Don Juan

Coïncidence : un film et un coffret qui me ramènent à la Suisse.

Un film qui ne tiendra sans doute pas longtemps l’affiche, un beau sujet déjà traité par Sébastien Lifchitz dans Les Invisibles, qui fait aussi écho au Harvey Milk de Gus van Sant   avec Sean Penn : Der Kreis / Le Cercle du réalisateur suisse allemand Stefan Haupt (http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=226779.html). Docu-fiction plutôt réussie, pudique, juste, sur cette Suisse – on est à Zurich dans les années 1950 – qui passait pour tolérante et qui insidieusement persécutait les hommes et les femmes qui s’aiment. Et un petit plaisir personnel, celui d’avoir été sans doute le seul dans la salle à n’avoir pas eu besoin du sous-titrage pour comprendre les dialogues en pur « Schwyzerdütsch » (le suisse allemand, et son avatar zurichois, étant imperméable même à un parfait germaniste !)

Avant de découvrir ce film, j’avais ouvert le beau coffret que Warner consacre à Thomas Hampson, éternel Don Juan, qui fête une soixantaine rayonnante.

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Coffret richement et intelligemment composé à partir des fonds EMI et Teldec, où l’on retrouve notamment de larges extraits des opéras de Mozart gravés par Harnoncourt

J’ai vu assez souvent le baryton américain sur scène, mais je conserve un souvenir tout particulier d’un Don Giovanni, donné en 1991 – bicentenaire de la mort de Wolfgang oblige – au Grand Théâtre de Genève, dans la mise en scène éblouissante du grand Matthias Langhoff, sous la baguette de mon cher Armin Jordan, avec une équipe comme savait les constituer le patron de la scène genevoise de l’époque, Hugues Gall : aux côtés de Thomas Hampson, prestance physique et vocale idéale pour Don Juan, Marylin Mims (Donna Anna), Gregory Kunde (Don Ottavio), Nancy Gustafson (Donna Elvira), Willard White (Leporello), Francois Harismendy (Masetto), Della Jones (Zerlina), Carsten Harboe Stabell (le Commandeur), et bien sûr l’Orchestre de la Suisse Romande.

Et le souvenir d’un verre partagé avec le chef, et le héros de la soirée, à la Cave Valaisanne : courtoisie, simplicité, culture. Une belle personnalité.

Polyglottes

Polyglotte : « qui parle plusieurs langues » (ref. Larousse)

Je ne connais pas d’adjectif qui exprimerait la même idée en musique, qui qualifierait un compositeur capable de parler plusieurs langages musicaux, d’écrire plusieurs styles de musique avec le même bonheur.

L’actualité récente nous en offre deux illustrations.

D’abord l’Oscar 2015 de la musique de film décerné au compositeur français Alexandre Desplat pour The Grand Budapest Hotel de Wes Anderson.

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Comme d’illustres devanciers ou aînés (Maurice Jarre, Ennio Morricone, Nino Rota, Vladimir Cosma, et tant d’autres), Alexandre Desplat sait tout faire, tout écrire, et c’est d’ailleurs le secret d’un bon compositeur de musique de film.

Autre actualité : le décès à 92 ans, le 20 février dernier, de Gérard Calvi.

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(Emouvante photo prise en 1995, à l’occasion d’une émission de France Musique avec de gauche à droite Michel Larigaudrie – qui l’avait précieusement conservée – Olivier Morel-Maroger, votre serviteur, une collaboratrice de la direction de la musique de l’époque, Gérard Calvi et… Rolf Liebermann !).

Gérard Calvi c’est pour toute une génération l’infatigable auteur de centaines de chansons, de musiques de films (Le Petit baigneur avec Robert Dhéry !),

d’indicatifs ou d’accompagnements d’émissions de radio, un touche-à-tout au talent polymorphe. Mais comme pratiquement tous ses contemporains, qui se sont illustrés dans ce qu’on appelait alors la musique légère, Gérard Calvi, né Grégoire Elie Krettly, s’est abreuvé aux sources les plus classiques. Michel Larigaudrie rappelait son ascendance illustre :

