Jour J

Je l’ai annoncé (https://jeanpierrerousseaublog.com/2014/05/08/la-saison-des-saisons/) c’est aujourd’hui le jour J.

Successivement, aux musiciens, au personnel, à la presse et au public, nous allons dévoiler la saison nouvelle de l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège (et de la Salle Philharmonique – qui est, il faut toujours le rappeler, l’une des plus belles salles de concert d’Europe)

ImageCe « rituel » de la présentation de saison, je l’ai inauguré dès mon arrivée à Liège – il y aura bientôt 15 ans ! -. J’ai toujours trouvé injuste et frustrant que les premiers concernés – les musiciens, les collaborateurs, le public – découvrent « leur » saison après la presse ! Dès avril 2000, rompant avec l’habitude de la seule conférence de presse, nous avions convié journalistes, auditeurs et musiciens à découvrir ensemble et simultanément ce que serait la première saison que j’avais préparée pour le retour de l’Orchestre dans sa salle de concerts remise à neuf après deux ans de travaux.

Ce soir, comme chaque année depuis 2000, ce sera d’abord une fête, une rencontre entre les musiciens, notre directeur musical Christian Arming, et un public aussi fidèle qu’impatient. Des extraits de la prochaine saison : le 2e mouvement de la 9e symphonie de Beethoven, le dernier de la 5e symphonie de Tchaikovski, une superbe pièce concertante d’Eugène Ysaye – que l’OPRL joue en tournée la semaine prochaine en Suisse et en Autriche – « Harmonies du Soir« , un nouveau disque, un film qui balaie tous les temps forts d’une saison qui promet son lot de surprises…

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Quelques pistes dans le dernier numéro d’OPRL Magazinehttp://www.rtc.be/emissions/opl-magazine/1461164-oprl-magazine-09052014.

Rendez-vous dans quelques heures pour tout savoir !

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Musique française

J’ai passé un délicieux week-end de musique… française, en France, à Paris même !

Un Cabaret Brassens au Studio de la Comédie-Française. Un spectacle conçu et mis en scène par un Namurois formé à Liège, sociétaire de la Comédie-Française depuis 1993, Thierry Hancisse.

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Oui les Comédiens-Français savent aussi chanter et danser ! Et quand il s’agit de Sylvia Bergé, Julie Sicard, Eric Genovese, Serge Bagdassarian, Hervé Pierre, Jérémy Lopez et du pianiste-accordéoniste Benoît Urbain, du contrebassiste Olivier Moret, du guitariste Paul Abirached, ça donne une belle équipe, un joli spectacle (qui fait salle comble !). Du connu et du beaucoup moins connu parmi les chansons de Brassens.

À l’inverse de l’un de mes camarades de lycée qui ne jurait que par Brassens, qui connaissait tout son répertoire par coeur, qui s’enchantait de la poésie particulière de ses textes, je n’ai jamais été aussi mordu. Et je n’ai pas beaucoup changé d’avis samedi : Brassens est certes un monument de la chanson française, mais un monument daté, très années 50/60, beaucoup moins intemporel que ses contemporains Barbara, Brel, Ferré ou même Piaf. 

Mais il est bon et bien que la Comédie-Française serve aussi les grands auteurs de ce que Gainsbourg considérait – à tort ! – comme un genre mineur, la chanson !

Juste le temps de filer du Carrousel du Louvre jusqu’à la place Boieldieu, à l’Opéra Comique, pour la générale d’une opérette de Charles Lecocq, Ali Baba. Dans la fosse,  quelqu’un dont j’étais sûr qu’il allait donner toute la vie et l’allure qui conviennent à cette partition, le chef belge Jean-Pierre Haeck. Et c’est vrai que cet ouvrage, qui se refuse (trop ?) à tout orientalisme de pacotille, est sacrément bien ficelé, même s’il n’y a pas les traits de génie d’un Offenbach ou d’un Strauss. Comme toujours à l’Opéra Comique, le casting est quasi-parfait : Sophie Marin-Degor, Christianne Bélanger, Tassis Christoyannis,  Philippe Talbot, les excellents choristes d’Accentus, un orchestre d’une belle cohésion, celui de l’opéra de Rouen. Et une mise en scène d’Arnaud Meunier qui manie habilement humour, décalage, symboles. Le tout est un peu longuet, l’ouvrage manque de ces airs ou ensembles qu’on mémorise facilement. Mais c’est l’honneur de Jérôme Deschamps et Olivier Mantéi de ressusciter cet inestimable patrimoine de la musique française.

