L’humanité de Juan Diego

Que c’est bon de lire des propos aussi pertinents, aussi intelligents que ceux que l’illustre ténor péruvien Juan Diego Florez a livrés dans le long entretien que Vincent Agrech publie dans le numéro d’avril de Diapason !

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Toute la première partie de l’entretien est consacrée au fantastique travail que Florez fait dans son pays natal, où il a repris et développé le fameux Sistema, né au Venezuela en 1975 à l’initiative de José Antonio AbreuEt il faut lire tout cela.

Mais lorsque le chanteur répond au journaliste de Diapason sur sa carrière, l’opéra, la vie musicale, c’est tout sauf de la langue de bois !

Je suis plus inquiet du renouvellement du public. Voyez les difficultés qu’a le Met à remplir, et ces parterres de cheveux blancs dans les pays germaniques.

Dans toutes les villes, les jeunes devraient pouvoir aller à l’opéra pour 10 € !

Question : Outre les coûts fixes des théâtres… le cachet des stars de votre catégorie n’aide pas !

J.D.F. A votre avis, c’est vraiment ça, le problème économique de l’opéra ? Prenez le budget d’une production. Quelle part va aux chanteurs d’un côté, et de l’autre aux décors, costumes et droits de mise en scène, pour bien souvent… pondre une merde, pardon ! Des spectacles qu’on voit courir vers le précipice dès les premières répétitions, contre lesquels ni les solistes, ni l’équipe de la maison n’osent se révolter, et qu’on remisera en silence après quelques représentations.

Question : … Les directeurs de théâtre vous diront qu’ils renouvellent et rajeunissent grâce à eux le public.

J.DF. Mauvais calcul et je serais curieux de voir des chiffres à l’appui. Vous n’imaginez pas le nombre de gens qui me disent avoir ri ou pleuré après une version de concert, alors qu’ils venaient entendre un opéra pour la première fois. Le théâtre est dans la musique. On peut faire des spectacles extraordinairement vivants avec très peu de moyens, des décors et des costumes tout simples. Et du bon sens, le respect de l’oeuvre, une écoute de ce que le chef et les chanteurs, qui la connaissent, ont à en dire.

La déconnexion entre le tout petit monde de la musique entre professionnels et la vraie vie des gens finira par nous tuer, alors même que nous détenons les clés de ce qui peut transformer l’humanité. La diffusion et l’éducation ont beau avoir chacune leur logique, elles doivent se rencontrer, se régénérer mutuellement. Je me suis juré qu’un jour, les enfants des bidonvilles de Lima joueraient côte à côte avec les musiciens du Philharmonique de Vienne au Musikverein. Et je le ferai ! (Juan Diego Florez, in Diapason avril 2019)

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