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Le baron José

Il fêtera ses 75 ans l’été prochain. Le Figaro lui consacrait hier un bel entretien :http://www.lefigaro.fr/musique/2015/02/27/03006-20150227ARTFIG00024-jose-van-dam-le-maitre-chanteur.php. Il partage le même patronyme qu’un autre Belge qui n’a pas exactement les mêmes titres de célébrité : Van Damme, José, Libert, Alfred a préféré faire court – Van Dam – et comme Annie Cordy et quelques autres personnalités du monde de la culture, de la science ou de l’université, il a été fait baron par le roi des Belges. J’ai découvert hier le coffret de 10 CD que Warner consacre au grand baryton, puisant largement et intelligemment dans le fonds EMI. 71W-rkhF7gL._SL1417_   Pour compléter le tableau, il faudrait aller chercher chez Deutsche GrammophonVan Dam est pratiquement de tous les enregistrements de Karajan dans les années 70/80. C’est assez dire si le baryton belge a conduit sa carrière de manière exemplaire, sans tapage, sans chercher les feux de la notoriété. Mais un timbre, une diction, une musicalité reconnaissables entre tous. Difficile de faire un choix, simplement découvrir dans le coffret Warner quelques pépites, et retrouver avec bonheur les grandes mélodies françaises dont José Van Dam est un interprète privilégié.

Et parmi d’autres, un très grand souvenir, l’inoubliable Golaud de la production mémorable du Grand Théâtre de Genève de Pelléas et Mélisande de Debussy en février 2000 – dir. Louis Langrée, Orchestre de la Suisse Romande, avec Alexia Cousin (Mélisande) et Simon Keenlyside (Pelléas), mise en scène de Patrick Caurier et Moshe Leiser –

Quelques nuances de rouge

À la veille de la Saint-Valentin, quelques idées pour échapper à la morosité ambiante et à ces tristes nuances de gris qu’on veut nous faire croire érotiques.

La langue russe désigne d’un même mot la beauté et la couleur rouge : красный = rouge, красота = beauté. Les couleurs de l’amour…

Comme cet air de l’opéra Louise de Charpentier, que je ne suis pas loin de considérer comme le plus érotique de la littérature lyrique : « Depuis le jour … » C’est d’ailleurs dans une somptueuse robe de velours rouge que Renée Fleming nous révèle l’extrême sensualité de cette musique :

Depuis le jour où je me suis donnée, 
toute fleurie semble ma destinée…
Je crois rêver sous un ciel de féerie,
l’âme encore grisée de ton premier baiser.
Quelle belle vie!
Mon rêve n’était pas un rève! 
Ah, je suis heureuse!
L’amour étend sur moi ses ailes!
Au jardin de mon coeur chante 
une joie nouvelle!
Tout vibre, tout se réjouit de mon triomphe!
Autour de moi tout est sourire, lumièere et fête,
et je tremble délicieusement 
au souvenir charmant
du premier jour d’amour.
Quelle belle vie! 
Ah, je suis heureuse, trop heureuse,
et je tremble délicieusement
au souvenir charmant 
du premier jour d’amour.

Dans un autre registre, je craque toujours à l’écoute de ce duo :

Les duos amoureux sont légion à l’opéra, j’ai une tendresse particulière pour celui de Madame Butterfly, avec une si belle économie de moyens, Puccini exalte toutes les douleurs de cet amour impossible (ici dans le beau film réalisé par Frédéric Mitterrand)

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Et puis il y a et il y aura toujours des millions d’amoureux pour croire que rien ni personne n’arrête l’amour :

L’amour est aussi, et souvent, une nostalgie. Nostalgie des amis disparus, des jours enfuis, comme ici cet extrait d’un Grand Echiquier de Jacques Chancel, où Jessye Norman donne une sophistication inattendue à une valse écrite pour Yvonne Printemps dans la pièce de Jean Anouilh Léocadia : Les chemins de l’amour

Dans le répertoire symphonique, j’ai toujours associé – pourquoi ? – les trois premières symphonies de Schubert à l’idée du sentiment amoureux, la légèreté, l’allégresse de l’amoureux. C’est particulièrement vrai dans les finales, où la joie est sans nuage, l’espoir sans limite.