Oui, il n’y a définitivement aucune honte à aimer, défendre et promouvoir la musique française !

Piqûre de rappel avec ce coffret dont on a déjà parlé :

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Les moutons du Sussex sont en deuil

Reçu hier un long message, que je m’autorise à reproduire pour l’essentiel :

« Sir George Christie est mort il y a trois jours. Tristesse…L’avais-tu rencontré à Glyndebourne ? Très grand monsieur ! La nouvelle est passée presque inaperçue en France… à part une dépêche sur France-Musique recopiant le blog de Norman Lebrecht. Je suis sûr que, dans cent ans, l’oeuvre de George sera regardée et jugée comme beaucoup plus importante et déterminante que celle de feu Gérard Mortier. Il a fait débuter tant de chanteurs, metteurs en scène et chefs dans son théâtre quand il a pris les rênes de son opéra : Joan Sutherland, Felicity Lott, Simon Rattle, Luciano Pavarotti, Janet Baker, etc. C’est là qu’il permit aux Peter Sellars, Hanish Kapoor, Deborah Warner, David Hockney de s’exprimer pleinement, sans céder à la mode de qui/quoi que ce soit ! Il a construit son nouveau théâtre sans un centime d’argent public ! Il a créé les tournées de Glyndebourne, où nous avons tous eu notre chance, et son soutien permanent ! Il a grandi avec Fritz Busch, Rudolf Bing, travaillé avec Kathleen Ferrier, Benjamin Britten, Ernest Ansermet, Rafael Kubelik, Georg Solti (très mauvais souvenir)…

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Il était fidèle en amitié, voyageait sans cesse, écoutait, conseillait qui le voulait, ouvrait sa maison à tous ceux qu’il aimait ! Un grand seigneur des arts est parti… Tristesse… »

Celui qui m’écrit ces lignes ajoute des souvenirs plus personnels, qui resteront… personnels !

C’est le père de George, John Christie, qui avait fondé Glyndebourne et sa légende en 1934, c’est le fils de George, Gus, que j’ai rencontré souvent, qui est aujourd’hui l’âme de ce festival unique au monde, dans la campagne du Sussex, à quelques miles de Lewis et Brighton.

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(Gus et George Christie devant la maison familiale de Glyndebourne)

ImageImage(http://en.wikipedia.org/wiki/Glyndebourne_Festival_Opera)

Initiation

Je l’ai déjà raconté, j’ai découvert peu à peu la musique classique, d’abord par quelques 33 tours qu’il y avait à la maison ou qu’on nous offrait à Noël, puis en cherchant les disques les moins chers – à la mesure de mes faibles moyens. Des collections aujourd’hui disparues, qui ne disent plus rien aux moins de 50 ans (Fontana, Musidisc, la Boîte à musique, Vanguard, la Guilde du disque, etc.). En Suisse, il y avait Ex Libris, une filiale des coopératives Migros, qui éditait sous sa marque des enregistrements d’origine Deutsche Grammophon, Decca ou Philips.

J’ai repensé à cela en faisant mon article sur Ernest Ansermet (https://jeanpierrerousseaublog.com/2014/05/06/un-suisse-chez-les-russes/). L’un de mes premiers disques achetés en souscription chez Ex Libris c’était un double album consacré au Requiem allemand de Brahms… dirigé par Ansermet, avec plusieurs ensembles choraux dirigés par un homme que j’aurais la chance de côtoyer plus tard, pendant mes années à la Radio Suisse romande, infatigable animateur, entrepreneur, inventeur, l’inestimable André Charlet. Son décès il y a deux mois m’avait échappé, mais qui de ceux qui l’ont connu, approché, aimé (ou moins aimé !) pourrait oublier André ?

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On se rappelle toujours ses premiers disques, on leur garde une affection même si l’on est déçu par la suite ( https://jeanpierrerousseaublog.com/2014/05/04/on-ne-reveille-pas-un-souvenir-qui-dort/). 

