères comme personne.

Je reste fasciné par le Claudio Abbado dernière période, et ses magnifiques concerts de Lucerne, avec l’orchestre d’amis qu’il a rassemblés autour de lui. L’homme n’a plus rien à prouver, l’artiste s’est dépouillé de tous les artifices, l’émotion naît de la musique, simplement offerte, donnée, à son acmé.