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Dernier clin d’oeil à nos plus belles années :

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Max ressuscité

Marc Vignal me l’avait soufflé à l’oreille, comme on file un bon tuyau à un copain, Marc Vignal l’auteur, entre autres, d’une imposante monographie consacrée à Haydn : « Si tu trouves des enregistrements de Max Goberman, précipite-toi dessus ». 513JQ65Y8HL

En 1989, pendant une tournée de l’Orchestre de la Suisse Romande aux Etats-Unis et une étape dans la ville universitaire d’Ann Arbor, j’avais trouvé quantité de microsillons dans une véritable caverne d’Ali Baba, dont un 33 tours sous label Odyssey de symphonies de Haydn dirigées par ce fameux Max Goberman. 33 tours précieusement conservé jusqu’à ce jour, puisque je n’avais plus jamais retrouvé en CD quoi que ce soit de ce chef (http://www.haydnhouse.com/max_goberman.htm) Et voilà que Sony réédite un coffret miraculeux de 14 CD : 71XXtF28F5L._SL1500_ 45 symphonies et 3 ouvertures de Haydn captées dans une lumineuse stéréo à Vienne entre 1960 et 1962 avec l’orchestre « de l’opéra de Vienne », autrement dit l’Orchestre philharmonique de Vienne. Un projet d’intégrale des symphonies de Haydn – c’eût été la première gravée, bien avant celle de Dorati – interrompu par le décès brutal du chef en 1962. Extraordinaire parcours pour ce chef américain né en 1911 à Philadelphie, qui mêlait avec un bonheur apparemment égal Broadway, Bernstein et Bach, Vivaldi ou Haydn…comme son plus illustre contemporain, un certain Leonard Bernstein (http://en.wikipedia.org/wiki/Max_Goberman) Max_Gobermansm

Où l’on découvre qu’il y eut des précurseurs, des aventuriers, des audacieux, bien avant Harnoncourt, Gardiner ou Brüggen…

Musique vivante

Guillaume Connesson rappelait lundi soir, pendant la soirée des Victoires de la Musique classique à Lille, que « la musique n’est pas le musée, la musique est vivante, écrite par des compositeurs vivants pour des auditeurs vivants« . Il me semble que je ne dis pas autre chose depuis longtemps…Mais il reste surprenant qu’on doive encore faire ce genre de proclamation.

On va encore en avoir la preuve pendant une quinzaine avec le festival Présences qui en est à sa 25e édition.

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On en a eu aussi le témoignage, quoi qu’on pense d’une manifestation comme les Victoires de la Musique – elle a au moins le mérite d’exister et d’être une des rares occasions de présenter la musique classique à la télévision en prime time – avec un palmarès qui faisait résolument la part belle non pas à des vedettes consacrées, mais à une génération montante déjà très talentueuse (Sabine Devieilhe, Cyrille Dubois, Raphaël Pichon, Jean Rondeau, Edgar Moreau, etc.). Quelque chose me dit que ces jeunes musiciens ne se laisseront pas griser par les séductions d’une gloire éphémère, mais traceront leur route – ils ont déjà commencé à le faire – avec une prudente assurance.

La disparition à presque 90 ans d’Aldo Ciccolini nous a rappelé que la musique survit à ceux qui la servent et vit encore longtemps après que ces poètes ont disparu, grâce au disque, à la radio. Dans le cas d’Aldo Ciccolini, on est un peu dans l’embarras de choisir ce qu’il faut retenir (faut-il d’ailleurs choisir ?). ll y a le considérable coffret jadis publié par EMI, on a envie de faire un clin d’oeil à un compositeur et un orchestre avec qui le pianiste napolitain réalisait il y a 40 ans une version restée de référence :

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Et puis au hasard d’une écoute en voiture, je ne cesse de redécouvrir l’art d’un extraordinaire pianiste, de la même génération qu’Aldo Ciccolini, mais disparu des suites d’un cancer il y a 35 ans, le 29 avril 1969, l’immense Julius Katchen. Decca serait bien inspiré, comme ce fut fait pour Richter, de rééditer un fabuleux legs discographique.

Phénoménale virtuosité jamais gratuite…

René, Judi et les deux François

Vingt ans après, quel contraste ! En débarquant à la gare de Nantes ce vendredi midi, des panneaux, des oriflammes partout, nul ne pouvait ignorer que France Musique était à la Folle Journée, les photos des producteurs/animateurs présents sur place ce week-end…

Après le succès, inattendu, incompréhensible pour les Parisiens engoncés dans leurs certitudes, de la première Folle journée consacrée à Mozart, titre oblige, j’avais dû batailler pour que quelques micros de France Musique viennent se poser à la toute nouvelle Cité des Congrès de Nantes en 1996. Suivant en cela la même démarche que l’initiateur de cette manifestation, René Martin (l’homme de La Roque d’Anthéron, de la Grange de Meslay, et de tant d’autres initiatives qui ont révolutionné l’approche de la musique classique). Se rapprocher des publics, leur ouvrir la porte de la musique classique..

folle_journee(©Guillaume Decalf / France Musique)

On peut discuter de ce qu’est devenue cette petite entreprise devenue si grande qu’elle s’exporte désormais dans le monde entier. Il n’empêche, c’est à des précurseurs comme René qu’on doit cette certitude que la musique peut conquérir le coeur et susciter les passions des publics les plus larges.