Mes premiers Vivaldi (L’estro armonico) par Paul Kuentz et son orchestre de chambre (avec Monique Frasca-Colombier au premier violon) : j’avais trouvé l’album – un Deutsche Grammophon ! -pas cher à la Librairie des Etudiants à Poitiers, et m’étais fait apostropher par un garçon à peine plus âgé que moi – c’était « une mauvaise version » ! – qui se proposait de m’en faire entendre de meilleures. C’était déjà un mordu de Vivaldi, il l’est toujours, puisqu’il signe toujours des chroniques dans Diapason (Roger-Claude Travers).

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La musique baroque, des concertos de Bach par exemple, c’était chez Musidisc Roland Douatte et son Collegium Musicum, au clavecin Ruggero Gerlin… Plus jamais entendu parler d’eux. Pas plus que de chefs d’orchestre qui s’appelaient Karl Ritter ou Carl Bamberger – pseudos de chefs plus connus ? – Ou Richard Müller-Lampertz, qui avec un orchestre hambourgeois, je crois, m’a fait découvrir des Danses slaves de Dvorak ou la 2e rhapsodie hongroise de Liszt.

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La mode était aussi aux disques-catalogues très bon marché : ainsi un disque au look très seventies, aux couleurs flashy, avec Karajan en surimpression – la Moldau de SmetanaLes Préludes de Liszt (qui sont restés ma référence), des Danses hongroises de Brahms, un autre tout violet de marque CBS consacré à Pierre Boulez (le Prélude à l’après-midi d’un faune de Debussy, l’ouverture des Maîtres Chanteurs de Wagner – que j’ai tout de suite détestée ! – et à l’inverse une mélodie que j’ai aussitôt aimée, Die Nachtigall, extraite des Sieben frühe Lieder d’Alban Berg… Et puis, un jour de soldes d’été, un coffret de 3 disques bradé de valses et polkas de Strauss par Boskovsky et le philharmonique de Vienne (déjà !).

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Et puis il y eut la période des « Clubs du disque », et autres souscriptions par correspondance, où l’on pouvait encore, pour des prix adaptés aux maigres ressources d’un étudiant, acquérir de très intéressants coffrets. On imagine le sentiment d’intense fierté, d’émotion qui m’étreignait lorsque le postier venait apporter d’imposants paquets à la maison familiale de Poitiers. Je me les rappelle comme si c’était hier.

Quatre disques dont Karajan et le Philharmonique de Berlin étaient l’objet, le sujet, l’ornement : une très intelligente compilation/initiation. Avec la 2e symphonie de BrahmsFinlandia et le concerto pour violon de Sibelius – avec Christian Ferras -, les Tableaux d’une exposition de Moussorgski/Ravel et un disque d’intermezzi d’opéras (qui me ravit toujours autant !).

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Ou un beau coffret rouge d’une dizaine de galettes consacré aux grands concertos pour violon à partir du fonds EMI : Milstein, Oistrakh, Menuhin...

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Encore du vert foncé pour la Guilde du Disque et une 6e symphonie de Beethoven avec Munch et un orchestre hongrois, les 2e et 4e de Beethoven par Monteux et la NDR de Hambourg, etc…

Et puis je ne peux oublier – parce que je les ai tous conservés, à la différence de tout le reste de ma discothèque vinyle – les disques que mon « lecteur » de russe – de mes dernières années de lycée – me rapportait d’Union Soviétique (ou m’envoyait dans de drôles de paquets cartonnés !), de marque Melodia – puisque c’était le seul label autorisé et officiel -. C’est notamment par ces disques que j’ai découvert la 3e symphonie de Khatchaturian avec orgue (une version dirigée par Rojdestvenski… que je n’ai jamais retrouvée en CD). J’ai longtemps rêvé de la programmer…ce sera l’une des surprises de la prochaine saison de l’Orchestre philharmonique royal de Liège !

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La phénoménale version de Kondrachine, enregistrée à Moscou en 1967, a heureusement été rééditée.

La saison des saisons

Il y a un rituel dans ce qu’on appelle encore, improprement, les « institutions » culturelles : on présente plusieurs mois à l’avance la saison à venir de concerts, d’opéras, de représentations, de sa « maison ». Depuis quand, pourquoi, à quelles fins ? Je n’ai jamais obtenu de réponse convaincante à ces questions.

Il y a même comme une concurrence, c’est à qui dégainera le plus tôt !

L’explication nous est donnée par les spécialistes du marketing : il s’agit pour chaque opérateur d’engranger un maximum d’abonnements, et comme les moyens du public ne sont pas illimités, on peut imaginer que celui qui fait l’offre la plus alléchante et qui la présente le premier aura les faveurs de ce public.

C’est sans doute encore en partie vrai, mais l’explication ne résiste pas à une analyse plus poussée des comportements des spectateurs/auditeurs/ »consommateurs » de culture.

La prise d’un abonnement suppose qu’on sait à l’avance comment on va organiser son agenda, le 2 mai 2014 je sais ce que je ferai le 15 mai 2015 ! Certes pour une partie non négligeable du public qui n’est plus dans la vie active, ce type d’organisation est encore envisageable. Mais pour tous les autres, le principe même de l’abonnement bloqué me semble obsolète.

Il faut aussi opérer une distinction entre un opéra et une salle de concert ou un théâtre. Un opéra – comme celui de Liège – affiche 8 à 10 titres par saison, un théâtre – comme le Théâtre de Liège – ou une salle de concert – comme la Salle Philharmonique de Liège – au moins dix fois plus. Ce n’est amoindrir en rien les mérites de l’Opéra royal de Wallonie que de dire cette évidence qu’il est plus facile de « vendre » et de communiquer sur 8 spectacles, que sur…80 !

http://www.rtc.be/reportages/262-general/1461063-theatre-de-liege-saison-2014-2015

http://www.rtc.be/reportages/262-general/1461079-la-nouvelle-saison-de-lopera-royal-de-wallonie

L’Orchestre Philharmonique Royal de Liège va se prêter au même exercice le 14 mai prochain, l’exercice est obligé tant à l’égard de la presse que d’un coeur de public fidèle. Tout a été fait pour que la saison 14/15 soit alléchante, attractive. Mais ce serait une erreur stratégique que de penser qu’une belle brochure, une belle soirée de présentation sont l’alpha et l’omega de la conquête du public. C’est une étape nécessaire, mais absolument pas suffisante, surtout pour convaincre de nouveaux publics, élargir et conforter ceux qu’on a réussi à capter. C’est pourquoi nous organisons une sorte de seconde salve, une journée « portes ouvertes » en septembre à destination de ceux qui hésitent encore, qui veulent bien se risquer à la musique classique, mais à pas comptés et guidés par des formules de concert plus adaptées aux modes de vie contemporains.

Le succès foudroyant de nouvelles séries comme « Les samedis en famille »  et « Music Factory » (voir http://www.oprl.be) prouve qu’il y a encore des gisements de publics intéressés par la musique classique, le concert symphonique, mais dans des conditions et des formats qui n’ont plus rien à voir avec le rituel du grand concert « d’abonnement ».

Autre bonne nouvelle à annoncer le 14 mai, une politique discographique qui se maintient au plus haut niveau, avec la sortie d’un disque auquel nous tenions beaucoup, puisqu’il met à l’honneur l’un des plus célèbres enfants de Liège, le violoniste et compositeur Eugène Ysaye, plusieurs brillants jeunes solistes de l’Orchestre, et un autre violoniste/chef d’orchestre très aimé à Liège, Jean-Jacques Kantorow. Musiq3 nous a grillé la politesse en en faisant son disque de la semaine : http://www.rtbf.be/musiq3/article_cd-de-la-semaine-harmonies-du-soir-eugene-ysaye-musique-de-wallonie?id=825700751rJNrAYxTL

 

 

Un Suisse chez les Russes

Il ne sera pas dit que son biographe sera le seul à se réjouir de cette publication à l’initiative de la branche italienne de Decca/Universal. On sait que François Hudry, producteur à la Radio Suisse romande puis à France-Musique, n’a jamais cessé de défendre et promouvoir celui qu’il considère – à juste titre – comme l’une des figures les plus importantes de la Musique au XXème siècle, le chef d’orchestre suisse Ernest Ansermet.