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Dans le train de retour vers Paris hier – faute de connexion internet impossible de travailler – j’ai fini par regarder un film que j’avais téléchargé depuis plusieurs semaines, Philomena de Stephen Frears.

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Synopsis du film et trame de l’ouvrage éponyme de Martin Sixsmith.

Irlande, 1952 : Philomena Lee, encore adolescente, tombe enceinte. Considérée comme une « femme déchue », elle est envoyée au couvent, et son fils lui est retiré. 
50 ans plus tard, elle va solliciter l’aide de Martin Sixsmith, journaliste désabusé et cynique pour tenter de le retrouver. Ensemble, ils partent pour l’Amérique où ils tisseront une relation à la fois drôle et profondément émouvante.

Comment dire ? Bien sûr, il y a la patte de Stephen Frears (The Queen), mais le sujet de fond, le scandale absolu de ces enfants irlandais, arrachés à leurs mères, vendus, exportés en Amérique est à peine abordé… Il faut toute la simplicité, l’humanité de Judi Dench pour que l’histoire ne sombre pas dans le mélo.

Ce samedi soir, changement de registre. Au Théâtre du Rond-Point, où il fait toujours aussi bon venir, le cher François Morel dans son nouvel opus « La fin du monde est pour dimanche ». 20120110183042-d0e7a1e1

http://www.theatredurondpoint.fr/saison/fiche_spectacle.cfm/183770-la-fin-du-monde-est-pour-dimanche.html

Du pur François Morel, poésie, douce ironie, un peu de Raymond Devos, une heure et demie de bonheur.

Et à 21 h tapantes, pendant que les derniers spectateurs finissent de s’installer, un autre François, guidé par le maître des lieux, Jean-Michel Ribes, applaudi par la salle, s’assied un rang devant nous…

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Personnalité(s)

La disparition de José Artur le 24 janvier dernier a suscité le même type d’éloges et de commentaires que ceux qui avaient suivi la mort de Jacques Chancel un mois plus tôt (https://jeanpierrerousseaublog.com/2015/01/25/lhomme-qui-aimait-les-autres/). Tout le monde a loué des voix uniques, des caractères bien trempés, bref, de fortes personnalités. Pourquoi devoir parler de « fortes » personnalités d’ailleurs, comme si c’était une espèce en voie de disparition !

Avoir une personnalité, du caractère, semble presque incongru, dans un univers où la conformité, le consensus, l’uniformité font loi. Dans le monde des médias, comme en politique. Et on admire Chancel, Artur, Pivot parce qu’ils osaient juste être eux-mêmes, sans se soucier de leur image, de leur paraître.

En musique, on vit aussi cette sorte d’affadissement, chez les créateurs comme chez les interprètes. Il reste heureusement – et on les y encourage – de ces personnalités qui n’existent pas en fonction du regard des autres et d’une opinion publique censée être homogène et unanime. On en a eu deux très beaux exemples, très différents, en ce début de semaine.

Gustavo Dudamel (photo ci-dessous) était pour le week-end à la Philharmonie de Paris avec son orchestre Simon Bolivar du Venezuela. Je suis loin d’aimer tout ce que fait ce jeune chef, on peut ergoter sur ses disques, son approche de Mahler, Beethoven ou Brahms, je ne sais pas si la 5e symphonie de Mahler qu’il dirigeait dimanche est conforme au droit canon des mahlériens patentés, mais Dudamel a ceci de différent de ses confrères, qu’il est une star, qu’il a une présence, une aura, un charisme qui ne sont qu’à peu d’interprètes. Bref c’est une personnalité !

Lundi c’était la première française du Concerto pour violon de Pascal Dusapin (ci-dessous), toujours à la Philharmonie. Qui nierait au compositeur – bientôt sexagénaire sous son allure juvénile – une place singulière dans le paysage musical mondial ? Dusapin n’est pas consensuel, ni conforme, il met même quelque volupté à se distinguer des courants dominants. Et nul parmi les milliers d’auditeurs qui ont réservé une longue ovation à l’interprète (Renaud Capuçon) et au compositeur, et qui n’appartiennent pas, loin s’en faut, au public initié à la musique contemporaine, n’a douté une seconde d’avoir assisté ce soir-là à l’éclosion d’un chef-d’oeuvre.