Après un premier coffret passionnant mais assez attendu, connaissant le répertoire d’élection du chef suisse – Ernest Ansermet, French music (voir : http://bestofclassic.skynetblogs.be/apps/search/?s=ansermet )

Imagec’est une autre grosse boîte de 33 CD – à petit prix – qui nous arrive d’Italie, contenant tous les enregistrements, parfois en plusieurs versions, de musique russe réalisés pour Decca par Ernest Ansermet (de 1946 à sa mort en 1969). Pas vraiment d »inédit, mais enfin rassemblées des versions légendaires de Borodine, Tchaikovski, Rimski-Korsakov, Prokofiev et surtout Stravinsky, dont Ansermet fut non seulement un interprète de prédilection mais un ami proche, malgré les brouilles.

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Certes, les sonorités parfois aigres de l’Orchestre de la Suisse romande, la justesse approximative de certains pupitres, peuvent irriter les oreilles d’aujourd’hui, habituées à la perfection technique des grandes phalanges modernes (et à des prises de son qui corrigent aisément ce genre de défauts !). Mais il ne faut pas se fier à l’image de vieillard barbichu d’Ansermet qui figure sur ces coffrets. Contemporain de Debussy, Ravel, Roussel, Stravinsky, Falla, le chef suisse, bien avant un Pierre Boulez, s’est fait une réputation pleinement justifiée de rythmicien et de coloriste hors pair. C’est aussi un chef de ballet, et ses versions des trois grands ballets de Tchaikovski, figurent depuis toujours dans mon panthéon personnel : Ansermet n’oublie jamais que ces partitions sont faites pour être dansées, et là où certains chefs privilégient l’esbroufe ou la vitesse, le chef suisse se cale parfaitement sur le pas des danseurs, avec une élégance, un raffinement éblouissants. Pour moins de 70 €, un coffret à acquérir évidemment de toute urgence !

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On ne réveille pas un souvenir qui dort

J’aime beaucoup Düsseldorf, la douce quiétude qui règne dans la vieille ville, le long du Rhin. Moins célèbre, moins abîmée aussi, que Cologne.

Comme Bonn est associée à BeethovenDüsseldorf l’est aux Schumann, Robert et Clara. C’est au 15 de la Bilkerstrasse, une jolie rue, bien conservée (ou restaurée !) perpendiculaire à Carlsplatz que le compositeur et son épouse emménagent en 1852 – on a proposé en 1850 au musicien natif de Zwickau (Saxe) le poste convoité et bien rémunéré de Generalmusikdirektor de la ville de Düsseldorf. Le bonheur sera de courte durée, le 4 mars 1854 Robert Schumann est interné à l’asile du Docteur Richarz à Endenich, près de Bonn, dont il ne sortira plus jusqu’à sa mort en 1859.

ImageImageImageD’autres photos de mon excursion rhénane sur http://lemondenimages.me/2014/05/04/un-couple-mythique/

Revenons à Schumann et à sa musique, réputés moins abordables que Beethoven, Mendelssohn ou Brahms. Cliché ? Pas totalement. Certains interprètes ne s’y hasardent pas, parce qu’ils disent ne pas avoir la clé d’un univers puissamment romantique, poétique, fuyant, imprégné de ce concept si allemand de Phantasie. L’opposé de Beethoven en quelque sorte. Au piano, par exemple, les grands interprètes de Beethoven sont rarement de grands schumanniens… et réciproquement.

Schumann, je l’ai d’abord découvert par son univers symphonique. Quatre symphonies (cinq si l’on inclut ce qui ressemble fort à une symphonie, le triptyque « Ouverture, scherzo et finale »). Un corpus longtemps considéré avec dédain (ou crainte ?) par les chefs d’orchestre qui lui préféraient de loin Beethoven ou Brahms. On a même avancé que Schumann ne savait pas orchestrer – d’ailleurs Mahler lui-même a réorchestré les symphonies de Schumann !

Comme souvent, c’est par des 33 tours soldés ou trouvés à bon marché que j’ai abordé les symphonies de Schumann. D’abord la 2e symphonie et la rare ouverture Jules César par Georg Solti et l’orchestre philharmonique de Vienne (Decca). J’avais dû en lire une bonne critique, sur l’énergie déployée par le chef hongrois, les qualités de l’orchestre, etc… Puis la 1ere symphonie avec le jeune Daniel Barenboim dirigeant le somptueux orchestre symphonique de Chicago (Deutsche Grammophon). Longtemps, dans mon esprit, ces versions ont été mes références.

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J’ai réécouté Solti il y a quelques mois, et je me suis demandé comment j’avais pu aimer une vision aussi raide, martiale même, dépourvue de toute Phantasie schumannienne.

Et puis j’ai commandé (en Italie) et reçu tout récemment un coffret d’une vingtaine de CD de Daniel Barenboim chef d’orchestre, qui reprend des enregistrements de ses périodes Paris et Chicago, pour certains indisponibles depuis longtemps. Et justement les 1ere et 4eme symphonies de Schumann.

ImageEt de nouveau déception, le contraire de mon souvenir : un jeune chef qui étire, ralentit, alanguit, pour imiter sans doute son mentor et modèle Furtwängler, sans y parvenir !

C’est le risque de raviver ses souvenirs de jeunesse !

Le paradoxe dans l’histoire, c’est que c’est le chef le plus austère et sage d’apparence, Wolfgang Sawallisch, qui reste, avec son intégrale réalisée avec le plus bel orchestre schumannien du monde, la Staatskapelle de Dresde, la référence indétrônée depuis 40 ans.

ImageOn ne doit pas faire la fine bouche sur le coffret tout récent d’Archiv/DGG : John Eliot Gardiner est trop rationnel, contrôlé, pour convaincre vraiment dans cette véritable intégrale symphonique Schumann… En revanche, Le Paradis et la Péri, belle fresque vocale et chorale, lui convient admirablement. Et j’ai toujours eu une vraie tendresse pour l’enregistrement réalisé pour Erato par Armin Jordan et l’Orchestre de la Suisse Romande.

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Parcourant hier la vieille ville de Düsseldorf, je repensais aussi à un excellent policier, paru il y a quatre ans, et dont je conseille vivement la lecture :

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Le sujet : Dans l’Allemagne du XIXe siècle, les compositeurs étaient ce que sont les rock stars aujourd’hui : célèbres, courtisés, jalousés, entourés d’admirateurs et d’ennemis. Alors, quand un des nombreux parasites qui constituent l’entourage de Robert et Clara Schumann est assassiné dans d’étranges circonstances, l’inspecteur Hermann Preiss de Düsseldorf tente de résoudre le mystère, ainsi que l’énigme d’un la qui s’obstine à sonner faux sur le piano de M. Schumann ou à lui bourdonner aux oreilles tel le plus terrible des acouphènes- Sur ce la, les avis des témoins sont partagés : Liszt, Brahms, Helena, la belle violoncelliste amie de Preiss, Hupfer, l’accordeur des plus grands, chacun a quelque chose à en dire, ou à se reprocher. Avec un humour subtil, Morley Torgov nous balade dans les cercles musicaux et les soirées de Düsseldorf. Belles femmes et bijoux, jeunes arrivistes tel Liszt drapé dans sa cape noire, journaliste prêt au chantage, tout cela est vu par les yeux et raconté par la voix de l’inspecteur Preiss, vieux routard des rues sordides et des bassesses de l’âme humaine. L’accordeur est-il honnête ? Clara aurait-elle un amant ? Robert ment-il entre ses crises de démence ? Comme dans les bons vieux polars en huis clos, les suspects sont en nombre restreint, mais ils le sont bien tous, surtout quand de nouveaux éléments permettent d’ajouter aux soupçons et que l’on découvre des raisons de complicité entre eux. Très finement, ce roman est basé sur la stricte réalité (hormis le crime) d’un milieu, d’une époque et de personnages essentiels dans l’histoire de la musique. voilà pourquoi Meurtre en la majeur est un livre hors norme. »

Paroles de star

C’est quand même étrange que même ceux qui vivent de et pour la musique classique – je veux dire les organisateurs, les agents, les éditeurs de disques – passent leur temps à s’excuser de leur activité coupable et à courir après ce qu’ils croient être trendy ou hype ou in !