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L’homme qui aimait les autres

J’avais à peine terminé mon billet hier (https://jeanpierrerousseaublog.com/2015/01/24/la-culture-joyeuse/) qu’on apprenait une nouvelle disparition, celle de José Artur. Même sentiment que Guy Bedos interrogé sur France Inter : ces dernières semaines ressemblent à une hécatombe. Les amis de sa génération tombent les uns après les autres, Chancel, Wolinski, Cabu, maintenant José Artur (« sans h » se plaisait-il à rappeler).

Et pourtant, il y a deux mois, pour l’ouverture de la Maison de la radio, José était en direct au micro de Charline Vanhoenacker et Alex Vizorek, l’humeur et la voix toujours aussi alertes : http://www.franceinter.fr/emission-si-tu-ecoutes-jannule-tout-jose-artur-en-direct-de-lagora)

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C’est peut-être Armelle Héliot dans Le Figaro qui dit le mieux la personnalité du José Artur que nous avons connu, écouté, aimé : http://www.lefigaro.fr/culture/2015/01/24/03004-20150124ARTFIG00140-jose-artur-l-homme-qui-aimait-les-autres.php)

J’ai parfois croisé José à Radio France il y a une vingtaine d’années, il m’avait invité un soir pour évoquer, je crois, une grille de rentrée de France Musique. Son émission ne se déroulait plus, depuis longtemps, à la Maison de la radio, mais dans un salon du 1er étage du Fouquet’s. On m’avait prévenu que l’interview serait courte, vu le nombre d’invités et le rythme de l’émission. Je ne me rappelle plus la durée de la séquence, mais sa densité et sa pertinence. Il y a des sujets plus « fun » qu’une grille de programmes qu’il faut promouvoir, mais José avait non seulement intégré le dossier qu’on lui avait remis, mais il avait touché juste, en posant les bonnes questions, avec ce qu’il faut d’irrévérence, de curiosité, et il savait de quoi il parlait…

José Artur, comme Jacques Chancel, avait la culture joyeuse. Pourquoi sont-ils partis?*

*https://jeanpierrerousseaublog.com/2014/12/23/il-est-parti/

La culture joyeuse

Guère plus qu’une coïncidence : ma semaine a été rythmée par deux initiales, J.C., communes à un ancien Président de la République et à un producteur de radio et de télévision disparu le 23 décembre dernier. Jacques Chirac et Jacques Chancel. Ce livre d’abord d’une journaliste du Monde, Béatrice Gurrey : Unknown

On sait bien que pour vendre il faut des titres racoleurs, sauf qu’en l’espèce celui-ci est inutile et réducteur. Le travail de Béatrice Gurrey vaut mieux que cela : c’est le crépuscule d’un personnage finalement singulier de la politique française, et c’est, en effet, toute une famille – mais est-ce un « clan » ? – tout aussi particulière, passée au crible d’une plume pertinente, informée, jamais complice, souvent bienveillante. Pour qui suit de près la vie politique on n’apprend rien d’essentiel, en revanche, la dimension humaine, la solitude, l’éloignement, la maladie, les revanches de l’entourage, sont décrits avec une justesse qui éclaire l’après-pouvoir, Des recoins souvent mal explorés de la comédie humaine.

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Et puis l’autre J.C., Jacques Chancel, c’était l’émission d’hommage voulue par France Télévisions et Radio France pour l’irremplaçable passeur de culture, diffusée ce vendredi sur France 2 et France Inter, et enregistrée mercredi soir à La Plaine Saint Denis, sur un plateau qui fut, entre autres, celui du Grand Echiquier.

http://www.france2.fr/emissions/le-grand-echiquier-l-emission-culte

En dix jours, et alors même que la terrible semaine des attentats nous avait mobilisés pour la grande soirée #SoiréeJeSuisCharlie du 11 janvier, nous sommes parvenus à monter tout un plateau d’artistes, de compagnons de route de Jacques Chancel, mais aussi de jeunes talents qu’il aimait suivre, En revoyant quelques séquences, pour certaines devenues culte, du Grand Echiquier on ne cesse de mesurer ce qu’a été, ce que devrait encore être une émission culturelle ET populaire,

C’est sans doute cela la plus belle part d’héritage de Jacques : le partage d’une culture joyeuse, sans apprêt, sans artifice.

Un regret évidemment, la diffusion tardive de cette émission d’hommage, alors que la réussite du Grand Echiquier tenait aussi à sa diffusion en prime time…