Puisque le public du concert classique est vieillissant, élitiste et conservateur, essayons d’attraper un autre public, plus jeune, plus populaire, avec les bonnes vieilles recettes de la télé, du cross over, de la variété ! Patrick Sébastien présentant la Grande Battle sur France 2 avec Roberto Alagna, œil de braise et voix de stentor, susurrant O sole mio aux ménagères de moins de cinquante ans…ce serait le nec plus ultra du « classique » à la télé non ?

Trève de plaisanterie, partout, dans les maisons d’opéra, dans les orchestres, on est sorti – même si on a mis du temps – de ce faux débat. Je ne voudrais pas qu’on me reproche de l’auto-satisfaction, mais quand je vois ce qui a été fait à Liège depuis plus de dix ans, j’ai plutôt un sentiment de fierté. C’est bien en assumant clairement ce que nous sommes, un orchestre symphonique, dans une salle de concert, en jouant le répertoire – immense – qui est écrit pour nous, que nous avons gagné et continué de gagner de nouveaux publics.

J’en étais là de mes vitupérations, lorsque je suis tombé, un peu par hasard, sur la page 100 du Nouvel Observateur de cette semaine. Une interview, une de plus, de la star des contre-ténors, Philippe Jaroussky…Pas vraiment ma tasse de thé, j’ai toujours eu un problème avec ce type de voix (allô Docteur Freud ?), au mieux je supporte, au pire cela m’insupporte presque physiquement. Mais quand je vois que l’interviewer est Jacques Drillon, je me dis que l’échange entre les deux mérite lecture.

Florilège :

Complexe de supériorité : « Les chanteurs lyriques, à un certain point de leur carrière, font un complexe de supériorité »

Cecilia Bartoli et moi : « Pour le marché du disque classique, il y a un avant, et un après Bartoli…Elle a prouvé qu’on pouvait faire des succès faramineux avec des inédits…En somme, ma carrière est à l’inverse de celle de Cecilia : elle a fait ce qui était connu au début et s’est tournée vers les raretés ensuite, j’ai procédé dans l’autre sens… »

Le modèle Edith Piaf : « Pendant des années, j’ai plus pensé en notes qu’en mots… Depuis cinq ans, je réussis à partir du ressenti du texte, que je retrouve chez Ella Fitzgerald qui ne surarticule jamais ou Edith Piaf : elles pensent tellement ce qu’elles disent que le mot sort comme il faut. Elles ne chantent jamais « amour » de la même manière, tout dépend de la phrase où il est placé »

En lisant cela de la part de Philippe Jaroussky, je pense immanquablement à une chanson de PiafLa foule, où l’auditeur ressent physiquement l’arrachement, la séparation exprimés par l’étirement de ces simples mots  « Emportés par la foule qui nous traîne et nous entraîne.. »

Le contact direct avec la musique : « En musique classique, un artiste est toujours un peu militant. Il doit entraîner les autres, lutter contre les a priori, les clichés. …Rien ne vaut le contact direct : la radio, la télévision, c’est bien, mais entrer dans le bâtiment (l’opéra, la salle de concert), voir de ses yeux la scène, les coulisses… Le spectacle vivant se porte bien, c’est enthousiasmant ».

Renouvellement : « Je n’aime pas ce mot de renouveler (le public). Il ne faut pas dresser une génération contre une autre… Lors d’un débat devant une assistance plutôt du 3e âge, on parlait forcément « renouvellement du public » et je trouvais cela insultant…Privilégier les jeunes, c’est agaçant à la fin. J’ai demandé à ces gens s’ils allaient  à l’opéra ou au concert quand ils avaient 30 ans. Evidemment non. Pas le temps, pas l’argent.. Il faut attendre un peu, attendons-les ! »

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Dernière parution en date, le célèbre Stabat Mater de Pergolese :

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Aussi talentueux et intelligent que soit Philippe Jaroussky – je me reconnais dans pas mal de ses propos – je préfère les voix de femmes, au risque même de l’ambiguïté, dans Pergolese justement, plutôt Nathalie Stutzmann ou Cecilia Bartoli

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Un Premier Mai en musique

Il est entendu que le jour de la Fête du travail… on ne travaille pas ! Cette chanson du groupe Pink Martini me paraît donc tout à fait de circonstance :

C’est assez logiquement en Russie que le 1er Mai a inspiré plusieurs oeuvres, plusieurs compositeurs, pour donner en général des ouvrages… de circonstance ! Ainsi la 3e symphonie de Chostakovitch, aussi peu jouée que sa deuxième, l’une et l’autre devant célébrer des événements révolutionnaires, et portant des sous-titres évocateurs : la Deuxième – « Octobre » – est écrite en 1927 pour fêter la Révolution d’octobre de 1917, la Troisième, composée en 1929, créée en 1931, est titrée « 1er Mai » pour célébrer ce qui, jusqu’à la disparition de l’Union Soviétique, sera l’autre date incontournable de la liturgie soviétique – parades, défilés militaires sur la Place Rouge. Voir ce document exceptionnel restitué par l’INA, du défilé militaire du 1er mai 1937 sous la présidence de Staline :

http://fresques.ina.fr/jalons/fiche-media/InaEdu02029/staline-assiste-a-une-grande-parade-militaire-a-moscou-a-l-occasion-du-1er-mai-1937.html

Lire : http://lemondenimages.me/2014/05/01/trois-ans-apres-i-premier-mai-a-moscou/.

Etrangement, la tonalité générale de cette 3e symphonie est plutôt sombre, jusqu’au choeur final qui exalte les vertus révolutionnaires du Premier Mai (écouter à partir de 28’35 »)

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Quand on évoque le 1er mai, on fredonne immédiatement une chanson qui, au départ, n’a pourtant absolument rien à voir avec cette fête. Une chanson populaire traditionnelle ? Même pas. Les Nuits de Moscou / Подмосковные Вечера n’appartient pas au folklore russe, c’est l’oeuvre, écrite en 1955, de Vassili Soloviov-Sedoï pour la musique et de Mikhaïl Matoussovski pour les paroles.

Version « Armée rouge » :

Version glamour avec Dmitri Hvorostovsky et Anna Netrebko… sur la Place rouge !

Le grand vainqueur du Concours Tchaikovski de Moscou en 1958, l’Américain Van Cliburn, va assurer une célébrité mondiale à cette chanson en l’adaptant au piano :

Son jeune collègue, le bien vivant Stephen Hough, en a réalisé sa propre adaptation :

Mais c’est évidemment, pour nous francophones, sous le titre « Le temps du muguet » que cette chanson nous est devenue familière et synonyme de 1er Mai. Grâce au chanteur Francis Lemarque, compagnon de route du Parti communiste français, qui dès 1959 adapte très librement – avec ses propres paroles – la chanson de Soloviov-Sedoi :

Et pour tous les admirateurs – qui sont nombreux, je le sais, parmi les lecteurs de ce blog ! – de notre Mireille nationale :

 

Millénaire

En contrepoint d’une actualité tragique, quelques images prises il y a trois ans au coeur de la Russie millénaire, dans les hauts lieux de la liturgie orthodoxe :

Il y a trois ans exactement, je découvrais – enfin – les villes historiques de l’Anneau d’Or et Moscou  – lire : http://lemondenimages.me/2013/12/14/bulbes-bell-towers/.

Petit retour  sur ce fabuleux voyage en Russie profonde.

À une vingtaine de kilomètres de Rostov Veliky, à 80 km de la capitale régionale Iaroslavl, à l’écart des circuits touristiques, comme hors du temps, on découvre le petit village et le monastère de Borisoglebski… dans un état qui est celui de tout le patrimoine de ce type quand il n’est pas sous le regard des visiteurs étrangers ! Pour l’anecdote – émouvante – des moines nous apercevant dans l’enceinte du monastère firent sonner les cloches, un jour de semaine à 16 heures, juste pour nous. Le visiteur est si rare…

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J’ai demandé par la suite au jeune violoniste, plusieurs fois invité à LiègeNikita Boriso-Glebski, si sa famille avait un lien avec ce village et ce monastère. Il n’en sait rien, mais l’homonymie l’a interpellé !

Sur la route, des paysages comme ceux-ci :

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En revenant vers Moscou, on ne peut que faire halte à Sergiev Possad /Сергиев Посад, connue sous le nom de Zagorsk (de 1918 à 1991), haut lieu, épicentre de la Russie orthodoxe dès le XVIème siècle : http://fr.wikipedia.org/wiki/Serguiev_PossadImageImageImage